Clash (London Calling)
Ce serait pouvoir mais n’oser pas, ou ne pas trouver la ressource suffisante. Ne jamais sauter l’unique pas. Ne jamais savoir s’il y avait un seul pas de peur d’une longue marche. Ne pas faire la révolution parce que ça ne marche plus, mais ne pas adhérer non plus aux Verts parce que le guichet d’adhésion ferme le weekend (et parce que c’est pas mal, non plus, le PC, et alors pourquoi choisir). Ne pas trouver un mec bien parce qu’on cherche trop, ou pas assez, ou mal, et puis de toute façon j’ai déjà baisé cette semaine alors c’est pas urgent, et puis j’ai encore plein de contacts RezoG qui me parlent sous MSN donc ça va.
Mes lectures de vacances sont réactionnaires, mes désirs dans la vie sont bourgeois, mon esthétique sexuelle est Partido Popular, j’ai des valeurs, je suis propriétaire, ma banque a un nom de droite (j’ai une banque). C’était bien la peine de donner des leçons de progressisme à ma soeur (cela étant je suis sûr qu’elle se réveillerait pas si la révolution tombait un dimanche).
J’ai l’impression de me gâcher. Le narcissisme n’est pourtant pas un truc que je m’avoue si souvent, j’ai mes pudeurs avec moi. Mais je me sens hyper-prêt pour l’amour, ou le pouvoir, ou le prix Interallié, mais je ne fais rien, peut-être pour toutes les raisons déjà dites, peut-être pour ne pas choisir l’un vis-à-vis des autres (ou ne pas me détromper). Certainement par conformisme et par risque-adversité.
Et y’a pas que moi. Cette génération pêche par absence d’idéologie (comme disait Alain-Gérard Slama mais dans un autre contexte). Par fainéantise, par aboulie, par mollesse, par embourgeoisement, par goût du confort, par égoïsme, par dévoiement de son érudition et de sa santé physique. Peut-être que je suis maoïste en fait.
Je crains que ci-dessus ce ne soit pas cohérent. Ou, ce qui est peut-être pire, ressemble à une chanson de Saez (je n’ai qu’une idée approximative, mais pas positive, de la musique de Saez). Mon lectorat n’est pas très cohérent non plus, et super-infidèle en plus (c’est pour ça que je peux pas vendre d’espaces de pub, parce que si François B2 venait encore je pourrais fourguer des trucs à Areva, et puis BoxingBoy est en Uruguay donc Cyrillus Babies n’est plus intéressé). C’est un signe de la dépression ou de la paranoïa critique de ne plus savoir arrêter le flux ses mots, comme ça.
A propos de paranoïa, il me semble que mes amis sont distants, ce sentiment n’est pas neuf mais tout l’alimente. Je prétends que je veux partir loin, profiter de ce que je ne manquerai pas pour qu’ils me manquent moins. Tout recommencer comme j’ai fait en 1993, en 1995, en 1996, en 1998, en 2002.
Voilà, voilà pourquoi je suis en apesanteur affective: je ne sais pas si je ressens quelque chose et si oui, quoi (douleur, désir, joie, chagrin).
Curieusement, je n’ai toujours pas commencé à parler de la semaine écoulée ni à mettre des petites vignettes avec des commentaires drôles et équivoques (comme ça Gilles fait une pause et Comité s’emmerde moins au travail).



Un médecin par jour. Des médicaments à chaque repas. Peu d’amis. Pas de sortie. Beaucoup de repos, peu de sommeil. Tout oublier. Tout vouloir oublier; et tout regretter. Tout se regretter. La répétition de tout. Le cabotinage d’Evelyne Delhiat. La connivence de Jean-Pierre Pernault. L’ironie de Patrick Poivre d’Arvor.



Dans une liste de diffusion d’une invitation mondaine de Fabien V. (pléonasme), j’ai découvert la véritable identité de Speedo. Ce qui est curieux, c’est que ça m’a fait quelque chose, comme si je pouvais me dire: «ah AH», ou comme si ça changeait ce qu’il est (plus exactement, ce qu’il n’est pas et ne saurait être) pour moi.



Le «non de gauche» frémit dans la famille Co. Ma mère est très décidée à voter «non» (mais ses raisons politiques sont toujours obscures, et ça pourrait avoir lointainement à voir avec la Turquie et/ou Laurent Fabius). Mon père était parti pour le «oui», parce que «l’Europe c’est la paix»; et puis apparemment l’histoire de la directive Bolkestein lui a mis la puce à l’oreille, que «c’est l’ultra-libéralisme, pas juste le libéralisme, qui s’avance masqué», et qu’il faut donc envoyer un signal en sens inverse. Je balance toujours entre le «non» et le vote blanc.
