Le i-forum participatif

 

Let It Come Down

septembre 1st, 2009


A1: A Tanger, Nadia T. restait un mirage. Dans la chaleur de la nuit, zébrée de moustiques, au bout d’un labyrinthe d’escaliers, tout en haut du riad, était ma chambre : au téléphone, Nadia disait qu’elle devait garder l’ombre à Casa.
A2: Dans les passages fuyait le souvenir de Bowles et de Capote, de Francis Bacon, des garçons à louer et de leurs beats, des changements de sexe et de l’Interzone, du haschich et du LSD, des souks et des bordels chics. Sous la menace du présent et de l’argent, «Tanger – danger» s’était fait la malle depuis longtemps.
A3: La vieille cité et la ville neuve, l’arabe et «l’internationale», parlaient d’opulence marchande, et pas qu’au passé. Le Roi, les émirs du Golfe, BHL, l’Expo 2012, tout conjurait à faire de la ville un resort, un hub, un country-club bien propre sur lui. Les halls délabrés et les ruelles interlopes reculaient inexorablement.
B1: Look de surfeur, Franck redoublait d’irritation contre l’aberrante politique du gouvernement. Son blackberry lui foutait curieusement la paix.
B2: Au cap Spartel, on avait nagé tout juste le temps d’attraper des coups de soleil.
B3: Et au café Hafa, dernier lieu où l’on fume, on songeait toujours face aux mers calmes en prenant le thé à la menthe. Plus d’écrivains pouilleux ni de tapins : les jeunes gens, quelques jeunes femmes, la simple jeunesse de Tanger, venaient contempler l’Europe à portée de désir. Toujours le même lieu, non les mêmes rêves.

Bons baisers de la Jamaïque

septembre 1st, 2009

En cette super-année électorale allemande, c’était la dernière étape avant les législatives, CDU et SPD obtiennent, l’une des gros scores, l’autre quelques grandes villes (Cologne) aux municipales de Rhénanie-du-Nord – Westphalie.

La bataille du spin fait également rage s’agissant des élections à trois diètes locales, toujours le weekend dernier. La CDU est restée le premier parti partout, et va pouvoir installer en Saxe sa coalition fétiche, noire-jaune, avec les libéraux. Mais Steinmeier, tête de liste nationale sociale-démocrate, a relevé (et les média repris) l’effondrement de la CDU en Sarre et Thuringe. Et le chef de la CDU a parlé d’ombre et de lumière, ce qui est moins positif, à 4 semaines du vote, que de dire «on a gagné».

Le SPD, quant à lui, se veut incontournable dans ces deux États. Reste qu’il enregistre une fois de plus des scores médiocres, que la Gauche fait son entrée en force à la diète sarroise (terre du «Napoléon de la Sarre», son leader Oskar Lafontaine), que les partis d’appoint progressent. Dans les deux cas, le SPD vise une coalition rouge-rouge-verte, sans pouvoir exclure la grande coalition: Sa communication au soir du vote n’y a pas gagné en clarté. Le SPD est, en fait, entre les mains des Verts (les SPD locaux se sont dits prêts à s’allier à Die Linke, en dépit de l’échec de l’expérience hessoise au printemps): celui-ci pourrait aussi se jeter dans les bras rastas de la droite.

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Ewigjungen

juillet 23rd, 2009




A1: A R-dam, Mamy montrait des signes de fatigue mais continuait à marche forcée.
A2: Elle disait à Thérèse «Ah non, vous n’allez pas payer ça, après vous ne mangez pas pendant huit jours», qui répondait «et qu’est-ce que ça peut bien faire!»
A3: Et puis j’étais retourner dans Paris délavé de soleil et de printemps, pour fêter mon anniversaire et parler paternité et business avec FiX au fin fond du XXe.
B1: J’avais mariné dans la peur, mais point trop les révisions, avant mon oral pour rentrer en classe préparatoire au concours de l’école permettant d’accéder éventuellement à une promotion professionnelle. Tout de même, j’avais été pris. (Barbara Hepworth, Gerrit Rietveld)
B2: A La Hague, Crame allait voir Charles Taylor en son déni, et pour lui-même traçait un avenir de femme (gitane) à barbe banale. Chaque matin, comme les semaines de travail, il émergeait en matant l’internet social-cul.
B3: Rescapée de l’insolation, SophCo se demandait si son été serait fait d’un gigantesque congé sabbatique ou juste d’un plan social. Elle doutait qu’on lui trouvât un mec potable en ligne.
C1: Et après tout, l’été était venu, l’été batave qui tousse grassement comme un automne asthmatique, l’été beau et luisant comme un sanatorium de bord de mer. Le travail avait curieusement redoublé, et c’était bien agréable, de s’affairer ainsi mais dans des bureaux calmes, vidés par les vacances des autres.
C2: A Berlin, on avait fêté en force les trente ans d’Idan STAPS, Rob et Dani avaient accompagné impromptu des tubes de Chava Alberstein et «La chanson des vieux amants». On s’était rassasié et plus de délices veggie, et puis on était tard parti danser, ou dormir, ou papoter, dans une boîte/squat/jardin de bord de voie ferrée. Dans la ville qui ne travaille jamais, rien n’avait plus d’heure.
C3: On avait fait un tour du Kreuzberg gauchiste et pédé, et les pèlerinages de Sans-Souci et du Reichstag. Xavier disait: «Ilan Halimi, c’est la Shoah des Sépharades!» et refusait de chanter en public: «I’m not your Sephardic monkey!»
D1: Rob aussi avait fêté son anniversaire, courant d’un point de la ville à l’autre, s’ébaudissant d’une choucroute à la crème.
D2: Alex avait parlé caca et sida, et tombé le maillot pour chanter «Toxic» dans un karaoke; la routine.
D3: Et moi, je continuais d’avoir mes doutes et mes colères. (Sigmar Polke).

Varia

juillet 16th, 2009

Au Groenland, le parti En Avant (Siumut) est, de façon historique, dépassé par les indépendantistes de la Communauté du peuple (Inuit Ataqatigiit); ceux-ci l’ont lâché pour une coalition à front renversé avec deux partis plus à droite, les Démocrates et l’Association des candidats (Kattusseqatigiit).

Côté logos, c’est incompréhensible pour moi, et moche (mais c’est culturo-centrique de dire ça. N’empêche qu’une raie manta ou une sarbacane à phoques or whatever that is, c’est pas réussi.).

En Bulgarie,un grand chambardement du système partisan voit la disparition du MNSP (ex-Mouvement Simeon II) et l’émergence de GERB, parti conservateur du maire de Sofia, souffrant de troubles de la dénomination. Plusieurs petits partis de droite de rassemblent dans la Coalition bleue ; et partout partout, les agences de design graphique poursuivent leur oeuvre de modernisation/banalisation.

Même remarque pour l’Albanie, où la reconduction de deux grandes coalitions profite surtout aux partis dominants, et contribue à la reconduction du Parti démocrate, la droite pro-européenne.

«I Miss You Like Hell»

juin 29th, 2009



A1: Au Liban, on avait négocié sans fin le tarif avec les taxis. SophCo et Jul’Laf avaient conduit malgré l’absence de code de la route, sur des nationales à tombeau ouvert et des bretelles à contre-sens.
A2: Dès notre arrivée, un pote de Janaïna avait prévenu: ce pays est féodal. Et ce qui domine, plus que les clivages religieux, sont les clans, le patronage d’une famille sur sa vallée ou son quartier, les rancœurs de vendetta, le brigandage à l’échelle d’un pays et même de sa diaspora.
A3: Mis en coupe réglée, vendu à la découpe, tronçonné par les checkpoints, le Liban n’a pas d’État: pays de dealers plus encore que de marchands, seule la monnaie lui est commune. École, sécurité, transports, énergie, information, industries sont affermés aux communautés, aux barons rapaces. La vie y est cent fois équipollée, échiquetée, mafieusement morcelée, concaténée par les parentèles, les haines et les rivalités de souk.
B1: A Beyrouth, les belles villas mandataires finissent de pourrir sous le soleil, au crible des obus. La place des Martyrs, jadis le plus jet-set parking de plein air de l’Orient, est désormais un stationnement sinistre au soleil, triste et inéluctable comme un échangeur urbain belge, accoté d’immeubles fantômes, où s’est échouée la coque d’un cinéma/bunker.
B2: Janaïna, là-dedans, continuait de papillonner de camp palestinien en soirée maronite chic, de cours de capoeira en amis gauchistes; Janaïna «qui rit, malgré les averses, prépare en secret» le concours.
B3: Demeurent l’immense splendeur déserte de Baalbek, le sursis d’oasis et la magnificence de caravansérail du palais de Beiteddine, la grâce immémoriale de Tyr, de Byblos, de Sidon.
C1: A Beyrouth encore, quartiers Est, la jeunesse friquée vit son mirage d’oisiveté made in Miami, musique assourdissante, beauté bling-bling et refaite.Tout est fake (…).
C2: La côte, elle, est percluse des hideux cauchemars des promoteurs, mitée par l’égoïsme et l’anarchie des résidences secondaires.
C3: Pendant ce temps-là, SophCo achetait un teeshirt du Hezbollah (bon goût, toujours) et Jul’Laf cherchait des noises aux locaux.

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