Freedonia

Le vingt-troisième homme

Après un discours lyrique et marqué à gauche, Royal espère remonter la pente. Plusieurs de ses propositions me semblent bien à la fois sur le fond et pour relancer la campagne: le service public du cautionnement bancaire, l’école obligatoire dès 3 ans, le renforcement des équipes pédagogiques (avec le rétablissement de contrats type emplois-jeunes), des classes à 17 élèves dans les ZEP. Cela étant, les propositions réactionnaires ou ambiguës (écoles militarisées pour les «jeunes en difficulté», suppression de la carte scolaire) sont maintenues. Je suis aussi d’accord avec Artus quand il dit que le bon niveau de négociation salariale, c’est la branche et non pas la grande conférence nationale — marotte de DSK pour ceux qui ont suivi la primaire. Le PS espérait, dimanche soir, avoir repris l’initiative, et observer un répit dans la glissade des sondages.

Las, la bourde de la semaine, c’est la démission d’Eric Besson, dont on a parlé ici, de ses fonctions de secrétaire national PS à l’économie. D’après Libé, il claque la porte après s’être sérieusement accroché avec Hollande après avoir — contre l’avis du BN — répliqué aux critiques de l’équipe Sarkozy sur le thème «le programme de Royal n’est pas financé».

Barbouzerie de la semaine, la visite de Sarkozy à La Réunion. Si, cette fois-ci, le déplacement est apparemment payé par la campagne et pas par le ministère, en revanche, la comm’ est à la charge des contribuables: Sarkozy vient officiellement signer un contrat de plan Etat-régions généreux, qui pourrait lui valoir le ralliement du réversible Paul Vergès, le Spontex des antipodes.

«Si je suis à 20% à la fin du mois, c'est gagné» (Bayrou)

Cette semaine, Freedonia, le grand bleu, plonge dans un morceau de France à droite et souvent à l’extrème droite, car l’Alsace, comme Brigitte Bardot, a une choucroute et vote facho. Le FN fait ses meilleurs scores à Mulhouse plutôt que Strasbourg, ainsi qu’en dehors des agglomérations. Le MNR s’est, un temps, appuyé sur Alsace d’Abord, le mouvement fascisto-régionaliste. Plus largement, la région est caractérisée par la permanence d’un vote conservateur puissant, notamment chrétien au nord (du MRP à l’UDF) et gaulliste au sud. Ce vote est très nettement relié à la pratique religieuse, catholique comme protestante, dans une région demeurée concordataire.

La gauche prend ici une teinte rose pale, genre SFIO anti-communistes, PSD, MDR/ADFP (Alliance des Français pour le progrès de feu Pierre Beregovoy) et avec aujourd’hui, le leader maximo du blairisme à la française et maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel. Le PS s’appuie sur les deux principales villes — encore que Trautmann ait tout perdu à Strasbourg, la mairie, la députation, la communauté urbaine. Le PCF n’a plus d’implantation sérieuse dans la région, marquée comme partout par la reconversion industrielle. Réciproquement, dans la région d’Antoine Waechter, voisine de l’Allemagne, éprouvée jadis par des catastrophes industrielles, les Verts se sont enracinés tôt et profond.

La vie est un kugklof de merde.

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