Le i-forum participatif

 

J’ai vu monter personne.

avril 15th, 2009

Au Monténégro, la coalition indépendantiste de Djukanovic reste au pouvoir. Elle bat les divers partis d’opposition généralement unitaires (avec la Serbie). Si l’adhésion à l’UE fait généralement consensus, on retrouve en outre dans chaque camp la plupart des tendances idéologiques. La majorité peut en outre s’appuyer sur les partis des minorités bosnienne, croate (les carreaux bleu-blanc-rouge), et certains élus albanais.

A noter,
– la floraison de partis démocrates, démocratiques, socialistes, socialistes démocrates, sociaux-démocrates, etc.
– les liens encore étroits avec la vie politique serbe (voir le camembert ici, où figurent aussi les Radicaux à l’extrême-droite).
– le tropisme de la minorité albanaise (figurée en bas à gauche du diagramme) pour les logos ronds et ringards, sur le modèle italien.

«I’m Not There»

mars 23rd, 2009




A1: Pourtant, il y a deux weekends, tout avait bien commencé. A la cantoche de la banlieue du business — Levallois — , Adiabou et Crame étaient bien mignons: jolis et juvéniles, vivaces, drôles, mordants.
A2: Crame en l’île avait laissé surnager sa sensibilité.
A3: Le samedi, paradoxalement irrité du bond en avant d’homophilie de sa daronne, Matthieu DC disait: «il faut que je choppe le blondinet pour pouvoir le présenter demain à ma mère.»
B1: «il y a deux chemins dans la vie: se rendre compte qu’elle n’est que malheur et vanité et porter cette vérité toute la vie comme une croix. Ou alors, comme Bernie Madoff, être dans le déni, passer une vie de golf, de margaritas et de putes roumaines. L’étrange est que la plupart des gens font le premier choix plutôt que le second.C’est la grande énigme de l’humanité.»
B2: Au Central, mon père (…)
B3: A Drouot, nous étions venus écouter le «frère de Sarah Bernhardt», un commissaire hors d’âge, déclamer emphatique et crescendo: «approchez-les moi que j’observe ça… aaaah, belles pièces, il y en a deux: elles font pendant… ce n’est pas à gauche, ce n’est plus au centre c’est à droite… oh ouiii madame, bel achat!»
C1: Idan déplorait la dérive fasciste de la Knesset, sans moins vouloir rentrer là-bas. Alex publiait une belle tribune mobilisatrice. Ainsi, les amis sont ceux qui vous rappellent à la rage, qui vous maintiennent en vie (aux deux orthographes).
C2: Le soir, à l’apéro, nous avions aimablement parlé avec J*** de son improbable et épuisante vocation de leader du mouvement universitaire. Entre le pâté et le tablier-de-sapeur, il racontait son flirt prolongé avec la mort. L’effroi me saisit. Tout soudain fut sur la table, tout ressurgit dans cet échange étrange sur la fidélité et la confiance, de mes propres lâchetés amoureuses, des impasses, des biais, des tête-à-queue sans explication que j’avais tant pratiqués avec lui et depuis.
C3: Et parallèlement, partout dans Paris, rarement avais-je trouvé la violence aussi palpable, jeunes filles se castagnant dans le métro, jeunes gens s’abattant sur Châtelet en meute.
D1: Plus tard, à la douche, le blondinet hétéro, parfait et afrikaner du club de gym a entamé une conversation sur tout et rien; il m’avait cru voir dans un nightclub pour plagistes et filles à gros seins. Malgré tout le temps passé, je suis à la merci des situations et de mon désir absurde, aujourd’hui comme à 17 ans. Lui reste le maître de ce monde, il fait fi des sous-entendus et des ambiguïtés; je suis seul troublé qu’un joli garçon me parle la bite à l’air.

Antipasti misti

mars 16th, 2009

First things first, il faut revenir un peu sur les récentes élections en Sardaigne. La droite berlusconienne et ses amis ont évincé la majorité sortante de gauche, conduite par un magnat des internets, d’ailleurs soupçonné (lui aussi, d’ailleurs) de malversations.  Exeunt les ambitions nationales de M. Soru, exit aussi Walter (Veltroni), le leader national du PD, avec cette défaite humiliante. Berlusconi se fait lui-même élire en Sardaigne, où il possède un palais.

A noter qu’au plan local contrairement à sa posture nationale, en Sardaigne comme presque partout ailleurs en Italie, l’Union du Centre gouverne avec le Peuple de la liberté et l’extrême-droite du Nord et du Sud. Cf. la petite carte réalisée au passage, juste pour le plaisir, et qui permet aussi d’apprendre que Refondation communiste connaît ces temps-ci une scission «gauche unitaire» sur sa droite, sous le nom de MPS, Mouvement pour la Gauche. Le MPS travaille avec la minorité du PdCI (Unir la gauche) et la gauche de l’ancien PDS qui a refusé la fusion dans le PD (SD, Gauche démocratique). C’est le président de la région des Pouilles qui conduit le MPS.

Les nationalistes sardes sont assez divisés, entre les conservateurs d’ancienneté antédiluvienne du Parti sarde d’action, les écolo-gauchistes de Rouges Maures, les opportuno-centristes de l’UDS (alliés ce coup-ci à des experts en louvoiement droitier, le Nouveau PSI), et la dissolution des modérés du Projet Sardaigne dans le PD.

«Sardegna torna a sorridere»

Il brigante rosso

En Autriche, les héritiers de Haider raflent (la mise) en Carinthie. Ils continueront de faire flipper leurs Slovènes en Grosse Koalition avec les «rouges» et les «noirs». A Salzbourg, bascule d’équilibre au sein du Proporz local.

«BZÖ baut weiter an Kärntens Zukunft!»

En Espagne enfin, quelques vagues dans les autonomies du Nord. La Galice repasse à droite.

Les nationalistes, toutes tendances confondues, perdent pour la première fois la majorité absolue au parlement basque ; l’abstention, l’EAJ/PNV (droite chrétienne indépendantiste) et Aralar (gauche indépendantiste et pacifiste) récupèrent les voix jadis portées sur le Parti communiste des terres basques (EHAK), interdit tout comme Batasuna pour liens avec l’ETA. Tout ce petit monde, d’Aralar au PP, en passant par les soc-dem/nationalistes de Solidarité Basque (EA) mais à l’exception notable de l’EAJ/PNV, leader sur son marché, a dépoussiéré son logo. Particulièrement flagrante, la simplification / facebookisation (bleu, halo et relief, rondeur, linéales, minuscules) de l’emblème du PP, qui — comme l’ensemble de la classe politique mondiale ces temps-ci — doit rêver humide au web 2.0 et à la mobilisation affinitaire en ligne.

«Chegou o momento.»

«Zuk egiten duzu Euskadi /Euskadi lo haces tú»

L’actualité américaine, et au-delà, a récemment popularisé l’expression de chaîne de Ponzi, fréquemment évoquée ces temps-ci par les satiristes. Il s’agit d’un type classique d’escroquerie pyramidale, dans laquelle l’escroc doit attirer sans cesse plus de victimes, pour rembourser les premières à la hauteur des gains financiers très élevés qu’il promet, et laisser tout le monde dupe dans la durée. Dernier exemple en date, Bernard Madoff. On peut d’ailleurs voir dans des pans entiers de l’économie américaine, même licite, cette entourloupe exponentielle ; ainsi de la promotion immobilière exponentielle en Floride, le «Ponzi State».

Sarkozy a, de bien des façons, une familiarité à cette arnaque de Ponzi. Il a d’abord été, très directement et jusqu’il y a peu, l’avocat de l’importation, en France, du système d’emprunt hypothécaire rechargeable. Ce dernier permet(tait) aux Américains d’adosser leurs emprunts à la consommation (achat d’une voiture, d’une télé…) sur la valeur sans cesse croissante de leur logement, lui-même acquis à crédit. Or ce système ne prospère que sur un mensonge foncier : votre maison vaudra plus demain qu’aujourd’hui, et encore plus après-demain, et sur une caractéristique proprement «ponzienne»: il lui faut sans cesse plus de gogos pour que la bulle spéculative poursuive son gonflement. Dans la débâcle, les derniers à reprendre leurs billes n’ont plus de billes.

L’éthique de Ponzi imprègne, au fond, la pensée économique de Sarkozy : ainsi du «choc de confiance» de la loi «TEPA».  L’idée de fond en est d’offrir des gains immédiats aux clientèles électorales habituelles de la droite (divers cadeaux fiscaux instantanés) ; ces gains ne peuvent être couverts sans problème à long terme par le budget de l’Etat, que si les avantages (limités) sur les heures supplémentaires – avantages ciblés sur l’électorat gagné par Sarkozy en 2007 – suscitent à terme, par quelque magie libérale, un surcroît de croissance. On n’a vu, en 2007-2008, ni emplois supplémentaires, ni sursaut de croissance, ni de ce fait budget soutenable. Mais les gains du bouclier fiscal et des réductions d’impôts (sur le revenu, la fortune et les successions) demeurent acquis aux plus riches, au risque peut-être de l’effondrement de l’ensemble des finances de l’Etat (la dette publique devrait passer de 67% à 78% environ, en trois ans).

«Ponzienne» finalement, la communication du Président de la République. L’énormité de chaque promesse («travailler plus pour gagner plus», diminuer les prélèvements obligatoires de 4 points, «que d’ici 2 ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir»), la brutalité de chaque décision (du ministère de l’identité nationale à l’incarcération des fous, de la mise au pas de l’audiovisuel au sabotage de la recherche publique, du bâillonnement de l’opposition parlementaire à celui de la magistrature) seraient intenables si elles n’étaient couvertes sans cesse par d’autres promesses, d’autres décisions plus bruyantes et plus agressives. La saturation médiatique de Sarkozy, sa frénésie de «réformes» ne sont pas seulement un choix tactique habile (occuper toute la place) ou le reflet d’une personnalité narcissique: ils sont une nécessité, une fuite en avant. Comme une bicyclette, Sarkozy tombe s’il s’arrête.  Comme une pyramide bancaire albanaise, le doute ou la contestation feraient s’effondrer son pouvoir comme château de cartes, car ce pouvoir a le double visage grimaçant de tout lepénisme: vent ou violence. Dans la méthode, pas le choix: Sarkozy c’est Ponzi.

***

Arthur Fonzerello «Fonzie» est un personnage de la sitcom américaine «Happy Days», tournée dans les années 1970, un temps très regardée y compris en France. Dans ce rétroviseur nostalgique et stéréotypé vers les «jours heureux» d’avant la guerre du Vietnam, Fonzie est l’archétype du «blouson noir» au grand cœur, populaire et marginal tout a la fois.

Alors quel liens avec «Sarkozy l’américain», selon l’expression de son désormais ministre Éric Besson? On passera sur le fait que Fonzie se déplace généralement avec une ou plusieurs pin-up au bras, femmes-trophées anonymes, interchangeables, faciles et séduites, dont on ne se rappelle pas qu’elles parlaient ou, a fortiori, chantaient.

Fonzie est une grande gueule qui domine les situations, les gens, et même les choses, par son prétendu bon sens et la brusquerie de son style. Peu éduqué, malappris, Fonzie s’impose et se rend incontournable de force. (le personnage lui-même était initialement secondaire dans la série.) Fonzie clôt tout discussion d’un «wow, wow, wow!» ou d’un «eyy!», convoque les filles d’un claquement de doigt, répare le juke-box d’un coup de poing, arbitre ce qui est cool ou pas a Milwaukee de deux pouces levés. Le Président de la République, lui, repousse un opposant d’un «pauv’ con», cherche la bagarre avec un marin en balbutiant agressivement, juge de tout et décide de tout sur un coup de tête (la fin de la pub à la télé, la mémoire d’un enfant juif déporté à la charge d’un écolier, etc.), il ignore la grammaire et l’orthographe. Sarkozy fait de la politique comme un petit caïd.

Dans la série, Fonzie n’est pas in fine un facteur de désordre mais une soupape d’originalité tout au plus vestimentaire et verbale, dans l’intérêt bien compris de l’Ordre. Le fils d’immigrés italiens, abandonné par son père, sait se faire apprécier de la famille Cunningham (incarnation des classes moyennes WASP et conformistes), la servir et l’aider face aux problèmes du quotidien. Sous le masque de la remise en cause se cache le pilier de l’Amérique d’Eisenhower, pour lequel le héros appelle d’ailleurs a voter. («I like Ike. My bike likes Ike.») De même, Sarkozy n’est que le zeste populo et prétendument transgressif («les conservateurs ce sont eux») de la Réaction la plus nue et la moins imaginative.

Il faut rapprocher par exemple deux événements similaires et récents, et les attitudes diamétralement opposés qu’ils ont suscitées chez Sarkozy. J’ai parlé déjà du coming out égoïste et politicien de Karoutchi, soutenu par Sarkozy qui y voit, selon toute vraisemblance, de la pub pour son ministre candidat en l’Île-de-France, ou l’occasion d’illustrer sa propre largesse d’esprit. Toute autre est sa réaction (si l’on en croit le Canard enchaîné) à la parution de la photo d’ailleurs assez décente du PDG de Radio France, J.-P. Cluzel, en compagnie d’un catcheur, dans le calendrier d’Act Up Paris: «sa vie privée c’est sa vie privée.Il fait ce qu’il veut mais il n’a pas à s’afficher comme ça.» Il est vrai que Cluzel est chiraquien et pas en cour à l’Elysée. Il est vrai qu’Act Up est oppositionnelle et très critique, de tout temps, de Sarkozy.

Narcissisme de chefaillon à qui tout doit ramener, comportement de meneur de bande,versatilité capricieuse et opportuniste des jugements, mobiles idéologiques changeants mais aussi réac que ses goûts musicaux: sur le fond, Sarkozy, c’est Fonzie.

La condamnation à une peine d’emprisonnement (avec sursis) de Bédier, ancien secrétaire d’État aux programmes immobiliers de la justice, m’avait semblé à l’époque une manifestation définitivement fendarde de l’ironie de l’Histoire. La droite était très empressée de faire construire des prisons par ses petits potes et de les leur affermer ; tellement, qu’elle avait confié cette tâche à un pourri par ailleurs si pourri qu’il avait bien fallu l’y envoyer, ou presque.

L’Histoire, cette plaisantine, s’est pourtant encore surpassée : on a eu écho l’autre semaine du plaider-coupable de deux juges de Pennsylvanie, qui avaient abusivement condamné des jeunes à la détention, en échange de pots-de-vin de la société gérant les prisons qui les incarcérait. On ignore encore le nombre de jeunes concernés. Ces juges officiaient au tribunal de Luzerne County, une zone minière en déshérence, et connaissaient d’accusations de petite voire minuscule délinquance juvénile.

Je ne crois pas que l’on puisse se contenter de voir le cas comme marginal, local, individuel: les deux ripous du tribunal paumé. Des affaires récentes de corruption ont par exemple été mises au jour auss dans la magistrature française, s’agissant notamment des tribunaux de commerce ou de la Côte d’Azur.

Le cas pennsylvanien manifeste en fait une vérité de fond sur cette société, la nôtre, dans laquelle tout (poissons, forêt vierge, industries, postes, électricité, eau, assurances, banques hier ; aujourd’hui génome, prisons, police, armées) a vocation à être privatisé s’il ne l’est déjà. De ce point de vue, les deux juges sont même un succès: le jugement lui-même était privatisé et rentable. Les magistrats n’ont fait que dégager une marge de profit dans un contexte plus large et qui les surplombait, l’inégalité devant la justice (pour ne pas dire la justice de classe).

Ce contexte a deux jambes, celles du reaganisme (je n’ai pas de meilleur terme) : libre-entreprise et Etat répressif. Il s’alimente de la promesse d’une sorte d’éden hobbesien, sûr et prospère, et se heurte à une réalité : la concentration personnelle (et géographique) de la richesse qui découle du laisser-faire ; et donc, les tensions, les frustrations, les mouvements qu’alimentent cette inégalité. L’expérience atteste de l’effet uniforme du reaganisme : comme un CRS défend une vitrine, l’ordre public, justice et police, a pour objectif central de garantir la crudité des rapports économiques, et de légitimer et sécuriser leur inévitable corollaire de misère et de répression. Les juges n’ont fait que prolonger le raisonnement d’un cran dans sa logique : pourquoi ne pas ajouter encore un maillon à la «chaîne de valeur»?

C’est un bien que soit révélée cette affaire si éloquente, si tragique qu’on en rit, de peur de pleurer. Elle est la seule conséquence possible de l’univers de Sarkozy et de ses devanciers: un État placé en coupe réglée, policier et corrompu. Peut-être le qualifier de corrompu est-il abusif d’ailleurs : on ne saurait corrompre ce qu’on possède déjà, car abuser est le moindre des droits que confère la propriété.

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