Là haut sur la montagne
Après une prestation radio-télé relookée sur la forme et pleine de promesses sur le fond — la promesse c’est un peu le versant idéologique du chiraquisme –, les voeux de Chirac aux corps constitués sont considérés comme pugnaces, même si la presse se complaît à parler des «derniers».
Parallèlement, et sous la plume de l’ancien ministre de la crise du logement Besson, le PS sort une analyse à charge du sarkozysme comme atlantisme et thatchérisme. Mini-flop, en tout cas pas énormes échos.
Surtout, ce qui ressort des vacances, c’est l’incroyable perméabilité entre la gauche et le vote «Bayrou». Des électeurs PS sensible au thème européen bien sûr, mais aussi de la LCR ou de Chevènement (?!). Ce qui peut expliquer la porosité est me semble-t-il double : que Ségolène soit blairiste fait sauter le tabou de voter utile et de droite dès le départ ; l’agrégé Bayrou fait vibrer la fibre des profs.
La région de la semaine, c’est Rhône-Alpes. La Blache a dit que Lyon fait sa région, économiquement. Lyon l’a, en parallèle, construite politiquement, même au-delà des frontières administratives (Perben, qui a des visées au confluent, se fait élire à Chalons qui est encore dans l’aire lyonnaise. Il tente actuellement un bonneteau complexe pour récupérer la circonscription centrale de Ch. Philip: nommer Boyon au CSA, ce qui libérerait la présidence de RFF pour Philip, qui refuse jusqu’à présent).
Lyon a dispersé dans la vallée rhodanienne les ouvriers de la soie; les industriels et négociants lyonnais ont structuré les réseaux de la petite bourgeoisie boutiquière et marchande rhônalpine qui trouva, mieux qu’en quiconque, à s’incarner dans le tanneur de Saint-Chamond, ancien pétainiste et endetteur public gagé sur l’or in aeternum, Antoine Pinay. Les ex-canuts fournirent, avec l’industrie et l’université grenobloise et les réformés de l’Ardèche, les gros bataillons d’une tradition de gauche, par endroits (banlieue de Lyon et Saint-Etienne) communiste, habilement masquée et charcutée par le découpage électoral Pasqua. Noter le look paléo-Gromyko de l’orthodoxe André Gérin.
Les soyeux et intermédiaires, héritiers d’un «apolitisme» copinier appelé pradélisme puis barrisme à Lyon, furent et restent l’armature de la droite, avec les ruraux réactionnaires et chrétiens de l’Ain (cf. Millon) et de Savoie, quelques gaullistes pur jus (Mazeaud), et un archétype du jeune loup 80’s, Alain Carignon (Michel Noir ayant trouvé à s’employer dans le spectacle après avoir tâté du haïku). Lequel revient après avoir payé sa dette à la société et grâce, notamment, à l’indéfectible amitié de Sarkozy. Modèle nineties, le gaulliste immobilier local s’appelle Gaymard.

