Freedonia

«Moi kontan wé zot»

Cette semaine, Royal s’était rendue dans les Antilles en compagnie de sa nouvelle porte-parole à usage républicain et DOMien, Christiane Taubira. Elle (Royal) a dit trois trucs en créole, ce qui a permis à son staff de campagne d’indiquer qu’elle était en phase avec l’électorat local. Sa gaffe de la semaine, c’était l’annulation d’une interview de Télérama sur la culture, pour cause d’absence d’idée. Le PS s’emploie à caresser le cercle vicieux en expliquant que tout ira mieux — moral des troupes, prédictions sondagières, image de compétence, candélamétrage de l’auréole mariale de la candidate — lorsqu’il débriefera les «débats participatifs» voulus par son soviet de campagne.

En face, la barbouzerie de la semaine: le ministre d’Etat aurait sollicité les RG d’une fiche, encore une, cette fois sur le patrimoine des Hollande / Royal. Bayrou continue de surfer sur la thématique de la moralisation de la vie publique.

Surtout, l’événement de la semaine était la déclaration de candidature de José Bové. Sur le fond, il veut être unitaire pour un camp antilibéral plus que jamais divisé, se pose en adversaire de Sarkozy et alternative à Royal; une assez belle déclaration, écrite, pensée. Sur la forme, ça grésille et ça tremblote, avec des images un peu Troisième République: comme un peu vieux prof, voix qui résonne dans l’amphi, lunettes au bout du nez, nez qui descend souvent vers le papier, discours sur un pupitre; au fond, des coquelicots, ou des églantines, emblème de campagne so SFIO. Ce qu’il manque à Bové, c’est la famille et le fanclub Bayrou pour applaudir une fois de temps en temps.

Freedonia, frappée au coin du bon sens (aïe), se rend donc en tout logique dans les départements français d’Amérique et à Saint-Pierre-et-Miquelon, îlots de rudes pêcheurs atlantiques, réactionnaires comme le Grand Ouest, et chers au coeur alizé de BoxingBoy. Il y a plus que des nuances, de vraies différences dans les histoires locales de La Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane: qui les occupa, qui on y déporta, quels manoeuvriers on y fit venir. Au plan politique, l’atomisation socialiste / autonomiste de la Guadeloupe (face à la cleptocratie droitière en pleine déroute de Lucette Michaux-Chevry, élue socialiste rapidement devenue chiraquienne de toujours) a élu comme grand débat la fusion (ou le maintien) de la région et du département. En Martinique, la césure se fait entre sociaux-autonomistes et indépendandistes d’extrême-gauche (un peu à la kanak; emmenés par le président Marie-Jeanne) — encore que tous, droite comprise, cogèrent l’île en attendant. En Guyane se joue un éternel ping-pong entre l’actuel sous-ministre des camping-cars, Léon Bertrand, à droite, et, quelque part ailleurs («elle a voté l’investiture de Balladur!», récrimine ComitéCentral), l’ineffable, mais non point insonore, Christiane Taubira, leader du Walwari («éventail»). Partout, pourtant, la discrimination, le retard de développement, le melting-pot inachevé placent l’urgence sociale à un autre niveau encore qu’en métropole.

«Moin sé on fanm doubout, nou kay cassé ça!»

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