Le i-forum participatif

 

Homophobie de Karoutchi

janvier 25th, 2009

«Comme je suis heureux, je ne vois pas pourquoi il faudrait que je cache mon homosexualité.»

Roger Karoutchi révèle son homosexualité. Si, comme Delanoë en son temps, il agit dans la perspective bien comprise d’élections à venir, il fait ce choix de «transparence» dans le confort de la personne déjà bien arrivée et bien établie. Contrairement aux coming out de Delanoë et Labarrère, Karoutchi ne fait pas acte de courage, dans le contexte d’une opinion publique souvent hostile et violemment agitée par le débat sur le pacs. Il le fait en 2009, dans une France très largement calmée sur l’existence des homos et des couples d’homos, et en tant que ministre qui veut devenir président de région. Mais à la rigueur, très bien: que cela ne choque personne et même n’intéresse plus grand monde (peut-être sa collègue au gouvernement Christine Boutin?), qu’il n’ait plus les pudeurs de vierges qu’avait d’aucun en 2002 – le d’aucun homosexuel en question ayant aussi défilé avec les anti-pacs – est plutôt signe de banalisation, comme tel assez agréable.

Mais il y a quelque chose de grave dans ce coming out. Karoutchi dit sortir du placard car «il est heureux» en couple, et car Sarkozy l’a soutenu et a invité son copain aux cérémonies officielles. Si l’on comprend bien le raisonnement, le placard serait le bon choix, le choix légitime, dans les cas de célibat, de malheur, ou d’hostilité professionnelle. Aux adolescents humiliés pour ou tourmentés par la découverte de leur orientation sexuelle, aux lesbiennes saquées au boulot, aux cohortes d’homos que la solitude, les vexations ou la discrimination acculent aux comportements à risque ou au suicide, Karoutchi n’a rien à dire – ou peut-être juste «désolés pour vous, continuez comme ça».

Il y a plus qu’une seule forme d’honnêteté dans le coming out de Karoutchi. Il assume avec franchise les idées de son camp sur la vie collective et les destins individuels, idées qui se résume à «chacun pour sa peau». Que le chef soit homophobe, que tu sois seul ou mal dans tes baskets, Karoutchi et ses camarades ne peuvent rien pour toi et au fond n’en ont pas grand’chose à foutre. Karoutchi a en effet le privilège d’être dans une situation, une position sociale, familiale et professionnelle, où son homosexualité et son coming out sont «tout naturels», «normaux.»

Il est d’ailleurs significatif que, dans ses déclarations, Karoutchi parle pour l’essentiel de lui-même et de son chef. Nulle part n’est fait mention des aspirations de milliers et de milliers de jeunes confrontés au conservatisme de leur famille, de leur école, de leurs amis, de leur premier boulot. Delanoë et Labarrère, en leur temps, avaient parlé à ces jeunes et pour eux; je me rappelle encore de l’espoir et de la force soulevés par le coming out de Delanoë, parlant «des millions de femmes et d’hommes qui vivent mal cette discrimination», alors même que nous montions une asso pédée dans le contexte un peu hostile de notre école. Il disait souhaiter «réclamer pour tous le droit à l’indifférence.»

Mais Karoutchi ne veut pas être une figure positive, un modèle, un espoir pour ces gens, dont au fond il se moque. Karoutchi ne parle pas spontanément d’adoption par les homos, et point du tout de couples (homos ou pas d’ailleurs) brisés par des lois migratoires iniques et paranoïaques, d’homosexuels renvoyés dans leur pays en dépit des risques encourus, de trans humiliés par des procédures administratives insupportables. Karoutchi veut juste gagner un galon supplémentaire à l’UMP. Interrogé à la télé sur la revendication des homos à obtenir l’égalité en matière d’adoption, Karoutchi répond qu’il n’a «pas d’avis»: c’est sûrement un des rares homos un des très rares hommes politiques à n’en rien penser du tout.

De tout cela, il y a un prix pour les pédés, qui est la contrepartie du gain espéré par Karoutchi, escompté peut-être par Sarkozy et l’UMP, comme ils mettent en avant ce coming out insignifiant et égoïste dans la presse. Il y a comme un pacte faustien à vouloir être de son camp le pédé «sans ostentation», «normal», qui ne s’appelle pas lui-même simplement «homosexuel»: c’est le prix de la fierté et de la solidarité, prix il est vrai acquitté par les autres.

Dans un gouvernement casté par sociotypes grossiers, sur le modèle de la «Star Academy» ou du «Loft», Karoutchi peut espérer le rôle sémillant et emblématique de Steevie : après les beurettes, la black, la charmante idiote, le latiniste je-sais-tout et le(s) traître(s), le gouvernement a désormais son pédé. Comme Steevie, la contribution de Karoutchi au destin des pédés et gouines de son pays risque d’être matériellement nulle, symboliquement humiliante, et humainement désespérante.

 «And the young gay people in the Altoona, Pennsylvanias and the Richmond, Minnesotas who are coming out and hear Anita Bryant on television and her story. The only thing they have to look forward to is hope. And you have to give them hope. Hope for a better world, hope for a better tomorrow, hope for a better place to come to if the pressures at home are too great. Hope that all will be all right. Without hope, not only gays, but the blacks, the seniors, the handicapped, the us’es, the us’es will give up.» (Harvey Milk, 1978)

(édité au 27/01/09 pour tenir compte de l’interview télé)

La belle époque.

janvier 7th, 2009





D’autres choses, des romances sans image, méritent d’être dites aussi. Le 30 décembre par exemple, je me suis promené avec Stéphane «Sac à mains» dans Paris, parlant de son nouvel amoureux («c’est du lourd!») et de mes échecs récents. Ce fut une journée de hauts et de bas, à traîner à la Galcante et chez Delamain, à croiser par hasard Fred «le Lillois» (encore dans un sauna, dans le hasard il y a un message), mais aussi à essuyer un râteau imbécile à GymLouvre, lieu de déréliction et de laideur. Ou le 1er janvier, quand avec Thérèse nous avons gentiment parcouru bras dessus, bras dessous, Colombes poignardée, banlieusarde et vide comme une assedic un jour férié, avant d’aller voir «Il Divo» avec Emmanuel de Ngroung, puis les TBS en plein régime de Mendeleïev.

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A1: Dans un décembre laborieux, froid, solitaire, heureusement qu’il y avait Benjamin VDH. Il m’avait cuit des tostis et sorti dans R-dam.
A2: A Paris, comme tous les Noëls, on avait dîné de sushis chics avec mes parents. On reparlait de Kerviel, on rigolait bien de la politique.
A3: A un moment, j’ai eu le blues, l’ai partagé, et ai dit à ma sœur: «on a trente ans et pas de gamins, moi j’ai peur de finir seul»; Mon père répliquait par deux vannes: «pour la vieillesse, il n’y a que deux solutions: être très entouré ou être très riche» et «pourtant pour moi vous êtes plutôt un souci dans ma vieillesse.»
B1: Je squattais chez Mamy. Tout, de la tranquillité, des usages, du déroulement conforme et sans heurt du déjeuner, renvoyait à l’enfance.
B2: Même le retard habituel de SophCo était devenu sans gravité, vidé de son drame passé.
B3: Ce Noël amorti avait été interrompu par la coutume désarticulée du séjour à Toulouse.
C1: Pourquoi, de cette douceur, ai-je noté sur le moment «Noël mou, familier, au confort trompeur et écœurant, presque vénéneux (à la manière des vieilles bonnes choses suries), comme un lit affaissé»?
C2: A Toulouse donc, chaque pas était devenu difficile et compté: tâton dans la neige, parésie de l’âge, impasses du raisonnement.
C3: Dans le cul-de-sac de la vieillesse, les passions, le fond du caractère demeurent seuls, et à vif: plaisanterie du langage, intransigeance, peur d’être abandonné, tyrannie tranquille de paterfamilias.
D1: De retour à Paris, nous avions partagé beaucoup de sake au fin fond du XVe, et puis squatté le loft germanopratin de la famille Boxing.
D2: Nippon narrait ses anecdotes poulaga, et BoxingBoy ses espoirs adolescents.
D3: Alex STAPS racontait pour l’Xième fois la vieille histoire du mouton dégueu à la moutarde.
E1: Le réveillon chez les B2 avait été calme et volupté. BoxingBoy avait mis à contribution son expertise des petites pintades.
E2: Finkielkraut et un ami (l’inversion de la pensée unique)
E3: On était rentré tôt chez soi, un à un, sauf moi qui avait écouté François et Nicolas m’expliquer dans la nuit comment ils s’étaient séduits. François roublard, Nicolas bille-en-tête, marrants tous les deux.





A1: Fort jadis, et avant que mon ordi ne demandât un triple pontage, on avait dîné à A-dam. Le souvenir en est flou déjà. Sébastien Prof était sorti de son ensevelissement enseignant, angoissé de ne pas en faire assez à son nouvel poste.
A2: François B2 racontait des bêtises sur ses origines modestes, «commerçants; tout petits commerçants; rémouleurs!» Comme «l’esprit Mortemart», la drôlerie de B2 semblait destiner à demeurer pour toujours un séduisant rébus, souvent évoqué, jamais élucidé par le mémorialiste.
A3: Et Nicolas B2 parlait je crois de la tranquillité de son chômage, des dessous incroyables de la comm’, et puis relançait François dans ses vannes.
B1: A Groningue, pour un déplacement professionnel. Je ne savais pas encore que mon cœur flancherait en boîte pour Tony, un Irlandais exilé là-haut.
B2: Le mois de novembre fut comme un tunnel post-Moritz, fait de travail et de froid.
B3: Nous avions fait le voyage de Londres, convoqués par les amours et la solitude étranges de Francis Bacon et de BoxingBoy.
C1: Mon père avait évoqué le temps de sa splendeur, in the eighties, the nineties, quand il descendait de ses bureaux de Londres près Burlington Arcade, pour acheter des catalogues d’art introuvables.
C2: Ma mère restait anxieuse, généreuse, fumeuse — inquiète de la situation à Toulouse, émue par les petites peintures préparatoires de Rothko, curieuse du boulot de BoxingBoy.
C3: Quant à SophCo, je ne sais plus. Elle était en forme, Pau l’avait changée pour le mieux.
D1: Un peu plus tard, Alex et Idan STAPS vinrent à leur tour, accueillis avec moi dans le loft palatial de BoxingGirl et BoxingPhotographe. Ce fut un bon week-end, car on cuisina gras, et mata des clips d’Alice Sapritch.
D2: Avec le temps, les désillusions amoureuses d’automne m’avaient allumé le contre-feu d’une libido galopante. Il y eut, ce weekend là, Jip, un acteur juvénile, et Stratos, un Grec peu révolté. Ce faisant, je collais mieux, aux yeux d’Alex et des autres, à mon image de plus gros baiseur de la bande.
D3: La conclusion, pourtant, était de dégoût et de lassitude, l’envie de débrancher tous les abonnements, presque de devenir born-again virgin.
E1: Les blagues d’Alex se composaient de trois catégories, des trucs douteux sur sa judaïté (?), répondre «dans ton cul» aux questions en «où..?», et des variantes de qualification d’Idan comme «petite belette de l’amour toute». Seulement quand il parlait affaires, c’est-à-dire savoir, avec Sébastien Prof, reprenait-il son sérieux.
E2: Comme BoxingBoy exilé à Cambridge, la solitude et l’isolement me rendaient bizarre sorti de ma réclusion, et toujours moins tolérant aux travers des autres, ou à ce que je considérais tels. Sûrement la blague d’imiter son futur mari beauf et résigné en criant «Mais ta gueul-euh» à BoxingGirl, était-elle moins drôle qu’il n’avait semblé dans l’instant et plus blessante, car elle venait de là.
E3: Comme Idan aussi, je souffrais doucement à la longue d’être loin de mes bases.

Landslide!

novembre 5th, 2008

«A very gracious concession speech.»

D’abord être honnête, et dire que ce qui me domine est la joie. Je me rappelle quand,  le 3 octobre 1990, mes parents nous ont réveillés avec SophCo, pour voir à la télé la réunification allemande,l’hymne national joué à Berlin, les feux d’artifice, les foules si justement et univoquement heureuses. Le parc à Chicago est magnifique, presque le souvenir d’une génération : toute le peuple mêlé là où la loi imposait encore, il y a 45 ans, la ségrégation ; là où la jeunesse pacifiste fut tabassée par les flics il y a 40 ans -, les foyers noirs filmés par la télé, la fête au fin fond du Kenya. Parfois, l’Amérique se surpasse, surpasse les ghettos, la violence, la corruption, le ridicule de son système électoral pourri et dysfonctionnel.

Le discours de McCain a été également admirable, à la hauteur de sa respectable carrière parlementaire, d’esprit libre et digne (jusque cet été). Je ne suis pas, néanmoins, d’accord avec lui quand il dit qu’Obama est le premier Afro-Américain élu à la présidence, Obama est mieux que ça : le premier métis. J’ai repensé, ces quelques dernières semaines, à l’oracle de mon prof d’hist-et-géo de seconde à Stan’, un Martiniquais qui disait, «je suis [en tant que métis] l’homme de l’an 3000», au milieu des rires gras de lycéens opusdéistes. Je ne sais pas où il en est, de la vie, de la retraite, mais j’espère qu’il a vu ça, et je suis heureux que l’histoire lui donne, dans une certaine mesure au moins, raison avec tant d’avance.

La campagne d’Obama a été, sur le plan matériel, pratique, quelque chose de formidable, «j’adore qu’un plan se déroule sans accroc».
– il l’emporte très largement chez les primo-votants (a.K.a les jeunes), les Latinos, les Noirs bien sûr, et emporte une part très significative du vote «petit-blanc», ouvrier, notamment féminin. Sa coalition est une image fidèle et encourageante de l’Amérique qui souffre et de celle qui arrive.
– Grâce à l’engagement personnel et matériel majeur et créatif de ses supporters (ainsi que l’argent des grands donateurs traditionnels des Démocrates), il a emporté le pari de l’inscription sur les listes et du vote effectif («getting out the vote»). Il gagne des votes (par rapport à Gore et Kerry) dans les bastions démocrates, comme dans les bastions républicains. Il fait basculer les banlieues.
– Par conséquent, il l’emporte sur l’ensemble des quatre «chemins» vers la Maison-Blanche que ses stratèges avaient tracé : à l’Ouest (Nouveau-Mexique, Colorado, Nevada), dans le Midwest (Ohio, peut-être même Missouri et Indiana), dans les Appalaches (Ohio, Pennsylvanie, et même Virginie), et en Floride.
– Il a le mandat populaire et électoral le plus large en 44 ans, une ample majorité au Congrès – encore qu’il demeure incertain s’il a la super-majorité sénatoriale, lui permettant de surmonter la «flibuste» des Républicains ; cela dépendra notamment de l’affiliation de Joe (The Plumber?) Lieberman.

Sébastien Prof disait (il y a quelques semaines dans un dîner avec BoxerGirl et BoxerPhoto), dans ces conditions, il pourrait même passer un programme bien à gauche, notamment sur l’assurance-maladie (couverture universelle et largement publique). Je ne sais pas. C’est probablement l’élan de la majorité parlementaire. Ce n’était pas son programme; ce n’est pas, je crois, le fond de sa pensée — à la fois par conviction et par positionnement politique. Il me semble y avoir deux aspects à ce dernier point :
– la tentation, pour lui, d’être non seulement le Lincoln mais le Reagan de sa génération: on parle d’ores et déjà largement d’«Obama Republicans.»
-je me suis dit récemment, à la lecture d’articles sur Obama, qu’il y a quelque chose en lui de Jospin. Le contrôle total de soi, jusqu’à l’ascèse et à quelque inhumanité; sa traduction dans une bonne éloquence, une forme de simplicité et d’esprit direct qui n’existe qu’en surface ; l’insistance sur la «méthode», cette petite dialectique qui conduit à éviter les solutions «extrêmes» et prône la collégialité, l’écoute. Michelle pourrait aussi, comme Sylviane Agacinski, jouer des tours (j’aime beaucoup la personnalité et les idées de Michelle Obama et pas celles d’Agacinski ; mais elle me semble également inflammable, peut-être de piètre conseil politique).  On verra. Cela ne gâche pas plus le bonheur que de se remémorer 1997 au prisme de 2002.

«...projects an Obama victory in the battleground of Ohio»

Tous les networks donnent Obama gagnant dans l’Ohio, donc c’est plié. Un décompte de CNN montre que même si McCain gagne tout ce qui reste en jeu, sauf ce qui est forcément démocrate (Californie, Oregon, Etat de Washington, et Hawaï), il lui manquerait quelques grands électeurs pour atteindre les 270 votes. Et il est improbable qu’Obama ne gagne ni l’Iowa, ni la Floride, ni la Virginie, ni l’Indiana.

Alors que j’écris, CNN (pourtant super-frileux) donne le Nouveau-Mexique à Obama. Ca va être une belle victoire. Les chiffres du sénat (55 / 34 à ce stade) sont très impressionnants également.

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