Freedonia

Clash (London Calling)

March 14th, 2005

Ce serait pouvoir mais n’oser pas, ou ne pas trouver la ressource suffisante. Ne jamais sauter l’unique pas. Ne jamais savoir s’il y avait un seul pas de peur d’une longue marche. Ne pas faire la révolution parce que ça ne marche plus, mais ne pas adhérer non plus aux Verts parce que le guichet d’adhésion ferme le weekend (et parce que c’est pas mal, non plus, le PC, et alors pourquoi choisir). Ne pas trouver un mec bien parce qu’on cherche trop, ou pas assez, ou mal, et puis de toute façon j’ai déjà baisé cette semaine alors c’est pas urgent, et puis j’ai encore plein de contacts RezoG qui me parlent sous MSN donc ça va.

Mes lectures de vacances sont réactionnaires, mes désirs dans la vie sont bourgeois, mon esthétique sexuelle est Partido Popular, j’ai des valeurs, je suis propriétaire, ma banque a un nom de droite (j’ai une banque). C’était bien la peine de donner des leçons de progressisme à ma soeur (cela étant je suis sûr qu’elle se réveillerait pas si la révolution tombait un dimanche).

J’ai l’impression de me gâcher. Le narcissisme n’est pourtant pas un truc que je m’avoue si souvent, j’ai mes pudeurs avec moi. Mais je me sens hyper-prêt pour l’amour, ou le pouvoir, ou le prix Interallié, mais je ne fais rien, peut-être pour toutes les raisons déjà dites, peut-être pour ne pas choisir l’un vis-à-vis des autres (ou ne pas me détromper). Certainement par conformisme et par risque-adversité.

Et y’a pas que moi. Cette génération pêche par absence d’idéologie (comme disait Alain-Gérard Slama mais dans un autre contexte). Par fainéantise, par aboulie, par mollesse, par embourgeoisement, par goût du confort, par égoïsme, par dévoiement de son érudition et de sa santé physique. Peut-être que je suis maoïste en fait.

Je crains que ci-dessus ce ne soit pas cohérent. Ou, ce qui est peut-être pire, ressemble à une chanson de Saez (je n’ai qu’une idée approximative, mais pas positive, de la musique de Saez). Mon lectorat n’est pas très cohérent non plus, et super-infidèle en plus (c’est pour ça que je peux pas vendre d’espaces de pub, parce que si François B2 venait encore je pourrais fourguer des trucs à Areva, et puis BoxingBoy est en Uruguay donc Cyrillus Babies n’est plus intéressé). C’est un signe de la dépression ou de la paranoïa critique de ne plus savoir arrêter le flux ses mots, comme ça.

A propos de paranoïa, il me semble que mes amis sont distants, ce sentiment n’est pas neuf mais tout l’alimente. Je prétends que je veux partir loin, profiter de ce que je ne manquerai pas pour qu’ils me manquent moins. Tout recommencer comme j’ai fait en 1993, en 1995, en 1996, en 1998, en 2002.

Voilà, voilà pourquoi je suis en apesanteur affective: je ne sais pas si je ressens quelque chose et si oui, quoi (douleur, désir, joie, chagrin).

Curieusement, je n’ai toujours pas commencé à parler de la semaine écoulée ni à mettre des petites vignettes avec des commentaires drôles et équivoques (comme ça Gilles fait une pause et Comité s’emmerde moins au travail).

«Tu as eu raison de la secouer. Juste: vas-y doucement, elle est fragile tu sais.»«On fait aller, autant que possible.»«je ne cuisine plus aussi bien que ton autre grand'mère.»

Un médecin par jour. Des médicaments à chaque repas. Peu d’amis. Pas de sortie. Beaucoup de repos, peu de sommeil. Tout oublier. Tout vouloir oublier; et tout regretter. Tout se regretter. La répétition de tout. Le cabotinage d’Evelyne Delhiat. La connivence de Jean-Pierre Pernault. L’ironie de Patrick Poivre d’Arvor.

Pourquoi est-ce que je n'ai visité que des églises?Que répondre à la question: «et c'était bien ces vacances»? Que répondre à n'importe quelle question qui commence par «et»?était-ce vraiment dans un rêve qu'AC&P m'a dit un truc gentil?

Dans une liste de diffusion d’une invitation mondaine de Fabien V. (pléonasme), j’ai découvert la véritable identité de Speedo. Ce qui est curieux, c’est que ça m’a fait quelque chose, comme si je pouvais me dire: «ah AH», ou comme si ça changeait ce qu’il est (plus exactement, ce qu’il n’est pas et ne saurait être) pour moi.

les gens de chez France Cul vannent exactement comme dans «des Papous dans la tête.» Autrement dit, on a toujours l'impression d'être le con dans un dîner de cons.un plan à trois idéal avec mon mec idéal et un autre de ses contacts internet. Aspect envers du décor: il est idéal avec tout le monde, pas juste avec moi.«Moi j'vais voter non»

Le «non de gauche» frémit dans la famille Co. Ma mère est très décidée à voter «non» (mais ses raisons politiques sont toujours obscures, et ça pourrait avoir lointainement à voir avec la Turquie et/ou Laurent Fabius). Mon père était parti pour le «oui», parce que «l’Europe c’est la paix»; et puis apparemment l’histoire de la directive Bolkestein lui a mis la puce à l’oreille, que «c’est l’ultra-libéralisme, pas juste le libéralisme, qui s’avance masqué», et qu’il faut donc envoyer un signal en sens inverse. Je balance toujours entre le «non» et le vote blanc.

Lucidité

March 14th, 2005

Le capitalisme va dans le mur et accélère. J’aime bien l’analyse d’Artus dans Libé, parce qu’avec une grille économique orthodoxe, il arrive aux mêmes conclusions.

un flash, un jour (6)

March 8th, 2005

Aujourd’hui, le flash s’appelle «Steven». Son métier? «Espaces verts.» Il avait de la complaisance, les yeux translucides, et des poils (judicieusement situés à la surface des muscles antérieurs).

un flash, un jour (4 et 5)

March 7th, 2005

Le flash du weekend, c'est celui de Mary Haines pour Stephen Haines, mais après leur divorce, dans «Women» de Cukor.Ou peut-être la collection croisière toute en drapés et vison rasé, pour l'année 1939.«Ah, l'a-mûr, l'a-mûr, tûjûrs l'a-mûr.»

Samedi soir, avant d’introduire (à tous les sens du terme) sauvagement le plan à trois de François B2, retour du Maroc, j’avais eu, derrière un vodka-martini servi par les deux antiquaires, quelques révélations sur Isabelle Adjani et sur le type blond et vide du cocktail de vendredi. Y compris une anecdote d’une orgie gay improvisée sur une péniche d’anniversaire faisant le tour de Paris, au début des années 90.

«J'ai été son meilleur ami pendant 7 ans, c't'un con... Le grand jeu, c'était de draguer les mecs jusqu'à ce qu'ils n'en puissent plus et là de dire qu'il rentrait. Et souvent c'est moi qui me faisait les mecs.»«Aux Césars, Adjani a demandé la libération de Liliane Bettencourt.»«Quand on pense que sa mère était copine avec Cocteau et Audiard.»

Dimanche, j’errai à la recherche de mes clefs dissimulées par la perversité sous cape de ComitéCentral. Autour de la compote d’aubergines et du yaourt aux châtaignes d’automne, on se battait pour des pleds. Tandis que Matthieu DC vérifiait si le vert (87% de sa garde-robes) était vraiment vraiment out, LeFawn m’instruisait de la nouvelle trinité capillaire: méchounette, crêtounette, pâtounettes (à l’italienne).

Notre génération est celle d’un grand talent gâché, hors d’oeuvre — son désespoir la prépare à l’aigreur, faute comme les héros de Flaubert de rencontrer son destin. Ou, ce serait mieux, à une révélation tardive.

Clysterium donare, postea seignare, ensuitta purgare.

Le flash du jour, c’était sur le segment toulousain de la clientèle de RézoG. Sur un joli garçon mettant essentiellement des photos de lui torse (et quel torse) nu, et sollicité pour se voir, répond: «je peux pas j’ai un copain». Ce qui sent au choix sa province ou le mensonge.

Sinon, j’ai retrouvé la pellicule de mon séjour à Bruxelles. Ma tante l’a fait développer à un petit format, qui donne une saveur d’icône, un relief d’image pieuse aux sourires d’AC&P, de Comité, de LzMry, de BenXP, à la nuit bruxelloise.

Un flash, un jour (3)

March 5th, 2005

Hier, chabadi 4 mars, tout se passa de manière parfaitement fluo, bien que, plus ou moins à cause de ComitéCentral, les tableaux que j’avais voulu voir eussent été en réfection et que j’eusse paumé ma clef.

Au Louvre, entre deux hordes de gamins scapelisant des Caravage, je vis, en surplomb et presqu’à la dérobée, une cour intérieure du musée, inconnue et abîmée, avec un escalier en fer à cheval, donnant sur une porte monumentale et close, et deux statues de chien faisant fontaines.

Sur le chemin, j’avais ensuite découvert une église comme celles de Gentilly ou de la porte de Saint-Cloud, dans l’inimitable style HBM / préBrasilia de la ceinture verte. Car après, le plan en banlieue que j’avais prévu de faire n’avait curieusement pas été annulé. Il avait été programmé sur RézoG (j’y vais depuis que AC&P m’en a parlé avec des reproches dans la voix, comme une mauvaise habitude que j’avais, alors que jusque-là non), avec un garçon qui avait la double qualité d’être sexuellement extraverti et de gauche (= écoute l’hymne de la RDA pour s’endormir). Attachant comme Daniel Brühl, genre. Vrai, le Pré-Saint-Gervais a un petit faux air de Prenzlauer Berg, les minutes de l’horloge de la mairie sont indiquées par l’étoile rouge.

Comme le monde fait un mètre sur deux, îl avait étudié dans l’autre école de commerce de banlieue, on avait des connaissances en commun (par exemple: son copain depuis 7 ans). Puisque cette chronique de vacances est consacrée aux mecs idéaux instantanés, il fait du théâtre, a milité à ActUp et dit des choses gentilles comme «j’adore faire l’amour avec toi» tandis que s’abat la tempête de neige. Ici, je ne peux ne pas avoir de pensée pour le Garçon, en voyant tout le chemin parcouru (vers où?) dans ma capacité à ne pas tomber amoureux. Juste me dire que, celui-là, je le reverrai comme un ami (avec qui je couche). J’m'en fous, j’suis foucaldien.

Puis, j’avais été invité par les antiquaires à un cocktail fêtant la décoration d’un sculpteur gréco-moderniste cacochyme, son anniversaire, son exposition et celle de son oeuvre. A la désertion du buffet après épuisement des stocks, glissant dans la cohue de pédales de droite oisives, des vieilles à chignon adressaient leurs félicitations en plastique à Philolaos, ou juste le laissaient à la biodégradation qui n’atteindrait jamais ses oeuvres. Oeuvre dans l’oeuvre, Donnedieu avait lu son discours comme l’annuaire (Sophie Calle eût fait l’inverse). Le costume allait bien au Suédois blond et gras, dont Comité trouvait le physique révoltant. Pendant ce temps-là, je me faisais draguer par un jetsetter («je dois y’aller, je vais à l’Interallié pour l’anniversaire de ma mère… demain je pars à Genève») blond, décoiffé et vide. Il m’avait vu, disait-il, jadis, au Queen, avait trouvé mes mimiques de danse «originales», et voulait me revoir. Mais là, pas de flash.

non-test

March 4th, 2005

Certains plongent dans la folie, moi j’y rentre centimètre par centimètre comme dans de l’eau très très froide.

Modernisation sociale

March 4th, 2005

«Et puis c'est important aussi d'avoir des expériences de postes différents...»La DRH, c'est comme la conseillère d'orientation, ils essayent de fourguer les fonds de tiroir.Le thé de Matthieu DC, sans lui.
Curieux et paradoxal (quand on connaît la suite de toutes les précédentes fois), ce sentiment de solitude...... et cette impatience,...... cet espoir qu'un jour tout va arriver pour de bon.
Et tout ça, sans arrêter de tchatter (en vain) pendant des heures, à la recherche du plan parfait.«Tu veux des orties fraîches, en plus?»«Un ptit anglais mignon? ben t'as qu'à sortir avec et après j'te l'pique»

Un flash, un jour (2)

March 3rd, 2005

Aujourd’hui, un type avec l’air allemand. Il neigeait dru et j’avais donc pris la ligne une pour deux stations. Il était assis pile-poil en face de moi sans que j’aie fait exprès. Il a vu que je le regardais fixement mais il n’a pas réagi en bien ni en mal. Il avait une valise en plastique bleu et un look de boulot casual thursday (avec un pull à col roulé).

J’ai failli l’oublier avant de le raconter.

Un flash, un jour

March 2nd, 2005

Chaque jour des vacances, Freedonia présente un mec sur qui j’ai récemment flashé grâce à ma fonction de réaction amoureuse hyperbolique ®.

Aujourd’hui, Stuart, un garçon blond et anglais à la piscine. Sa juvénilité et sa timidité m’ont ému. Il avait une façon fragonardéenne de fuir, et puis finalement pas. Le double effet de sa britannité et de la scoumoune de la piscine des Halles rendent très invraisemblable qu’il réponde à mon texto.

Resipiscence

March 1st, 2005

100% des gens qui m’ont radié de leur amitié le confirment:

1- maintenant ils ont le droit d’être salauds avec moi même quand c’est pas le moment.

2- quand on est radié de leur amitié, on devient pas urgent, on compte moins dans leur coeur qu’une veste H&M par exemple. Et du coup ce qu’on fait n’est plus blessant, juste insolent (mais l’insolence mérite le châtiment, amitié ou pas, et donc ils peuvent continuer de me morigéner comme dans le bon vieux temps).

3- je ne mérite plus «bises» à la fin des e-mails. D’ailleurs il n’y a plus de formule d’envoi du tout.

4- En revanche, la radiation d’amitié ne me crée absolument aucun droit de leur demander des comptes, droit que je n’avais pas ou n’osais avoir quand j’étais leur ami. Parce qu’il ne faut pas déconner, quand même.

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