Freedonia

Restitution

February 11th, 2007

Chirac laisse entendre, chez Drucker et à demi-mot (fuité dans le Parisien), qu’il pourrait ne pas se représenter («Il y a une vie après la politique…») et qu’il pourrait être mécréant («… Jusqu’à la mort»). Mme Chirac, bonne cliente chez le même, refait le coup de la larme à l’oeil, des pièces jaunes, de «l’Elysée c’est ma maison», car selon le théorème de Médecin (Jacques), les vieux, tu leur piques leur portefeuille et il en redemandent.

La barbouzerie de la semaine est la recherche d’un scooter volé, en l’espèce à Sarkozy junior — pas «on est avec toi mon papa» mais un autre plus vieux qu’on n’avait pas valorisé médiatiquement jusque là — avec des moyens généralement réservés aux déplacements de son père (girophares, fichiers ADN, tireurs embusqués).
La deuxième barbouzerie de la semaine c’est l’organisation d’une émission avec Sarkozy face à 100 vraies gens et PPDA sur TF1 — un truc déjà organisé en 1993 pour Balladur en dix fois plus petit, car l’histoire se répète, «une fois comme drame et une fois comme farce», cette dernière eût-elle la grimace du thatchérisme. Mais je m’égare. L’émission était réalisé par Ambiel, qui avant d’avoir recours aux services d’une prostituée roumaine et d’être dégagé, fut (et demeure) pote et conseiller dans le Matignon de Raffarin, lequel assura également en décembre l’intermittence du spectacle Sarkozy. Bayrou en rajoute une couche sur le thème des média complices, tempête et menace, pas au point cependant d’annuler pour de vrai sa propre participation.

Sinon, sur la deuxième chaîne de l’ORTF, jeudi, il y avait le Pen en tribun radical-socialiste, patelin et rassembleur — il est vrai que la déstabilisation était censée venir d’Alain Duhamel. Plus curieux, Nicolas Dupont-Aignan déchire. Pas mes idées, mais une grande éloquence, de l’indignation quant à la précarité et à la désindustrialisation, une capacité à dire des trucs simples et même, parfois, justes. Une sorte de Chevènement jeune, sans le ronchonnement. Par comparaison Voynet, répondant à une dame demandant «comment que je fais que je suis en fins d’assedic» qu’il y a l’économie solidaire et les emplois verts, passe une fois de plus pour une toune.

Pas de gaffe de la semaine, tout le staff de Ségolène Royal étant occupé à trouver un nouveau slogan, cent propositions («qui a eu l’idée de dire qu’on prendrait TOUT en notes?!»), et retrouver le numéro de portable du type qui faisait les décors de Mitterrand («Allo Jack? Oui salut oui. Oui tu étais très très bon à la télé hier. Mitterrandien. Ahahah. Super cette nouvelle chemise. Ah Mugler? Dis, je voulais savoir si tu savais où joindre…»).

Par ailleurs, Bové est définitivement re-condamné à de la taule ferme. Villier présente son nouveau slogan de campagne: «Retrouver la fierté d’être Français».

Plouf.

Cette semaine étant consacrée au tamisage des «cahiers d’espérance» des gogos de la démocratie participative à la Royal, Freedonia, le Porto-Allegre des ragots, se rend en Poitou-Charentes, terre d’élection présidentielle (de région) de la «Zapatera» en 2004. Vite rebaptisée, là-bas, par ses ennemis et les autres, Zapaterreur. Ivan a remis la main sur le moment (aux trois quarts de la vidéo) où Royal, à l’époque conseillère technique à l’Elysée, sollicite le Vieux pour une circonscription: «c’est trop tard», car c’est jour de clôture des candidatures législatives de 1988. Mitterrand demande toutefois si on peut faire «quelque chose pour cette jeune femme», alors on lui trouve Melle dans les Deux-Sèvres, circonscription plutôt de gauche (de 1967 à 1981) dans un espace politique, le Grand Ouest, modéré par essence.

Poitou-Charentes, terre du garagiste sénatorial Monory, terre des Raffarin (Papa fut élu du cru et sous-ministre du lait-pour-tous-les-petits-enfants-de-France sous Mendès France, ce qui tombait bien car il était grossiste en lait dans la vie) a en effet trois grandes traditions politiques:
- au nord, la chouannerie qui y emporta quelques victoires: Parthenay et Bressuire sonnent encore à mes oreilles de collégien.
- au sud, la gauche mutualiste, dont Niort est la capitale galactique, et qui est, peut-être, l’avatar de la solidarité nécessaire tant aux sectateurs de la Religion Prétendue Réformée — jadis ici un Etat dans l’Etat –, qu’aux maraîchages. Royal a su, à l’occasion, enfourcher les chevaux de retour de l’identité régionale, genre chabichou, et de la démocratie locale so Deuxième Gauche goûtée ici, type budgets participatifs des lycées. C’est sur la sauvegarde du marais poitevin qu’elle a, en outre, assis une sorte de crédibilité écologique.
- partout, les indépendants, notables pansus et rubiconds, héritiers de l’orléanisme, incarnations d’assemblée idoines de la bourgeoisie du cognac, massacrée en écrits plus qu’à l’occasion par Balzac (Angoulème dans Illusions perdues). On notera l’éclatement au centre, encore aujourd’hui, du conseil régional. Autres exemples de cette «politique de personnes» préférée ici aux «politiques de partis»: les inexpugnables municipalités de Jacques Santrot à Poitiers et, à La Rochelle, du radical Michel Crépeau, laquelle ne fut interrompue que par l’incompétence réanimatoire de Douste-Blazy.

On pourra dire enfin que Royal ne fut pas la seule à être casée dans les environs par l’enfant du pays, Mitterrand, un fils de vinaigriers de Jarnac (les dominés des dominants du Cognacquois, en quelque sorte): Cresson fut, avant sa période européo-dentiste élue à Chatellerault, et Alain Claeys — un enfant du pays, aujourd’hui fabiusien semble-t-il — l’est, sur le même temps long, un peu plus loin, à Chasseneuil-du-Poitou. Oui oui, la patrie du Futuroscope et de la laiterie/usine à slogans picto-charentaise.

Désirs d'avenirs?

Le suivi du dossier

February 10th, 2007

1. Même en Ruritanie, sa tête s’affiche sur les murs:

Miam

Alors bien sûr une seule question: n’est-ce pas «Etienne» (apparemment «David Proux» dans le civil), un des trois garçons éponymes d’«Hélène et les garçons», et a priori aucun rapport avec Guech Patty? OK, il y avait une deuxième question: c’est pas lui qui faisait la pub pour le scotch Nivea anti-comédons?

En tout cas, chez AB, c’était mon préféré des trois, fatalement (je rappelle que les deux autres protagonistes étaient une cuirette proto-sarkozyste et un guitariste à carré long recalé du cours Florent). Je l’ai croisé pour la dernière fois dans les pages bermudas du catalogue printemps-été 1994 de la Camif. Que de bons souvenirs. Après recherche, il s’est semble-t-il marié avec la Toulousaine qui lui donnait la réplique à l’époque («On va à la cafêt? — On va retrouver les autres.» [rires enregistrés]), quelle déception.

2. Vos amis profs et/ou trotskystes et/ou jeunes comptent voter Bayrou. Freedonia, et les résultats sont là, vous donne un coup de main pour sauver votre estime pour eux avec une campagne Just Say No.

i- Bayrou a rédigé et défendu, en vain d’ailleurs, la réforme balladurienne de la loi Falloux en 1994, qui étendait le soutien financier de l’Etat aux établissements d’enseignement privé sous contrat (a.k.a. bagnes jésuites) aux dépenses d’investissement. Il est de droite. Wake up.

ii- Sa campagne est dirigée par Marielle de Sarnez, ancienne des jeunes giscardiens, à ce titre copine de toute la bande de la fac de droit, anciens d’Occident, etc (cf

). De droite. Il est de droite. Comme plein d’autres ex- pseudo-progressistes de droite (Giscard, Lecanuet, Fillon, etc.). Tu vois l’idée?

iii- Son programme économique est conçu par Jean Arthuis, qui met la macroéconomie au niveau de la chambre des notaires de la Mayenne.

iv- En particulier, sa seule proposition économique porte sur la baisse des charges des entreprises (déjà 40 milliards d’euro par an au compteur au demeurant). Ouh ouh. De droite.

v- «Oui mais il a un côté présidentiel, mitterrandien». Just think.

vi- Dire: «Ségolène Royal est de droite donc je veux pas voter pour elle donc je vais voter pour Bayrou» ça s’appelle un syllogisme.

vii- Beaucoup d’autres opportunités de votes absurdes existent. Par exemple, pour l’instant je compte voter Dominique Voynet qui est vraiment ridicule.

Dulle Griet

February 8th, 2007

Je vis en grande banlieue de la vie et de l'amour. Alors, par lassitude, par désoeuvrement, je me suis mis à la muscu, pour accomplir l'autre grande prophétie de ComitéCentral: «gym-queens avant 35 ans.»«If you make a revolution, make it for fun» (D.H. Lawrence)A
Tu as l'air tout gentil. «Si tu savais...»«De toute façon je suis de plus en plus inutile.»«Elevés dans une ère de sécurité, nous avions tous la nostalgie de l'inhabituel, des grands périls.» (E. Jünger)
«Du coup, j'ai plus la même coupe de cheveux qu'Olivier.»Une bonne nouvelle pour le mois de juin. Et une intention de vote Bayrou supplémentaire.Trente ans de bon goût et de poils.
«Ca s'appelle le Laboratoire, un grand truc derrière la rue de Valois...»Se promener à Paris en lisant «Mrs. Dalloway», être submergé par la nostalgie et la beauté irréfragable des choses.A Anvers encore, refaire le «coup de la pizzeria» (variante du «coup de la boîte de chocolats»).
Pendant ce temps, La Hague est méticuleusement enneigée comme un tableau de Brueghel.

A1: Je vis en grande banlieue de la vie et de l’amour. Alors, par lassitude, par désoeuvrement, je me suis mis à la muscu, pour accomplir l’autre grande prophétie de ComitéCentral: «gym-queens avant 35 ans.»
A2: «If you make a revolution, make it for fun» (D.H. Lawrence)
A3: A Anvers, SophCo fait du shopping efficace puis dort comme une loutre.
B1: Tu as l’air tout gentil. «Si tu savais…»
B2: «De toute façon je suis de plus en plus inutile.»
B3: «Elevés dans une ère de sécurité, nous avions tous la nostalgie de l’inhabituel, des grands périls.» (E. Jünger)
C1: «Du coup, j’ai plus la même coupe de cheveux qu’Olivier.»
C2: Une bonne nouvelle pour le mois de juin. Et une intention de vote Bayrou supplémentaire.
C3: Trente ans de bon goût et de poils.
D1: «Ca s’appelle le Laboratoire, un grand truc derrière la rue de Valois…»
D2: Se promener à Paris en lisant «Mrs. Dalloway», être submergé par la nostalgie et la beauté irréfragable des choses.
D3: A Anvers encore, refaire le «coup de la pizzeria» (variante du «coup de la boîte de chocolats»).
E3: Pendant ce temps, La Hague est méticuleusement enneigée comme un tableau de Brueghel.

«Moi kontan wé zot»

February 6th, 2007

Cette semaine, Royal s’était rendue dans les Antilles en compagnie de sa nouvelle porte-parole à usage républicain et DOMien, Christiane Taubira. Elle (Royal) a dit trois trucs en créole, ce qui a permis à son staff de campagne d’indiquer qu’elle était en phase avec l’électorat local. Sa gaffe de la semaine, c’était l’annulation d’une interview de Télérama sur la culture, pour cause d’absence d’idée. Le PS s’emploie à caresser le cercle vicieux en expliquant que tout ira mieux — moral des troupes, prédictions sondagières, image de compétence, candélamétrage de l’auréole mariale de la candidate — lorsqu’il débriefera les «débats participatifs» voulus par son soviet de campagne.

En face, la barbouzerie de la semaine: le ministre d’Etat aurait sollicité les RG d’une fiche, encore une, cette fois sur le patrimoine des Hollande / Royal. Bayrou continue de surfer sur la thématique de la moralisation de la vie publique.

Surtout, l’événement de la semaine était la déclaration de candidature de José Bové. Sur le fond, il veut être unitaire pour un camp antilibéral plus que jamais divisé, se pose en adversaire de Sarkozy et alternative à Royal; une assez belle déclaration, écrite, pensée. Sur la forme, ça grésille et ça tremblote, avec des images un peu Troisième République: comme un peu vieux prof, voix qui résonne dans l’amphi, lunettes au bout du nez, nez qui descend souvent vers le papier, discours sur un pupitre; au fond, des coquelicots, ou des églantines, emblème de campagne so SFIO. Ce qu’il manque à Bové, c’est la famille et le fanclub Bayrou pour applaudir une fois de temps en temps.

Freedonia, frappée au coin du bon sens (aïe), se rend donc en tout logique dans les départements français d’Amérique et à Saint-Pierre-et-Miquelon, îlots de rudes pêcheurs atlantiques, réactionnaires comme le Grand Ouest, et chers au coeur alizé de BoxingBoy. Il y a plus que des nuances, de vraies différences dans les histoires locales de La Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane: qui les occupa, qui on y déporta, quels manoeuvriers on y fit venir. Au plan politique, l’atomisation socialiste / autonomiste de la Guadeloupe (face à la cleptocratie droitière en pleine déroute de Lucette Michaux-Chevry, élue socialiste rapidement devenue chiraquienne de toujours) a élu comme grand débat la fusion (ou le maintien) de la région et du département. En Martinique, la césure se fait entre sociaux-autonomistes et indépendandistes d’extrême-gauche (un peu à la kanak; emmenés par le président Marie-Jeanne) — encore que tous, droite comprise, cogèrent l’île en attendant. En Guyane se joue un éternel ping-pong entre l’actuel sous-ministre des camping-cars, Léon Bertrand, à droite, et, quelque part ailleurs («elle a voté l’investiture de Balladur!», récrimine ComitéCentral), l’ineffable, mais non point insonore, Christiane Taubira, leader du Walwari («éventail»). Partout, pourtant, la discrimination, le retard de développement, le melting-pot inachevé placent l’urgence sociale à un autre niveau encore qu’en métropole.

«Moin sé on fanm doubout, nou kay cassé ça!»

«C’était les corons»

January 30th, 2007

L’actualité de la semaine, c’est le «pschitttt» de Nicolas Hulot et la belle percée des autres troisièmes hommes dans les sondages. Bayrou frétille depuis Orléans du haut de ses 13%, Besancenot (toujours en quête des 500 signatures) dépasse seul à l’extrême-gauche la barre des 5%, Bové annonce qu’il va annoncer sa candidature. En parallèle, Buffet lance sa campagne au Zénith dans une assez grande discrétion, sans le logo (quel logo?) du Parti mais sous l’enseigne, comme en 2004, de la «Gauche populaire et antilibérale», et parle d’ISF et de smic à 1500€.

La gaffe de la semaine: comme dit «Libé», Royal «se prend les pieds dans le Québec libre» en manifestant son attachement à «la souveraineté et à la liberté» de la patrie de Céline Dion. Un imitateur proche du camp Sarkozy l’amène même à parler d’indépendance de la Corse. La gauche feint d’ignorer sa fragilisation sondagière, envoie Ségolène outre-mer avec Taubira comme porte-parole ad hoc, et attaque Sarkozy qui a fait enquêter les RG sur le conseiller environnement de Royal, l’ex- de Greenpeace lacaniennement nommé Rebelle.

Pipop?

Des émeutes de Fourmies au discours de Mitterrand à Liévin, peu d’endroits en France ont une identité politique aussi marquée, aussi durable, presque de l’ordre de la synonymie — que le Nord. Mais le vote ouvrier (la mine, le sucre, le textile de la dentelle à la VPC, les laminoirs) et de gauche en Nord – Pas-de-Calais a évolué comme ailleurs dans le pays, érodé par la crise et décoiffé par les vents de la mondialisation:

- force des socialistes et force parmi les socialistes, mais avec effritement, autour de plusieurs pôles urbains (Lille, Dunkerque, Boulogne, etc.) qui sont autant d’éléphants du parti (Mauroy, Delebarre,…). Les deux patrons de fédérations, Janquin et Dolez, restent incontournables rue Solférino, même si la première fédération PS est aujourd’hui Paris. Après l’intermède de la présidence verte de Blandin à la région, le PS a repris ses droits, si bien que la plupart des échelons locaux du pouvoir sont entre ses mains. Les Verts ont ici, de longue date (municipales de Lille en 1989 et régionales de 1992), joué l’alliance à gauche et les thématiques urbaines et sociales.

- contraction du vote communiste: Thorez est né à Noyelles-Godeault et Lens est la patrie d’Auguste Lecoeur, «fils d’ouvrier, petit fils d’ouvrier, ouvrier lui-même» et ministre des charbonnages à la Libération, stalinien de l’ombre qui finit purgé et fondateur du Mouvement démocrate socialiste (futur Parti social-démocrate qui revit ces jours-ci). Depuis un pic de 14 députés en 1978, la chute a été continue; seuls deux ultra-orthodoxes sont encore députés communistes de la région: le doyen Georges Hage, seul pair de Boutin à la Chambre pour les citations bibliques, et le président de groupe Bocquet. L’influence communiste reste centrée essentiellement sur le bassin houillier (de Roubais à Valenciennes) ainsi qu’à Calais, dont le maire s’appelle Jacky.

- substitution tribunicienne du FN, qui fait parmi ses meilleurs scores au pied des terrils et dans les banlieues nordistes en déserrance. Marine Le Pen et son conjoint Iorio y dépassent les 30% aux législatives.

- résistance et parfois reconquista d’une droite «sociale», reposoir historique des intérêts du patronat paternaliste et bigot du cru, qui a trouvé à s’incarner dans le corporatisme maurrassien de De Gaulle (un Lillois), le MRP roubaisien d’André Diligent, ou le néo-radicalisme de l’ex-comparse des «restructurations» de Tapie et avocat people Borloo (à Valenciennes). La même tradition démochrétienne se lit d’ailleurs chez Martine Aubry, fille de, et ex-séide de Gandois chez Péchiney.

«62, méfie-teu.»

Trompettes de la renommée

January 29th, 2007

En Serbie, les très divers partis favorables à la «vocation européenne» du pays remportent une courte victoire sur les nationalistes de feu Milosevic (le parti socialiste, qui malgré son nom et en dépit à l’époque du soutien du PS français, n’est pas membre de l’IS) et des radicaux du criminel de guerre présumé et ascète des prisons hollandaises, Vojislav Chechelj. Ces derniers demeurent la première force du pays mais ne pourront constituer de gouvernement, tâche délicate qui revient aux démocrates du président Tadic, qui devront s’allier aux conservateurs louvoyants (DSS) du premier ministre sortant Kostunica, aux thatchériens G17+ du ministre des finances Dlinkic, à une coalition libérale/centriste (membre de l’ELDR, pro-UE, OTAN, TPIY, bref en pointe parmi les pro-occidentaux) ainsi qu’aux partis ethniques rom, du Sandjak (province frontalière du Montenegro, majoritairement musulmane) et hongrois de Voïvodine (LSV et VMSZ). En clair, ce n’est pas gagné mais si tout ce petit monde semble s’y résoudre pour l’instant.

Зато што живот не може да чека

A nos lecteurs

January 24th, 2007

«Après avoir été si grossièrement interrompue» (comme le dit le speaker de la BBC le 8 mai 1945), Freedonia, l’antenne exploratoire, reprend ses émissions. Malheureusement, le soutien technique (merci Patate, Maaxxx) n’a pas été capable de récupérer les commentaires, qui sont tous disparus dans les sables du web 2.0. C’est pour moi une perte douloureuse; je me rappelle le premier, d’Ivan, qui disait «mon Dieu, PatCo, tu as fait un travail de titan» et le second, de Comité, «Luis Rego en a rougi, lui qui n’a qu’un site tout pourri», je me rappelle la logomachie de Fillette seul contre mille défendant le miliTantisme dans une époque sans engagement, les passions télématiques illusoires, les retrouvailles, les fâcheries, les lueurs inouies d’Emmanuel de Ngroung, AC&P constatant en 2006 qu’«on avait de vraies discussions ici en 2004». Beaucoup s’est passé infrapaginalement ici.

Pour les quelques lecteurs assidus de la semaine politique de Freedonia, j’ai reconstitué les épisodes du mois de janvier.

Bassas da India

January 18th, 2007

Larme à l’oeil de Mme Ch¤ban, roucoulement de B¤lladur, présence de Douste-Bl¤zy sur les photos, discours supposément mitterrandien (comprendre: des sourires, pas de hurlement et plus de 100 mots de vocabulaire), couverture maximale et critique médiatique minimale mais ça comme d’habitude, chiffres castristes de présences et de soutiens, Sarkozy a bien géré son congrès porte de Versailles. Il y a quelque chose, du lyrisme?, quand il évoque le courrier de la fille de Mendel à Laval, car il est facile d’usurper les slogans, l’éloquence et le courage d’autres (Jaurès, Blum, Moquet, «tout est possible»). La réalité néo-fasciste de fond affleure toutefois, dans l’indifférence presque générale, quand Sarkozy parle deci du courage des «colons de l’Empire» et delà propose de ne pas faire accéder les étrangers en situation régulière au droit au logement opposable. (dire «préférence nationale»).

En face, concours général de gaffe de la semaine. Hollande propose d’augmenter l’imposition des revenus supérieurs à 4000€. Il est démenti par Royal, qui fait appel à DSK pour réfléchir, qui dit que c’est logique puisqu’elle ne l’a pas fait jusque -à. Dans une ambiance passablement pourrie entre Solférino et la bande à Royal boulevard Saint-Germain, et tandis que les fabiusiens rodent la rancoeur aux lèvres, Montebourg note que le principal défaut de Ségo, c’est François. N’est pas Catherine Lara qui veut.

Cette semaine-là, Freedonia, la boussole de la diversité, aurait pu aller dans l’océan Indien. Je ne suis pas sûr de comprendre tous les tenants et aboutissants de la politique à Mayotte, historiquement dominée par la droite modérée. Il me semble que, comme à la Réunion, elle est marquée par une grande stabilité des élites dirigeantes, l’atomisation partisane, le népotisme, l’errance idéologique, et les arrangements entre notables qu’ils permettent. A la Réunion, les Vergès père, fils et petit-fils (Raymond, Paul, Laurent, Pierre, et maître) dominent depuis 1945 le Parti communiste réunionnais, qui s’est plus qu’à l’occasion écarté des canons du marxisme-léninisme et de Fabien. Dernièrement le PCR s’est allié à plein de gens (dont l’UDSR, si si, ça existe encore là-bas), y compris les réformistes radio-télévisés de FreeDOM de Camille Sudre. Lui-même est l’ex- de Margie, ancienne sous-ministre des casques de traduction, et impavide égérie de la droite locale. A droite toujours, le jusque-là indéboulonnable député-maire du Tampon, André Thien Ah Koon, récent fondateur du Parti populaire, vient de perdre ses mandats après avoir été condamné en justice. Autres stars sous le piton, Raymond Barre, natif de l’île, et Entonnoir Debré qui y fut parachuté jadis.

Bi-dép?

Avant le congrès plébiscitaire, Sarkozy enregistre des «ralliements» de dernière minute : abandon d’Alliot-Marie, soutien déjà annoncé d’Alain Juppé (qui a lui aussi tué le père il y a quelque temps). Villepin fait profil bas mais continue d’attendre son heure, sait-on jamais. Parallèlement, Royal voyage en Chine pour asseoir sa «crédibilité internationale» mais confirme à son futur ex-électorat de profs qu’elle est semi-illettrée (heureusement, après la primaire socialiste):

Cette semaine, Freedonia, la corne de brume 2.0, se rendait en Bretagne, archétype de l’écologie politique hyperlocale. A la montagne rouge (la patrie de ComitéCentral), on bouffe du «corbeau de malheur» à soutane de temps immémorial et on vote souvent communiste, mais 20 kilomètres plus loin les curés font la loi. Les Côtes d’Armor et le Nord-Finistère furent en outre à partir des années 1970-80 une des terres de mission du mitterrandisme, tendance JAC. Les grands ports sont pour la plupart marqués à gauche, Vannes faisant exception dans un Morbihan solidement conservateur, comme plusieurs aires rurales de la Bretagne intérieure. Rennes, grande ville universitaire et administrative, est un autre point d’appui socialiste, mais l’Ille-et-Vilaine (avec l’aide encore une fois du découpage Pasqua) illustre bien le caractère fondamentalement modéré et cul-bénit de l’Ouest. L’incarnation de cette Bretagne extérieure, car on a que ce qu’on mérite, est Méhaignerie (Madelin, un banlieusard parachuté là de longue date et qui n’a de breton que le beurre salé, a annoncé son retrait de la vie politique).

Chaque jour, des Bretons en fin de vie se font piquer leurs pullovers par des fashionistas.

Là haut sur la montagne

January 4th, 2007

Après une prestation radio-télé relookée sur la forme et pleine de promesses sur le fond — la promesse c’est un peu le versant idéologique du chiraquisme –, les voeux de Chirac aux corps constitués sont considérés comme pugnaces, même si la presse se complaît à parler des «derniers».

Parallèlement, et sous la plume de l’ancien ministre de la crise du logement Besson, le PS sort une analyse à charge du sarkozysme comme atlantisme et thatchérisme. Mini-flop, en tout cas pas énormes échos.

Surtout, ce qui ressort des vacances, c’est l’incroyable perméabilité entre la gauche et le vote «Bayrou». Des électeurs PS sensible au thème européen bien sûr, mais aussi de la LCR ou de Chevènement (?!). Ce qui peut expliquer la porosité est me semble-t-il double : que Ségolène soit blairiste fait sauter le tabou de voter utile et de droite dès le départ ; l’agrégé Bayrou fait vibrer la fibre des profs.

La région de la semaine, c’est Rhône-Alpes. La Blache a dit que Lyon fait sa région, économiquement. Lyon l’a, en parallèle, construite politiquement, même au-delà des frontières administratives (Perben, qui a des visées au confluent, se fait élire à Chalons qui est encore dans l’aire lyonnaise. Il tente actuellement un bonneteau complexe pour récupérer la circonscription centrale de Ch. Philip: nommer Boyon au CSA, ce qui libérerait la présidence de RFF pour Philip, qui refuse jusqu’à présent).

Lyon a dispersé dans la vallée rhodanienne les ouvriers de la soie; les industriels et négociants lyonnais ont structuré les réseaux de la petite bourgeoisie boutiquière et marchande rhônalpine qui trouva, mieux qu’en quiconque, à s’incarner dans le tanneur de Saint-Chamond, ancien pétainiste et endetteur public gagé sur l’or in aeternum, Antoine Pinay. Les ex-canuts fournirent, avec l’industrie et l’université grenobloise et les réformés de l’Ardèche, les gros bataillons d’une tradition de gauche, par endroits (banlieue de Lyon et Saint-Etienne) communiste, habilement masquée et charcutée par le découpage électoral Pasqua. Noter le look paléo-Gromyko de l’orthodoxe André Gérin.

Les soyeux et intermédiaires, héritiers d’un «apolitisme» copinier appelé pradélisme puis barrisme à Lyon, furent et restent l’armature de la droite, avec les ruraux réactionnaires et chrétiens de l’Ain (cf. Millon) et de Savoie, quelques gaullistes pur jus (Mazeaud), et un archétype du jeune loup 80’s, Alain Carignon (Michel Noir ayant trouvé à s’employer dans le spectacle après avoir tâté du haïku). Lequel revient après avoir payé sa dette à la société et grâce, notamment, à l’indéfectible amitié de Sarkozy. Modèle nineties, le gaulliste immobilier local s’appelle Gaymard.

Raymond Barre en slip

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