Freedonia

Glose sur la culpabilité

December 20th, 2004

Ma copine Janaïna a raté l’E.N.A. Ca a réveillé, vendredi, quelques souvenirs douloureux, quelques autres qui maintenant me sont chers, comme l’invitation surprise de Comité chez AC&P il y a un an. Aujourd’hui, dans ma tête et celle de quelques collègues, courraient quand même des interrogations sur le recrutement conformiste et étroit de l’école. Il faut dire qu’une collègue, qui parle à travers, et à tort, est prise. On se disait: mais où va l’Etat, on pensait à peu près comme ma grand’mère: «il faudrait une bonne guerre», et on se couvrait de l’alibi littéraire du Rivage des syrtes.

Samedi et dimanche, l’absence d’AC&P pour cause de «déplacement du centre de gravité de ses amis vers G.A.» provoquait des réactions variées: jalousie sexuelle, vexation non dite, indifférence mouche-du-coche. Toutes me semblaient outrées comme la consommation d’Innoxa de ComiteCentral (encore une invention des geôles de Pik Botha). Enlisé et ammolli par un souvenir ancien et un autre récent, tous deux amers, j’inclinais à jouer les avocats du diable. Peut-être aussi parce que je sentais Comité plus loin qu’avant, l’usure en amitié ne me semblait pas choquante.

Dimanche, Thérèse avait une rancune muette: elle boudait. 50% à cause de crimes inconnus (absence et silence prolongés?) de SophCo, 50% du fait de reproches tus sur la manière dont mon cadeau de Noël ne pourrait pas m’être offert dans les formes prescrites par je ne sais quel usage assorti à la décoration du salon. Dimanche, ma mère croyait que la promesse de mon père de ne pas sombrer dans la mélancolie au soir du 24, comme en 2000 et 2001, nous préserverait du pléonasme: «un Noël râté». Dimanche, SophCo m’en voulait, je ne sais pas pourquoi, par mépris de mon impécuniosité ou par jalousie de ce qu’elle me procurait comme compassion monnayée, pense-t-elle, de mes parents, ou quelque chose de ce genre. Dimanche aussi, je reprochais à ma mère que mon père eût converti ma chambre en entrepôt, et menaçait: «moi je ne dors pas ici, le 24». Dimanche, mais plus tard, ma mère était furax que SophCo eût brutalisé son internet à mort, et c’est moi qu’elle engueulait au téléphone.

Le dimanche, Shinin’Rubis ne met jamais de soutien-gorge.

Ce dimanche, j’ai cassé par mégarde une vieille décoration d’arbre de Noël, en verre. Je m’en suis violemment voulu; j’aime trop les choses et pour de mauvaises raisons (l’époque dont elles viennent; l’inscription dans une tradition; leur prix). Le clairon rouge miniature au fond du sac d’ordures faisait une belle image.

Bonjour! c’est Susan Posen.

December 20th, 2004

Aujourd’hui c’est le vingt-quatrième jour d’inactivité sur le blog de William Geandarme.

Il est pris en otage par les croquenots.

Je ne l’oublie pas. Ne l’oubliez pas.

Signes de piste

December 17th, 2004

François B2: «je suis dégoûtéE, on fait une soirée de folles et tu n’en parles même pas sur Freedonia!»

AC&P: «J’ai trouvé ça un peu mort Freedonia cette semaine.»

Gilles: «Tu me rappelles pour la tringle…»

Aujourd’hui c’est le vingt-et-unième jour d’inactivité sur le blog de William Geandarme.

Il est pris en otage par les croquenots.

Je ne l’oublie pas. Ne l’oubliez pas.

A XL, je pensais arriver après la bataille, mais avec les (mauvais) croissants. J’avais donc erré dans les rues de BXL, et dans des souvenirs ; me revenait aux narines la fragrance engloutie de Knize 10, qu’avait porté jadis Stéphane «sac à main» dans le même silence babylonien du Palais de Justice. Peut-être que toutes les odeurs se réduisent à celle de Knize 10 quand il fait froid.

Comme jamais rien n’arrive, Fawn était resté vendre des croquenots à Paris, LzMry avait été clouée par une gastro, Shinin’Rubis s’était assoupie en gardant la malade, et Comité, X-ecütiv et AC&P n’avaient, dûment, pas choppé dans les soirées incroyables et trendy que j’avais râtées pour entendre samedi soir la mélopée mélancolique et retenue de Madeleine Peyroux. Denis, l’ex- d’AC&P, prolongeait dans le dimanche cette bruxelloise stratégie du veel spreken doch weinig doen. L’événement de la veille, c’était un peu les déclarations racistes de l’ex-colloque de Fawn («je sais je que je sais, je vois ce que je vois»).

C’a été un long weekend assez doux, dirait AC. J’ai pris le temps de dormir, de papoter avec LzMry au Belga, de lire Yourcenar dans l’effervescence d’une brasserie qui m’évoquait la belle scène du voyage avorté dans A rebours, de traîner au Spades 4 avec un nommé Didier (ce prénom est curieusement moins ridicule comme réplique de C’est arrivé près de chez vous ou M. Manatane, du genre «allez gamin, parle à Didier de Charleroi») après m’être hâté avec un garçon grand, roux et timide — la concrétisation de mon fantasme (pervers) de coucher avec des gens portant dans la vie des Timberland jaunes.

A Paris, froid intérieur et extérieur, ma chaudière m’a lâché au pire moment.

Salle de pause (monologues):
«Je suis légèrement spasmophile-Et toi tu travailles où ? »
« Je fais de l’hypotension-Je ne lui ai même pas répondu. »
« Ca à l’air doux ton pantalon-VME c’est pour Variable Mensuel d’ Exploitation »

Derrière le comptoir (dialogues):
« Il travaille en caisse il faut que je te le présente.»
« Qu’est ce que tu fais ? »
« Allo c’est Aurélie du quatrième tu sais ou travaille Pedro aujourd’hui ? »
« Pedro, Pedro, selon toute vraisemblance il n’est pas blond. »
« Tu sais moi maintenant je fais même les vieux, avant j’étais exigeante. »

En rayon (Brou-ha-ha):

« Non Madame Harry Potter ce n’est pas une autobiographie. »
« Un grand livre plat avec des images ? Je ne vois pas désolé. »
« Martine je descends au champagne !»
« Non monsieur je n’ai pas de livre d’initiation sexuelle pour les enfants, éducation si vous voulez »
« Putain il est 7h35 ils éteignent les lumières ! Allo ! Rallumez tout de suite on ferme à 8h aujourd’hui… heureusement on a atteint le budget..»

Résumé (Ambiance-Personnages-Fin de l’histoire):

Ils offrent du champagne et des croissants pour « motiver » le personnel, mais bizarrement ceci ne s’accompagne d’aucune des pressions auxquelles on pourrait s’attendre. Restons méfiant ça se paye sûrement quelque part.

Après un rapide calcul 63 % des filles et 4% des garçons sont lesbiennes dans ce magasin et 99% (tous genres confondus) détestent la chasse et les manteaux de fourrure.

Dès début Janvier je rends tout l’argent à PPR grâce aux soldes du “Printemps Homme”.

Post-mortem

December 11th, 2004

Il semblerait qu'en fait, les sondages sur le poids des «valeurs morales» («in case you didn't understand, that means us» -- L. Kramer) soient bidon.Pourquoi aimer un genre de mecs aussi absurde? est-ce le syndrôme de Stockholm?putain, quatre ans!
(dernières photos d’Avedon, parues dans le New Yorker).

Un plan, finalement, c’es toujours trop ou trop peu. On ne peut jamais se taire entièrement, ni manquer tout à fait d’intérêt, ni passer outre la personne, ce qui mène à «l’envahissement de la chair par l’esprit», comme écrit Yourcenar. En même temps, les paroles, l’empathie: l’altruisme, sont à la longue (mais désormais de plus en plus vite) des tue-le-désir. Ou alors, j’ai fait un premier tour du sujet. Ou alors, nouvel effet tapir. Ceci soit dit pour teaser le segment du lectorat de freedonia qui prend ses pauses café au Département.

Jeudi, le Conseil d’a failli faire son métier en repérant une faille juridique dans un texte que je lui présentais:

(premier président) – En fait, la clause de rétroactivité figure aussi dans le second, mais rédigée de toute autre manière.
(vice-président, faussement ennuyé) –On pourrait demander au Département de s’en tenir à un modèle…!
(rires complaisants alentour)
(vice-président) –j’ai froid, il fait froid.
(deuxième président de section) –la salle la plus froide, c’est celle de section de f…
(premier président de section) – Non, non, maintenant on la chauffe, du coup c’est ici qu’il fait froid.
(l’assemblée générale frise l’hystérie)
(vice-président) –Peut-être que ça n’intéresse pas les commissaires du gouvernement, tout ça.

Sur le chemin, dans les rues bordées de palais début de siècle, l’autre, désaffectés, des nurses noires effarées et tristes promenaient dans leurs poussettes des enfants blancs stupéfaits de plaisir. Juste après, mais ailleurs, l’intégrité publique a failli franchir un pas de géant:

(délégué machin, interrogé) – J’ai un avion à prendre, alors je fais vite. Sinon, ma législation est géniale et il n’y a aucune poursuite en cours.
(mister chair) – Même pas sur l’affaire Truco?
(délégué machin, souriant) – Ce n’est pas apparu sur nos radars.
(mister chair, sourire complice) – Allez bon vol, bisous.

Cette semaine a été fatale à ma vocation. J’aime toujours la vie administrative, je me sens toujours fait pour l’Etat, ou quelque chose comme ça. Mais je ne suis pas un bon agent du Département: trop irritable, aucun calcul, aucune dissimulation, la lecture de Gracian et Castiglione a été gâchée. Pas assez patriote pour partir de l’intérêt de mon pays plutôt que d’un point de vue moral. Cette administration aime trop se lire et s’écoute parler. Plus, je suis réduit par ma position subalterne à subir l’attentisme lâche venu d’en-haut. Peut-être ai-je juste trop d’ego ou trop de certitudes pour servir.

Faire-savoir

December 6th, 2004

Et pendant ce temps-là, à NewYork, il y a du sexe, de la citadinité, et des fêtes à l’esthétique très 1990 (qui sont de retour). A tous les coups, avec le décallage dans les modes, 2005 va voir le grand comeback du bonheur.

The Flash of the Neon Light

December 5th, 2004

Comme j’étais en retard, Fabien V. avait émigré d’office dans le wannabe lounge-bar que j’avais en tête (je m’étais dit: «un endroit branchouillado où ils font des cocktails voyants»). Au même chapitre «acclimatation», il demanda: «et, c’est ton pullover de weekend?» (non, c’est mon pullover de droite).

Fabien V. parlait de lui, avec sa voix haut perchée et de rares accents provençaux. Il levait peu le voile sur cette oppressive famille marseillaise et toutes ces Suédoises aux grandes dents et ces Chinois absurdes fréquentés en Indochine. («j’avais une copine à Singapour… Non non, je n’ai pas été au grand sauna à Bangkok, mais on m’en parlait tous les jours.») Il construisait sa blog-légende sans que rien n’indique que sa légende, tout court, dût survenir dans un horizon de temps prévisible. Je lui reprochais sa mollesse et son amour de la Rente («tu es plus susceptible de recevoirs des coups que d’en donner»), et il confessait l’air de rien: «quand on veut travailler dans l’art prétentieux, il faut l’être un peu soi-même». Il était impossible de manger et boire proprement, c’est l’inconvénient de manger et de boire de belles choses.

Dans une antiquaire 60’s du Marais, des galeristes de la connaissance de Stéphane V. (a.K.a. «les sacs à mains») racontaient des anecdotes. Comme celle de François Pinault cherchant pendant des années à manger, pour des raisons obscures (construire sa propre légende de mécène?), avec Pierre & Gilles, et qui, y parvenant finalement, vint chez eux avec un super vin, et mangea des lentilles à la cuisine. Enfin, il a fini par être photographié en Capitaine Némo. Vivement le catalogue extensif de tout l’oeuvre de P&G.

Autre anecdote bizarre d’une famille juive dans laquelle, post-Shoah, très curieusement, on ne disait plus “juif”, ce qui donnait à table: «Nous sommes passés pas Ville… pour le retour. (…) Ta voisine, est-ce qu’elle n’est pas …?»

Sinon, des deux antiquaires l’un était Suédois (accent comestible), et pile poil dans un de mes segments de désir (quadragénaire, blond, gras, poilu, avec des yeux bleus, et un air doux et coquin). Eh-eh: j’ai son numéro de portable. Bon, manque de bol c’est l’autre galeriste, qui est son mari, qui me l’a filé.

Samedi soir, un dîner chouette avec FFB et Wilfred, où j’ai tout appris sur leurs détours amoureux et l’église re-réformée des Pays-Bas. Après, la soirée de trop à la Maroquinerie, où par définition j’ai croisé L***, et rejoint SophCo. AC&P et moi tentions des énormes stratégies de chope vouées à l’échec (comme scotcher sur un mec hétéro flexible mais finalement pas), tandis qu’après s’être démenés comme des groupies face à des DJettes chouettes, ComitéCentral et son moral étaient retombés comme des crêpes, au bas de l’escalier.

Dans un dîner avec Fred ex-le Lillois, son mec mexicain jeune, beau et AC&P-able, et un pote américain à eux (avec qui j’ai eu après une grande conversation sur la valeur du modèle économique américain, qui s’est conclue dans sa bouche par la sentence: «everybody has to take care of their own life, right»), on parlait du vieillissement des gays et le même se demandait: «Maybe 55 is the new 30»

Après, on a été au Raidd et j’ai croisé Fabrice Le P. (soit dit pour le segment ex-H.E.C. de Paris du lectorat de freedonia). Lequel, en lisant comme tout le monde (serveurs, potes belges, Mexicain, gens, etc.) mes badges
fit la mou: «mort aux jeunes?! Heureusement, je suis vieux.»

Dans Illico, ils parlaient de la génération de gays venus à eux-mêmes avec la bluette «Beautiful Thing», dont je fais partie. Ce film me laisse chaque fois que je le vois, même que j’y pense, un goût d’inabouti, de ma propre médiocrité, de vraie tristesse et peut-être de frustration dans la bouche. Dans le Noctambus, je chantonne les chansons tristes de Mamma Cass.

«you gotta go where you wanna go
Do what you wanna do
With whoever you wanna do it with

You gotta go where you wanna go
Do what you wanna do
With whoever you wanna do it with

You don’t understand
That a girl like me can love just one man
You’ve been gone a week, and I tried so hard
Not to be the cryin’ kind
Not to be the girl you left behind!»

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