«C’était les corons»
L’actualité de la semaine, c’est le «pschitttt» de Nicolas Hulot et la belle percée des autres troisièmes hommes dans les sondages. Bayrou frétille depuis Orléans du haut de ses 13%, Besancenot (toujours en quête des 500 signatures) dépasse seul à l’extrême-gauche la barre des 5%, Bové annonce qu’il va annoncer sa candidature. En parallèle, Buffet lance sa campagne au Zénith dans une assez grande discrétion, sans le logo (quel logo?) du Parti mais sous l’enseigne, comme en 2004, de la «Gauche populaire et antilibérale», et parle d’ISF et de smic à 1500€.
La gaffe de la semaine: comme dit «Libé», Royal «se prend les pieds dans le Québec libre» en manifestant son attachement à «la souveraineté et à la liberté» de la patrie de Céline Dion. Un imitateur proche du camp Sarkozy l’amène même à parler d’indépendance de la Corse. La gauche feint d’ignorer sa fragilisation sondagière, envoie Ségolène outre-mer avec Taubira comme porte-parole ad hoc, et attaque Sarkozy qui a fait enquêter les RG sur le conseiller environnement de Royal, l’ex- de Greenpeace lacaniennement nommé Rebelle.

Des émeutes de Fourmies au discours de Mitterrand à Liévin, peu d’endroits en France ont une identité politique aussi marquée, aussi durable, presque de l’ordre de la synonymie — que le Nord. Mais le vote ouvrier (la mine, le sucre, le textile de la dentelle à la VPC, les laminoirs) et de gauche en Nord – Pas-de-Calais a évolué comme ailleurs dans le pays, érodé par la crise et décoiffé par les vents de la mondialisation:
- force des socialistes et force parmi les socialistes, mais avec effritement, autour de plusieurs pôles urbains (Lille, Dunkerque, Boulogne, etc.) qui sont autant d’éléphants du parti (Mauroy, Delebarre,…). Les deux patrons de fédérations, Janquin et Dolez, restent incontournables rue Solférino, même si la première fédération PS est aujourd’hui Paris. Après l’intermède de la présidence verte de Blandin à la région, le PS a repris ses droits, si bien que la plupart des échelons locaux du pouvoir sont entre ses mains. Les Verts ont ici, de longue date (municipales de Lille en 1989 et régionales de 1992), joué l’alliance à gauche et les thématiques urbaines et sociales.
- contraction du vote communiste: Thorez est né à Noyelles-Godeault et Lens est la patrie d’Auguste Lecoeur, «fils d’ouvrier, petit fils d’ouvrier, ouvrier lui-même» et ministre des charbonnages à la Libération, stalinien de l’ombre qui finit purgé et fondateur du Mouvement démocrate socialiste (futur Parti social-démocrate qui revit ces jours-ci). Depuis un pic de 14 députés en 1978, la chute a été continue; seuls deux ultra-orthodoxes sont encore députés communistes de la région: le doyen Georges Hage, seul pair de Boutin à la Chambre pour les citations bibliques, et le président de groupe Bocquet. L’influence communiste reste centrée essentiellement sur le bassin houillier (de Roubais à Valenciennes) ainsi qu’à Calais, dont le maire s’appelle Jacky.
- substitution tribunicienne du FN, qui fait parmi ses meilleurs scores au pied des terrils et dans les banlieues nordistes en déserrance. Marine Le Pen et son conjoint Iorio y dépassent les 30% aux législatives.
- résistance et parfois reconquista d’une droite «sociale», reposoir historique des intérêts du patronat paternaliste et bigot du cru, qui a trouvé à s’incarner dans le corporatisme maurrassien de De Gaulle (un Lillois), le MRP roubaisien d’André Diligent, ou le néo-radicalisme de l’ex-comparse des «restructurations» de Tapie et avocat people Borloo (à Valenciennes). La même tradition démochrétienne se lit d’ailleurs chez Martine Aubry, fille de, et ex-séide de Gandois chez Péchiney.

