Barnum

January 26th, 2009

Je n’ai pas pris, c’est dommage, de photos des canaux pris par les glaces. Ils avaient, selon l’endroit et l’heure, l’allure de natures solitaires, rendues aux canards et aux brouillards, faisant de la ville un désert nocturne ou une carrière: lugubre, minérale, poudreuse et frisquette ; ou à l’inverse s’agitaient des foules gamines des cours de récréation. Le plus beau fut la débâcle. Les tranchées de glace inondée devinrent noires, luisantes et éphémères comme l’asphalte de belles avenues toutes neuves, lisses et opaques comme des miroirs hélophytes.


A1: A Paris, je dînai avec Matthieu DC, dans son nouveau look Harvey Milk et sa nouvelle passion aquariophile.
A2: A la MAJ, sur le lit d’enfance de Crame devenu le divan divinatoire de LzMry, je papotai avec Panda, toujours heureux, doux et sexy comme son pull cachemire. Vlöörenz demandait «sur l’échelle du bonheur êtes-vous heureux? 1 c’est la Shoah, 5 la social-démocratie, 10 le mariage.» Fillette avait ressurgi aussi, comme si de rien n’était.
A3: Mes amis et moi avions vieilli, parfois mûri, et leur talent avec. 21 MAJ étaient passées sur les projets, les amours, les chagrins, les emportant, les remplaçant.
B1: Le cirque continuait de rouler de chapiteau en chapiteau: clown blanc, auguste, voyante, écuyère, monsieur loyal, contorsionniste et homme canon.
B2: Après Noël, j’ai cédé à la crainte d’être devenu l’étranger de mes amis, de n’avoir plus rien à dire à Comité par exemple.
B3: Mais dans le milieu hostile de la foule jeune, beauf et beurrée du Point FMR, cette amitié a persévéré.

Homophobie de Karoutchi

January 25th, 2009

«Comme je suis heureux, je ne vois pas pourquoi il faudrait que je cache mon homosexualité.»

Roger Karoutchi révèle son homosexualité. Si, comme Delanoë en son temps, il agit dans la perspective bien comprise d’élections à venir, il fait ce choix de «transparence» dans le confort de la personne déjà bien arrivée et bien établie. Contrairement aux coming out de Delanoë et Labarrère, Karoutchi ne fait pas acte de courage, dans le contexte d’une opinion publique souvent hostile et violemment agitée par le débat sur le pacs. Il le fait en 2009, dans une France très largement calmée sur l’existence des homos et des couples d’homos, et en tant que ministre qui veut devenir président de région. Mais à la rigueur, très bien: que cela ne choque personne et même n’intéresse plus grand monde (peut-être sa collègue au gouvernement Christine Boutin?), qu’il n’ait plus les pudeurs de vierges qu’avait d’aucun en 2002 – le d’aucun homosexuel en question ayant aussi défilé avec les anti-pacs – est plutôt signe de banalisation, comme tel assez agréable.

Mais il y a quelque chose de grave dans ce coming out. Karoutchi dit sortir du placard car «il est heureux» en couple, et car Sarkozy l’a soutenu et a invité son copain aux cérémonies officielles. Si l’on comprend bien le raisonnement, le placard serait le bon choix, le choix légitime, dans les cas de célibat, de malheur, ou d’hostilité professionnelle. Aux adolescents humiliés pour ou tourmentés par la découverte de leur orientation sexuelle, aux lesbiennes saquées au boulot, aux cohortes d’homos que la solitude, les vexations ou la discrimination acculent aux comportements à risque ou au suicide, Karoutchi n’a rien à dire – ou peut-être juste «désolés pour vous, continuez comme ça».

Il y a plus qu’une seule forme d’honnêteté dans le coming out de Karoutchi. Il assume avec franchise les idées de son camp sur la vie collective et les destins individuels, idées qui se résume à «chacun pour sa peau». Que le chef soit homophobe, que tu sois seul ou mal dans tes baskets, Karoutchi et ses camarades ne peuvent rien pour toi et au fond n’en ont pas grand’chose à foutre. Karoutchi a en effet le privilège d’être dans une situation, une position sociale, familiale et professionnelle, où son homosexualité et son coming out sont «tout naturels», «normaux.»

Il est d’ailleurs significatif que, dans ses déclarations, Karoutchi parle pour l’essentiel de lui-même et de son chef. Nulle part n’est fait mention des aspirations de milliers et de milliers de jeunes confrontés au conservatisme de leur famille, de leur école, de leurs amis, de leur premier boulot. Delanoë et Labarrère, en leur temps, avaient parlé à ces jeunes et pour eux; je me rappelle encore de l’espoir et de la force soulevés par le coming out de Delanoë, parlant «des millions de femmes et d’hommes qui vivent mal cette discrimination», alors même que nous montions une asso pédée dans le contexte un peu hostile de notre école. Il disait souhaiter «réclamer pour tous le droit à l’indifférence.»

Mais Karoutchi ne veut pas être une figure positive, un modèle, un espoir pour ces gens, dont au fond il se moque. Karoutchi ne parle pas spontanément d’adoption par les homos, et point du tout de couples (homos ou pas d’ailleurs) brisés par des lois migratoires iniques et paranoïaques, d’homosexuels renvoyés dans leur pays en dépit des risques encourus, de trans humiliés par des procédures administratives insupportables. Karoutchi veut juste gagner un galon supplémentaire à l’UMP. Interrogé à la télé sur la revendication des homos à obtenir l’égalité en matière d’adoption, Karoutchi répond qu’il n’a «pas d’avis»: c’est sûrement un des rares homos un des très rares hommes politiques à n’en rien penser du tout.

De tout cela, il y a un prix pour les pédés, qui est la contrepartie du gain espéré par Karoutchi, escompté peut-être par Sarkozy et l’UMP, comme ils mettent en avant ce coming out insignifiant et égoïste dans la presse. Il y a comme un pacte faustien à vouloir être de son camp le pédé «sans ostentation», «normal», qui ne s’appelle pas lui-même simplement «homosexuel»: c’est le prix de la fierté et de la solidarité, prix il est vrai acquitté par les autres.

Dans un gouvernement casté par sociotypes grossiers, sur le modèle de la «Star Academy» ou du «Loft», Karoutchi peut espérer le rôle sémillant et emblématique de Steevie : après les beurettes, la black, la charmante idiote, le latiniste je-sais-tout et le(s) traître(s), le gouvernement a désormais son pédé. Comme Steevie, la contribution de Karoutchi au destin des pédés et gouines de son pays risque d’être matériellement nulle, symboliquement humiliante, et humainement désespérante.

 «And the young gay people in the Altoona, Pennsylvanias and the Richmond, Minnesotas who are coming out and hear Anita Bryant on television and her story. The only thing they have to look forward to is hope. And you have to give them hope. Hope for a better world, hope for a better tomorrow, hope for a better place to come to if the pressures at home are too great. Hope that all will be all right. Without hope, not only gays, but the blacks, the seniors, the handicapped, the us’es, the us’es will give up.» (Harvey Milk, 1978)

(édité au 27/01/09 pour tenir compte de l’interview télé)

La belle époque.

January 7th, 2009





D’autres choses, des romances sans image, méritent d’être dites aussi. Le 30 décembre par exemple, je me suis promené avec Stéphane «Sac à mains» dans Paris, parlant de son nouvel amoureux («c’est du lourd!») et de mes échecs récents. Ce fut une journée de hauts et de bas, à traîner à la Galcante et chez Delamain, à croiser par hasard Fred «le Lillois» (encore dans un sauna, dans le hasard il y a un message), mais aussi à essuyer un râteau imbécile à GymLouvre, lieu de déréliction et de laideur. Ou le 1er janvier, quand avec Thérèse nous avons gentiment parcouru bras dessus, bras dessous, Colombes poignardée, banlieusarde et vide comme une assedic un jour férié, avant d’aller voir «Il Divo» avec Emmanuel de Ngroung, puis les TBS en plein régime de Mendeleïev.

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A1: Dans un décembre laborieux, froid, solitaire, heureusement qu’il y avait Benjamin VDH. Il m’avait cuit des tostis et sorti dans R-dam.
A2: A Paris, comme tous les Noëls, on avait dîné de sushis chics avec mes parents. On reparlait de Kerviel, on rigolait bien de la politique.
A3: A un moment, j’ai eu le blues, l’ai partagé, et ai dit à ma sœur: «on a trente ans et pas de gamins, moi j’ai peur de finir seul»; Mon père répliquait par deux vannes: «pour la vieillesse, il n’y a que deux solutions: être très entouré ou être très riche» et «pourtant pour moi vous êtes plutôt un souci dans ma vieillesse.»
B1: Je squattais chez Mamy. Tout, de la tranquillité, des usages, du déroulement conforme et sans heurt du déjeuner, renvoyait à l’enfance.
B2: Même le retard habituel de SophCo était devenu sans gravité, vidé de son drame passé.
B3: Ce Noël amorti avait été interrompu par la coutume désarticulée du séjour à Toulouse.
C1: Pourquoi, de cette douceur, ai-je noté sur le moment «Noël mou, familier, au confort trompeur et écœurant, presque vénéneux (à la manière des vieilles bonnes choses suries), comme un lit affaissé»?
C2: A Toulouse donc, chaque pas était devenu difficile et compté: tâton dans la neige, parésie de l’âge, impasses du raisonnement.
C3: Dans le cul-de-sac de la vieillesse, les passions, le fond du caractère demeurent seuls, et à vif: plaisanterie du langage, intransigeance, peur d’être abandonné, tyrannie tranquille de paterfamilias.
D1: De retour à Paris, nous avions partagé beaucoup de sake au fin fond du XVe, et puis squatté le loft germanopratin de la famille Boxing.
D2: Nippon narrait ses anecdotes poulaga, et BoxingBoy ses espoirs adolescents.
D3: Alex STAPS racontait pour l’Xième fois la vieille histoire du mouton dégueu à la moutarde.
E1: Le réveillon chez les B2 avait été calme et volupté. BoxingBoy avait mis à contribution son expertise des petites pintades.
E2: Finkielkraut et un ami (l’inversion de la pensée unique)
E3: On était rentré tôt chez soi, un à un, sauf moi qui avait écouté François et Nicolas m’expliquer dans la nuit comment ils s’étaient séduits. François roublard, Nicolas bille-en-tête, marrants tous les deux.

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