Le i-forum participatif

 

Les laïcs Jaunait

octobre 15th, 2010

En Lettonie, après la diète, la diète. L’hégémonie des conservateurs de la Nouvelle Ère (Jaunais Laiks) sur la droite continue de s’affirmer, au sein de leur nouvel attelage électoral, Unité (Vienotiba), aux dépens de leurs alliés de la coalition sortante. Ce sont pour autant les deux blocs du centre-gauche, Le Centre Harmonie (Saskanas Centrs) et L’Union des Verts et des Paysans (ZZS) qui empochent la mise et devraient former le nouveau gouvernement, peut-être avec un soutien «à la slovaque» des réactionnaires pasquaïdes de Pour la patrie et la liberté-Mouvement national d’indépendance lettone (TB-LNNK). Pourquoi? On ne sait pas, et on s’en fout un peu, rappelons-le, de la politique lettone.

Pas une raison, néanmoins, pour n’en pas dire plus. Car pour continuer dans la veine canularde, la Lettonie est un peu le règne des poupées russes, de l’apparentement de confédérations, genre RGR. C’est la petite IVe République de la Baltique, comme on l’appelle chez nous, à Freedonia (la troisième force). Elle a d’ailleurs eu trois gouvernements en quatre ans.

Quelques exemples de confédérations UDF-style:
– le tout nouveau Parti social-démocrate Harmonie (qui a fusionné en début d’année trois mouvements de gauche) se regroupe à nouveau avec le Parti socialiste et un parti local pour présenter des listes intitulées, Centre Harmonie (nuance) donc, leur étiquette électorale du moment. A tel point que le Parti Harmonie n’a pas de site internet à lui, et que c’est vachement dur de trouver son logo personnel.
– la fus-ac Parti Lettonie d’abord / Voie Lettone (LPP/LC), apparentement conservateur testé en 2006, a proposé ce coup-ci une magnifique ouverture de capital, en forme de coup de l’accordéon, aux libéraux du Parti populaire (Tautas Partija) et autres faire-valoir patronaux d’intérêt local et limité genre Ogres Novadam, au sein de la liste Pour une bonne Lettonie! (Par Labu Latviju!, car qui est pour une mauvaise Lettonie hein? salauds de bolchéviks…)
– la droite extrême TB-LNNK fleurte de près avec l’extrême-droite vraie de vraie, Tout pour la Lettonie (Visu Latvijai!). «Recyclage pour fachos», comme disait Dominique Voynet du RPF, dont on ne sait s’il ira jusqu’à ouvrir, le mois prochain, les portes du cabinet aux apologues de la division SS Lettland.

Pourquoi cette multiplication kaléidoscopique quasi-nauséeuse des degrés de connivence politique se fait au bénéfice de noms dignes de sectes québécoises (Centre Harmonie, Nouvelle Ère, etc.)? Mystère. Je ne peux m’empêcher de louer, en revanche, l’inventivité graphique réelle de tout ce petit monde (genre, choix du vert par un parti réactionnaire – même si le swootch de crayon dans la case du bulletin est assez ringard-, et le simplissime mais réussi logo-cible de PLL). Les logos des écolo-agrariens et des hitléro-pétainistes du cru sont des petits chefs-d’œuvre dans le genre difficile: emblème d’apparentement; les laborieux voisins suédois gagneraient à s’en inspirer. Regrets éternels, en revanche, pour le parti russophone PCTVL, dont le logo Maya l’Abeille avait le panache et le ridicule d’un parti communal italien.

Vallée de larmes

octobre 2nd, 2010

Freedonia, la vague prospective, a bêtement laissé passer les élections libanaises de l’an dernier. S’il n’y a pas grand chose de neuf depuis 2005, ni dans la répartition d’ensemble du Parlement, ni dans les logos qui restent un mélange heureux de ringardise et de néo-bling-bling, c’est l’occasion de faire le point sur qui vote quoi où.

Au Liban en effet, les sièges sont alloués à chaque communauté et sous-communauté religieuse, sur la base d’un recensement obsolète où Chrétiens et Musulmans de tous accabits étaient en stricte(s) parité(s), moitié moitié puis entre sous-groupes. En pratique, chaque clan a son petit coin d'(Anti-)liban à lui tout seul. Hariri fait fort chez les Sunnites, les Geagea, Aoun, Chamoun et autres Gemayel se disputent les voix des Chrétiens maronites, Amal et le Hezbollah dominent chez les Chi’ites comme le PSP de Djoumblatt chez les Druzes (Musulmans ismaéliens, ayant joué jadis le rôle de Tchétchènes de l’effroi pour Napoléon III), et ainsi de suite. Si j’ai bien compris, les sièges sont élus au scrutin de liste, le système de larges apparentements permettant généralement * à l’un ou l’autre bloc de rafler toute une circonscription.

On pourrait croire que c’est le règne du chacun chez soi, et que les seuls changements tiennent aux renversements opportunistes d’alliance (comme le regroupement des blocs Aoun et Hezbollah+, dans une vaste opposition pro-syrienne). Siège par siège, c’est pourtant un peu plus compliqué que ça: le Hezbollah emporte des sièges  sunnites voire  maronites, le PSP représente un peu tout le monde, etc. Pourquoi? Je ne sais pas. Peut-être qu’il y a des maronites qui n’en veulent plus à Djoumblatt d’avoir mangé leurs enfants il y a cent ans. Peut-être que la démographie fictive fait que des sièges nominalement X sont en fait élus dans la communauté Y. Peut-être que c’est encore plus compliqué que ça, ce qui reste encore l’hypothèse la plus probable.

* Deux circonscriptions réparties entre les deux blocs se sont glissées dans ce Liban de 2009. Sauras-tu la reconnaître?

«Nul n'est plus grand que son pays»

(cliquer ici pour voir la carte)

«L’Etat peut-il disparaître?»

septembre 20th, 2010

La presse en a beaucoup parlé, même Laurence Ferrari s’est émue de la débandade de la social-démocratie suédoise, alors pas la peine de s’y attarder longtemps. Juste, pour mémoire, il n’y a pas de majorité à Stockholm pour aucun des deux pactes électoraux: ni pour les sortants conservateurs de l’Alliance,   ni pour la gauche plurielle «Rouges-Verts / Pour toute la Suède». Les premiers commencent à faire du pied aux Verts, autres vainqueurs du scrutin avec les Modérés (qui continuent de capter l’électorat de leur camp à leur profit), et surtout les Démocrates suédois, la droite dure locale (apparentée au plan européen au courant pasquaïen de l’Europe des nations), qui font leur entrée à la Diète d’Etat.

Le logo des Sverigedemokraterna c’est, aussi, une fleu-fleur design. Comme tout le monde ou presque, en somme.

«Nu tar vi ansvar för Sverige»

«Especially For You»

septembre 7th, 2010

En Belgique, déjà trois mois sans coalition, avec des pelletées de préformateurs, d’informateurs royaux et de réunions Octopus de la dernière chance. Je ne comprends pas vraiment pourquoi les Belges se plaignent.

A noter, l’apparition d’un petit parti de droite bi-(tri-?) linguistique, le Parti populaire (PP), une dissidence du MR apparemment. Leur logo avec une silhouette humaine évoque celui du Parti chrétien-démocrate de Boutin, ou alors le monstre de Roswell (ou l’un parce que l’autre).

Les socialistes-progressistes flamands ont fait refaire leur propre logo, tout beau tout sobre tout rouge. Je m’interroge sur la réapparition de la rose, alors qu’une lame de fond germanique semblait condamner les fleu-fleurs emblématiques aux oubliettes de l’histoire du prolétariat, au profit des seuls lettrages — qu’on en juge avec le nouveau logo du PS wallon. Le PS français lui-même a fait refaire son poing à la rose (essentiellement en mettant du vert aux feuilles), ce qui donne à penser qu’il compte le garder pour les temps à venir.

Créateur de progrès depuis 125 ans

En Australie, le Benelux des antipodes, la première ministre a fini par parvenir à s’assurer une étroite majorité d’un siège, en rameutant l’élu Vert et trois des quatre indépendants-charnière.

Des logos moches comme le casting d’«Hartley Coeurs à Vif». On relèvera avec intérêt (?) que les alliés traditionnels de la droite (Liberals) et des agrariens (National Party, ex-Country Party) ont des déclinaisons locales autonomes, parfois en commun, dans certains des États fédérés, avec leurs propres logos d’une indigence incroyable.

«Let's move Australia forward»

Avec ambages.

août 27th, 2010






A1: Je retournai à Szohod, chaque mois où presque, car c’est là qu’étais mon amoureux. J’ai le souvenir d’immenses retards ferroviaires, de congères de compétition, de villes assiégées par la neige, traversées à tâtons, incolores, désertes, géométriques : des esquisses d’utopies modern style. Le souvenir n’est pas distinct, comme je l’évoque à bord d’un autre Thalys-tortillard, qui lambine dans la campagne artésienne, verte, chaleureuse et pittoresque comme un Constable, dans son printemps tardif. Du blizzard au cirrus.
A2: A Paris j’avais repris les vieilles attaches. Alex Nippon était à l’aube de sa carrière de poulet, qu’il lui tardait de commencer pour de bon. Ivan épanouissait ses pieds dans le plat de l’investigation de presse. Alex STAPS parlait plus péremptoirement que jamais dans les assemblées (il réservait sa sagesse et sa drôlerie pour les petits comités).
A3: Le Lobby Gay tint conclave – pas loin derrière vous.
B1: Je redevins étudiant, comme si toute ma vie adulte n’eût été qu’une longue prép’ENA. Les cours alternaient, dans un faux rythme d’éreintement et d’oisiveté coupable. Il me semblait toutefois flotter un peu, glaner les bons points sans effort, capitalisant sur l’avance de toutes mes prépa passées, ou peut-être touchant à ce but que BoxingBoy m’avait reproché (jadis, à Venise) d’éluder : préparer l’épreuve froidement pour y réussir, plutôt qu’en faire un motif d’érudition ou un enjeu personnel.
B2: Avec la prépa, je dus suivre l’actualité de plus près. Lire et écouter les nouvelles, chaque jour de cet automne d’identité nationale, de cet hiver de précipitation réactionnaire, fut «mon cilice et ma discipline» : brique à brique dans la vitrine, le pouvoir cassait l’Etat pour montrer son inefficacité. Par idéologie, il gérait le pays comme une marque de shampoing. Chaque nouvelle «réforme» annoncée, chaque opinion vociférée par les chefs de produit du sarkozysme m’était un coup à l’estomac, une balafre au moral. L’accumulation d’incompétence, d’arrogance et de vulgarité devenait telle, que même quelques hauts fonctionnaires conservateurs, nos enseignants, s’en émurent.
B3 : «Cette musique est anxiogène. – Pour moi, elle est juste sexuelle. – Merci, tu viens de m’épargner 10 ans de psychanalyse.»
C1: A Bruxelles, menés par LzMry, nous hantions les rades rigolos du quartier des puces ou les bars à minets du centre, sortis intacts d’un souvenir sixties à la Dutronc. Rob était très fan de Popote.
C2: A la demande générale:«Et alors, tu l’as présenté à tes parents ?»
C3: Ma mère disait : «Compositeur, c’est original…», comprendre : «il ne doit pas manger à sa faim.»
D1: En décembre, Rob donna un beau concert moderne dans un opéra itou.
D2: Avec SophCo, nous prîmes le train-couchette, celui qui desservait les vacances: Orléans-Tours- Limoges- Vindrac -Toulouse entre les fêtes. (Ce train a disparu depuis; et avec lui la mémoire de mes étés d‘enfance, celles qui me reviennent du plus loin: le lent ébranlement du train au sortir de la gare, entre les ombres urbaines mystérieuses, les wagons en rade et les pavillons d‘approche. Au matin, on se déliait les jambes, à la longue fenêtre du couloir, à voir filer les derniers kilomètres.)
D3: Ce fut, comme tous les ans, le rituel de la visite à mes grands-parents. Mais dans une Maison, loin de leur maison, ils n’avaient plus rien de la superbe, de la maîtrise de la situation qui avaient déjà commencer à filer les années précédentes. Tout cela tient à peu de chose, un vêtement, une coupe de cheveux, la haute main sur la discussion. Ils faisaient bonne figure, voilà tout. Alentour, de vieilles personnes erraient, reniflaient notre table et notre situation l’air de rien, avec concupiscence.
E1: Matthieu DC rebondissait d’une histoire amoureuse à l’autre, sinon à la suivante. Il croisait les belles-familles, couchait avec un agent triple (ex «Facho-Mignon»*), disait: «je veux coucher avec» ou «pourtant je ne l’aime pas» ou «pour ou contre l’avortement».
E2: «Ce que je cherche, c’est la folie à deux» confessait-elle, dans la généralité. «On sent bien qu’elle envoie du bois», notait-il, d’une autre.
E3: De leur côté, les TBS avait essaimé aux quatre vents, mixant ici, exposant là, DA un jour, romancier peut-être le lendemain. Depuis la fin des Mort aux Jeunes, s’ils se conservaient l’amitié, ils n’avaient plus je crois cette intimité exclusive d‘auparavant. Les configurations de leurs, de nos liens s’étaient démultipliées en s’espaçant: le Bureau de mode, les collaborations aux ambitions avant-gardistes des Bibis, mille soirées aux DJ-sets kaléidoscopiques, les vacances balkaniques.
F1: C’est le paradoxe du «couple libre», de l’émancipation que j’ai voulue de mon désir et de ma fidélité. Pour qu’un seul garçon ne puisse me faire jamais beaucoup souffrir, j’ai accepté que tous les garçons me blessent un peu tous les jours.
F2: Il flottait sur l’Etat comme une impression de fin des haricots.
F3: Je proposai mon appartement en chambre d’hôte, pour joindre les deux bouts. Pour des raisons obscures, il fut surtout loué par des gens improbables, genre famille en habitat collectif Lettons/Ouzbeks, gastronome israélien postadolescent, humanitaire iranien du Tchad.

(histoire sans image)

«I’ll shoot you», avait dit Artemis. Je crains les augures. Dans le passé j’ai croisé un Gabriel à mine d’ange, mais qui n’annonçait que la résurrection de soucis amoureux (pas avec lui, d’ailleurs. Il fut furtif, comme son message). Accrocher Artemis d’un coup d’œil, d’un trait : la séduction est toujours trop belle pour être vraie; elle est trompe l’œil, ironie du destin, flèche du Parthe; du désir, nous sommes les cocus, nous portons ses cornes tels Actéon. D’ailleurs, Artemis s’était couché avec un empressement chypriote (ou si l’on veut une camaraderie mancunienne); mais il se leva et disparut de ma vie avec une froideur britannique.

L’horrible fut mon sang-froid, dans l’évènement et dans les contre-mesures. Pas d’urgence aux urgences, ni colère, ni véritable angoisse. On se résigne si facilement aux protocoles, puisqu’ils nous sont connus d’avance. Fatalisme ex post.

Comme si, d’un malheur à l’autre (tel deuil, tel flip vénérien) la peur s’anesthésiait; comme si elle seule avait pu jusque là gendarmer mon comportement, et menaçait de faire défaut. L’abîme serait devant moi, béant: dans ce refus que le recul, que la retenue s’insinuent dans le jeu de mil e tre; c’est-à-dire, en consentant implicitement, par inertie, que l’enchère s’augmente d’elle-même. Donjuanisme ex ante.

Proudly powered by WordPress. Theme developed with WordPress Theme Generator.
Copyright © Freedonia. All rights reserved.