Freedonia

Restitution

Chirac laisse entendre, chez Drucker et à demi-mot (fuité dans le Parisien), qu’il pourrait ne pas se représenter («Il y a une vie après la politique…») et qu’il pourrait être mécréant («… Jusqu’à la mort»). Mme Chirac, bonne cliente chez le même, refait le coup de la larme à l’oeil, des pièces jaunes, de «l’Elysée c’est ma maison», car selon le théorème de Médecin (Jacques), les vieux, tu leur piques leur portefeuille et il en redemandent.

La barbouzerie de la semaine est la recherche d’un scooter volé, en l’espèce à Sarkozy junior — pas «on est avec toi mon papa» mais un autre plus vieux qu’on n’avait pas valorisé médiatiquement jusque là — avec des moyens généralement réservés aux déplacements de son père (girophares, fichiers ADN, tireurs embusqués).
La deuxième barbouzerie de la semaine c’est l’organisation d’une émission avec Sarkozy face à 100 vraies gens et PPDA sur TF1 — un truc déjà organisé en 1993 pour Balladur en dix fois plus petit, car l’histoire se répète, «une fois comme drame et une fois comme farce», cette dernière eût-elle la grimace du thatchérisme. Mais je m’égare. L’émission était réalisé par Ambiel, qui avant d’avoir recours aux services d’une prostituée roumaine et d’être dégagé, fut (et demeure) pote et conseiller dans le Matignon de Raffarin, lequel assura également en décembre l’intermittence du spectacle Sarkozy. Bayrou en rajoute une couche sur le thème des média complices, tempête et menace, pas au point cependant d’annuler pour de vrai sa propre participation.

Sinon, sur la deuxième chaîne de l’ORTF, jeudi, il y avait le Pen en tribun radical-socialiste, patelin et rassembleur — il est vrai que la déstabilisation était censée venir d’Alain Duhamel. Plus curieux, Nicolas Dupont-Aignan déchire. Pas mes idées, mais une grande éloquence, de l’indignation quant à la précarité et à la désindustrialisation, une capacité à dire des trucs simples et même, parfois, justes. Une sorte de Chevènement jeune, sans le ronchonnement. Par comparaison Voynet, répondant à une dame demandant «comment que je fais que je suis en fins d’assedic» qu’il y a l’économie solidaire et les emplois verts, passe une fois de plus pour une toune.

Pas de gaffe de la semaine, tout le staff de Ségolène Royal étant occupé à trouver un nouveau slogan, cent propositions («qui a eu l’idée de dire qu’on prendrait TOUT en notes?!»), et retrouver le numéro de portable du type qui faisait les décors de Mitterrand («Allo Jack? Oui salut oui. Oui tu étais très très bon à la télé hier. Mitterrandien. Ahahah. Super cette nouvelle chemise. Ah Mugler? Dis, je voulais savoir si tu savais où joindre…»).

Par ailleurs, Bové est définitivement re-condamné à de la taule ferme. Villier présente son nouveau slogan de campagne: «Retrouver la fierté d’être Français».

Plouf.

Cette semaine étant consacrée au tamisage des «cahiers d’espérance» des gogos de la démocratie participative à la Royal, Freedonia, le Porto-Allegre des ragots, se rend en Poitou-Charentes, terre d’élection présidentielle (de région) de la «Zapatera» en 2004. Vite rebaptisée, là-bas, par ses ennemis et les autres, Zapaterreur. Ivan a remis la main sur le moment (aux trois quarts de la vidéo) où Royal, à l’époque conseillère technique à l’Elysée, sollicite le Vieux pour une circonscription: «c’est trop tard», car c’est jour de clôture des candidatures législatives de 1988. Mitterrand demande toutefois si on peut faire «quelque chose pour cette jeune femme», alors on lui trouve Melle dans les Deux-Sèvres, circonscription plutôt de gauche (de 1967 à 1981) dans un espace politique, le Grand Ouest, modéré par essence.

Poitou-Charentes, terre du garagiste sénatorial Monory, terre des Raffarin (Papa fut élu du cru et sous-ministre du lait-pour-tous-les-petits-enfants-de-France sous Mendès France, ce qui tombait bien car il était grossiste en lait dans la vie) a en effet trois grandes traditions politiques:
- au nord, la chouannerie qui y emporta quelques victoires: Parthenay et Bressuire sonnent encore à mes oreilles de collégien.
- au sud, la gauche mutualiste, dont Niort est la capitale galactique, et qui est, peut-être, l’avatar de la solidarité nécessaire tant aux sectateurs de la Religion Prétendue Réformée — jadis ici un Etat dans l’Etat –, qu’aux maraîchages. Royal a su, à l’occasion, enfourcher les chevaux de retour de l’identité régionale, genre chabichou, et de la démocratie locale so Deuxième Gauche goûtée ici, type budgets participatifs des lycées. C’est sur la sauvegarde du marais poitevin qu’elle a, en outre, assis une sorte de crédibilité écologique.
- partout, les indépendants, notables pansus et rubiconds, héritiers de l’orléanisme, incarnations d’assemblée idoines de la bourgeoisie du cognac, massacrée en écrits plus qu’à l’occasion par Balzac (Angoulème dans Illusions perdues). On notera l’éclatement au centre, encore aujourd’hui, du conseil régional. Autres exemples de cette «politique de personnes» préférée ici aux «politiques de partis»: les inexpugnables municipalités de Jacques Santrot à Poitiers et, à La Rochelle, du radical Michel Crépeau, laquelle ne fut interrompue que par l’incompétence réanimatoire de Douste-Blazy.

On pourra dire enfin que Royal ne fut pas la seule à être casée dans les environs par l’enfant du pays, Mitterrand, un fils de vinaigriers de Jarnac (les dominés des dominants du Cognacquois, en quelque sorte): Cresson fut, avant sa période européo-dentiste élue à Chatellerault, et Alain Claeys — un enfant du pays, aujourd’hui fabiusien semble-t-il — l’est, sur le même temps long, un peu plus loin, à Chasseneuil-du-Poitou. Oui oui, la patrie du Futuroscope et de la laiterie/usine à slogans picto-charentaise.

Désirs d'avenirs?

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