Le i-forum participatif

 

«Wohlstandkinder»

février 23rd, 2011

A Hambourg, le SPD fait un retour triomphal à la tête de l’assemblée régionale. Dans ce bastion traditionnel perdu en 2008 (après 50 ans de règne continu!), le SPD regagne une majorité absolue et pourra gouverner sans les Verts.

Verts qui s’étaient alliés à une CDU localement moderniste. Cette première à l’échelle du pays avait laissé envisager la possibilité des coalitions écolo-conservatrices. Exit, la Jamaïque, la CDU sans son leader charismatique local, Ole von Beust, s’étant d’ailleurs pris une grosse veste. Le FDP fait lui un bon score, juste au-dessus de la barre pour rentrer dans la Bürgerschaft hambourgeoise. Reste à savoir si ce score est représentatif : 2011 étant une Superwahljahr, il ne faudrait pas pour Merkel que cette déconvenue ( qui confirme la perte par la droite de sa majorité au Conseil fédéral) se répète.

A noter qu’à Hambourg, cas unique dans la République fédérale, la section de Bündnis 90 / Die Grünen est tenue par la Liste alternative verte (GAL). D’habitude, ces listes écolo locales sont autonomes des Verts.

Les boums et les bangs

décembre 7th, 2010

Les douze travaux avaient tout de même pris fin. J’avais retrouvé la vie civile, aussi vite que le métro regagnait la ville. Institut du sport, Morgue, Austerlitz, Museum: là où le bien public prend doucement la poussière, où le soleil filtre parmi les verrières décaties. Puis Hammam, pour évaporer mon stress.






A1: Après l’épreuve de sport, j’avais pu arrêter la sobriété et reprendre une vie sociale.
A2: Maaxxx fêtait une promotion à coups de champagne et de petits fours du Bon Marché, son épicerie de proximité.
A3: «Est-ce qu’il se rend compte qu’il a un truc hyper-séduisant?»
B1: Au début, l’inquiétude était telle que j’en perdis le sommeil. Chaque nuit, je repassais le grand oral, soupesant la faiblesse de mes réponses, supputant la sévérité des sphinges du jury.
B2: Département SARL tardait à me trouver un nouveau job d’attente ou de rechange. Dans Paris, je promenais mon entre-deux administratif.
B3: Fin novembre, je me remis à dormir. Dans un cauchemar d’anticipation, j’ouvrais un .pdf d’échec sur le site de l’École.
C1: Les bureaux d’Alex Nippon rutilaient de linoleum et d’amiante.
C2: Popeck, Lully, Basquiat, Larry Clark, Kertész, Miroslav Tichy, collection De Mol van Otterloo. «On se retrouve aux Souffleurs?»
C3: A Drouot, un lot de chapeaux avait été emporté, à notre nez et notre barbe, par un SAPEur superbement accoutré comme un potentat équatorial.
D1: «Une perquisition mexicaine? Non…, y’a pas de ça chez nous.» Les condés continuaient de naviguer, d’un instant à l’autre, entre professionnalisme et gros doigts.
D2: A La Hague, vivante et calme, je revis enfin Rob.
D3: Tandis que l’affection culminait, la distance redoublée du manque d’argent créaient un grand écart.
E1: Après trois martini-dry, on s’exclamait: «C’est qui? on l’a jamais vu!? il est hyper mignon!» Pendant ce temps là, Morgie essayait les bonnets phrygiens oversize.
E2: Dans les Puces, devant Demy, devant un demi, Matthieu DC récriminait contre les rigueurs aveugles de l’amour et râlait sur son nouveau gagne-pain. Pendant ce temps-là, ShiningRubis ripolinait le showroom de ses rêves.
E3: Avec la déprime, Kyle jouait les popes et guignait les faveurs de vieilles dévotes orthodoxes.
F1: Avec Fillette aux présences écliptiques, Pheel généreux en guimauves, et NippleLoki ressuscité d’entre les Yankees, on suivit le parcours en gidouille de la manif contre le sida. Die-in dans la neige.
F2: A Bruxelles, en famille, «Gays et envoisiez et chantans». LzMry avait lâché le Coca Light et, peut-être, les migraines, mais non point le grain de folie.
F3: Chez Département SARL, j’étais passé en 7 ans du bureau 420 au bureau 421, chiffre aléatoire qui résumait bien la situation. Plus que quelques heures et tout, ou presque, serait joué. J’avais fait ce que j’avais compté faire, pas de regrets à concevoir; rien ne va plus.

Caramba

décembre 3rd, 2010

Ne nous le cachons pas, si Freedonia, la primaire des tapas, parle des élections remportées ce dimanche par le cartel nationaliste conservateur Convergence & Union, c’est surtout pour publier tous les logos des nouveaux venus de l’indépendantisme catalan, SI! (Solidarité catalane pour l’indépendance).

Proposé par un ancien patron du Barça, Joan Laporta i Estruch, SI! devait regrouper tous les indépendantistes du cru. La plupart des grandes forces installées: CiU, Gauche républicaine de Catalogne (ERC), communistes virides du pacte ICV-EUA, ont décliné l’offre. Si bien que SI! a fait les fonds de tiroirs (avec des petits bouts de trotskystes, de Verdi-Verdi et de bayrouistes insurrectionnels du coin) avant de faire les poches électorales d’ERC. Les logos des alliés de SI! ont souvent en commun l’utilisation des pals héraldiques et vexillologiques de la province; au-delà, ils sont aussi un bel échantillon de ce qu’on peut faire ces temps-ci comme identité visuelle quand on est de gauche / vert bizarroïde / de la droite molle.

Le logo de CiU, quant à lui, paraît symptomatique d’une époque où l’on ne se foule pas trop (recycler la police linéale bien banale du logo précédent et plagier le petit soleil de la campagne Obama), tout en se gargarisant d’«assumer»: oui, CiU est le faux-nez de la Convergence démocratique de Catalogne et l’Union démocratique de Catalogne n’est qu’un faire-valoir calotin; et oui, la Catalogne est une sorte de grand village-vacances pour les Allemands de Tui.

«Garde-nous simples et gais.»

novembre 11th, 2010







A1: L’été venu, Mme Gujarat décida d’arrêter son restaurant, après 10 ans de trime. Elle souriait: elle allait pouvoir enfin voir son fils le soir, et profiter de la vie.
A2: Pour un jour seulement, avec Giray, on pouvait se rouler dans les augustes fossés, au bout de la Brie. Averse en soirée, ne pas compter sur les breaks normands pour prendre en stop deux gendres idéaux, mais turcs.
A3: Avec SophCo et Rob, j’avais pris des vacances tarnaises, comme un intermède. C’est le vieux pays de collines et de canicule, de virages et de pâtures, de villégiatures anglaises et de festivals, de crise laitière et de bons hommes.
B1: Puis je me claquemurai dans la banlieue.
B2: Au Monoprix, je croisais les fantômes de camarades de collège. Comme naguère, je fendais la banlieue à vélo; cette fois casqué comme un champignon de Paris.
B3: La nuit, la maison craquait de bruits étranges, je cauchemardais l’intrusion de voleurs. De jour, une voiture empruntait parfois l’avenue.
C1: Arrosage, lessives, piscine, journal! Routines et fuites de mes révisions.
C2: Le lundi, droit, rouge. Le mardi, économie, jaune. Le mercredi…
C3: L’occasion était belle aussi de sillonner les ruelles de Sèvres et Saint-Cloud. Les maisons de rapport étaient devenues des pavillons bourgeois fermés pour l’été, l’usine: un Club Med Gym, le train de banlieue: un tram automatique aux gares à l’abandon. Seul persévérait, tutélaire, lisse, mais louche, le siège social de Dassault.
D1: Le mariage de Piwaï avait était le temporaire dénouement, heureux et classe, d’une longue telenovella.
D2: A la gay pride comme à Breteuil, Pif récriminait contre son travail, la vie, les gens, mais n’en continuait pas moins de pédaler.
D3: Et à Toulouse, summerkisses.
E1: En 2010, on réunit pour les trier les «mandarins de la société bourgeoise» dans un sous-sol de la Défense. Comme un grand parking à élites de la Nation.
E2: Sous la surveillance impitoyable d’un ancien adjudant / imitateur de Chaban-Delmas, ils composent 25 heures.
E3: Avec ou sans eux, «L’Etat peut-il disparaître?»
F1: «Et vous tous! à la file ou confondus en bande / Ou seuls, vision si nette des jours passés, / Passions du présent, futur qui croît et bande / Chéris sans nombre qui n’êtes jamais assez!»
F2: Assez vite, les révisions avaient repris. Foin de solitude banlieusarde, il s’agissait de garder la tête froide et toute une en plein Paris, à proximité immédiate de l’internet.
F3: Emmanuel de Ngroung me menait à pied et nuitamment jusqu’à Sartrouville, et retour. Nippon laissait sa carte, en cas de garde à vue.
G1: Ç’avait été un beau septembre et un plus bel octobre manifestants. Mes parents ne rataient pas une marche; ComitéCentral venait looké; on croisait de la famille, des amis. On se demandait: est-on moins cette fois-ci?; on se rassurait: tu as vu comme on est serrés; on communiait à ce plaisir sans parallèle, une foule qui se reconnaît comme le peuple.
G2: Je fis un petit plaisir à Braouezec en le reconnaissant et succombai au people-spotting au carré VIP du PS. (il a pris du cul Benoît Hamon, non?)
G3: «Embauchez des jeunes et libérez les vieux!»

***

Je suis onomamnésique, peut-être une forme atténuée de prosopagnosie. Mon père est vers le stade 2 (de 5) de la syllogomanie. Ma mère est une mère juive, sauf qu’elle est goy. Ma sœur serait la plus équilibrée d’entre nous, n’était sa paranoïa critique.

***

Avec l’internet, nous nous enlisons dans des conversations de comptoir auxquelles on n’aurait prêté qu’une oreille dans un troquet réel, avant de se replonger dans nos propres pensées; dans l’ignoble du «j’n’en dis pas plus, on se comprend» des haines ressassées et tous-pourristes; dans une sorte de lie de la pensée politique approximative, pleine de raccourcis et de surnoms (Ségolène, Le Facteur, Sarko), grumelée d’équivalences douteuses et de points Godwin; dans une boue de pensée, héritière du courrier des lecteurs du Figaro: ce sont les comments sur les sites de presse et, en tendance, sur Facebook (dès lors qu’on «échange» avec des amis d’amis inconnus).

Plus obscène encore, internet nous livre les pensées des inconnus (et appelés à le rester) sur nous, il nous soumet aux désirs sadiques quoiqu’indécis des petits tortionnaires de harem virtuel. Libérés des bornes de la civilité ou de la simple prudence qu’impliquent le face-à-face, quiconque peut sur internet mentir, confier ses troubles fantasmes, faire miroiter, injurier, tout ramener à soi, mépriser, haïr copieusement, consommer autrui sans autrui: ce sont les tchattes de drague, quelque part entre l’hystérie et Torquemada.

Tout est vrai.

octobre 26th, 2010

Une liste de choses à faire au plus une seule fois dans vie:
– suivre des leçons de conduite,
– assister à une réunion de copropriété,
– répondre à l’invitation de la secte d’à côté, la Nouvelle Aurore, pour un vernissage,
– se faire embarquer au poste à Manama (Bahreïn),
– aller à un meeting de Sark¤zy et Jean-François C¤pé,
– attendre son tour d’être reçu à la CAF,
– venir pour une réparation au SAV de la Fnac-Forum un samedi après-midi,
– prendre un taxi conduit par un témoin de Jéhovah,
– être promis en mariage à la fille du chef d’un clan Toraja,
– arriver en retard à la consigne de la gare d’Amsterd@m.

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