Le i-forum participatif

 

Gauches et pluriels

juillet 6th, 2008

J’ai traîné à réaliser ce camembert. Il montre assez bien comment, entre 2001 et 2008, Delanoë a grandi surtout aux dépends de ses alliés, et en particulier les Verts — qui n’ont, il est vrai, qu’eux-mêmes à blâmer pour leur manque de lisibilité électorale, de solidarité majoritaire, et de sens tactique (par opposition, par exemple, aux radicaux de gauche; pléonasme). Egalement, une bonne illustration locale de l’effet du mode de scrutin majoritaire et des combinazione d’entre-deux-tours sur le MoDem et, par comparaison, sur le Nouveau Centre. Qu’importent les voix, pourvu qu’on ait l’allié.

«Un temps d'avance»

Légume

juillet 2nd, 2008

Accaparée par son vrai travail réel direkt now, et accablée par une vie personnelle de merde, la rédaction unipersonnelle de Freedonia, la voix du Nord, n’alimente pas beaucoup ce blog. Mais comme les partis politiques macédoniens ont déployé des efforts considérables pour jouer à la démocratie et que leurs logos tous neufs déchirent, elle (ou je, tout est affaire de schizophrénie) ne pouvait(s) pas laisser les récentes élections là-bas. Ni les ré-élections d’ailleurs, car il y a eu re-vote, le premier scrutin ayant été entaché de vilenies vraiment indignes de l’Europe, la patrie de Jean Tibéri.

Tout ça pour dire que :
– les cartels, fondés pour l’essentiel sur le népotisme, la pulitichella, le renvoi d’ascenseurs et de prébendes, et l’alliance d’occasion d’identités ethniques et/ou cantonales, sont des coquecigrues idéologiques remarquables même pour les Balkans. L’un aboute les sociaux-démocrates et deux genres de libéraux; l’autre: les conservateurs, les chevénementski et une variété d’intérêts très très locaux. Après, et sur des bases également saines, il faut choisir un parti albanais (en vert sur le camembert) pour former un gouvernement.
– grâce à l’argent du trafic de drogues, de femmes, et de chanteurs néo-discos, et peut-être au parrainage des grands partis allemands (toujours prompts à suggérer une nouvelle déco, généralement orange), les Macédoniens ont tous pu s’acheter des logos neufs, proclamant uniformément leur amour de l’Europe (les étoiles), de la patrie (le soleil), de l’intégration (ethnique, euro-atlantique; ne pas confondre avec «intégrité»), et des polices linéales. Résultat, l’indistinction de logos lisses à faire frémir d’aise François Bayrou.

Free a, une fois de plus, suspendu l’ancienne version de ce site. Cette fois-ci, la raison en est, semble-t-il, que je contreviens aux lois sur le droit de la propriété intellectuelle avec la Webradio de Freedonia. Une webradio en écoute simple, s’il est besoin de préciser.

La SCPP (Société civile des producteurs de phonogrammes) a déposé une plainte contre le site pour la diffusion de la chanson d’Etienne Daho supra. Plainte dont je n’ai jamais, d’ailleurs, reçu la notification. Il est vrai que la même SCPP a signé récemment un accord avec le syndicat des webradios, ça existe, sur la tarification de la diffusion de sons de son catalogue. Pour moi, il en coûterait 480 euros (hors taxe) de droits annuels.

Ce qui appelle tout de même trois séries de remarques. La première est que les voies de la légalité sont impénétrables. En l’occurrence, je suis censé avoir été représenté, dans la négociation, par l’association France Webradios. Autoproclamée représentative du secteur, elle réunit (seulement) 15 webradios, les plus grosses: celles qui font, ou pourraient ambitionner à l’avenir de faire, de la concurrence aux radios hertziennes. Du genre, Bides & Musiques (je n’ai jamais entendu parler des autres).

Du coup, les trois forfaits (moins de 5.000 auditeurs-jour, de 5.001 à 20.000, plus de 20.000) et les trois tarifs (480 euros, 960 euros, et 6.097,96 euros HT) sont conçues par et pour elles. Tout ça, en écoute bien sûr, pas en téléchargement, la SCPP n’étant pas folle. Elles se déclarent très heureuses de l’accord trouvé, qui leur permet de prospérer en toute légalité. Je suppose que de plus petites webradios à ambition semi-commerciale (genre, avec bannières de pub) sont tuées dans l’œuf; rien de tel en effet que de se faire débarrasser de la concurrence par le régulateur. Quant au cas de micro-radios comme la mienne, qui ont quelques auditeurs par jour et sans gain quelconque (hors égo), il est hors sujet dans cette négociation — dont je fais pourtant les frais.

Sur le fond, il me semble quand même aberrant de traiter de même manière ma radio et une radio qui retire, peu ou prou, un bénéfice commercial de son fonctionnement. C’est, je crois, comme mettre sur le même plan la musique que l’on passe chez soi (pour quelques amis voire des inconnus de passage) et celle d’une boîte de nuit. Un ascenseur et le stade de France. Un téléchargeur individuel et un contrefacteur professionnel de CD (oups). Probablement, si les choses en restent là, serai-je contraint de donner la seule liste des titres qui figura sur ma radio idéale. C’est ce que je compte faire pour l’instant. Je ne pense pas qu’au passage les auteurs, compositeurs et interprètes (et leurs ayant-droits) gagneront un centime, ni les radios ou webradios une minute d’écoute de ma part; j’aurai juste perdu le droit d’illustrer sur mon site internet une facette de ma personnalité. Cela, malgré l’obscurité que j’ai toujours privilégiée pour lui, malgré sa notoriété très limitée.

Si je pensais, enfin, que mes goûts ont de la valeur (au plan esthétique), je dresserais même un parallèle avec le destin des radios libres après 1981. Le secteur hertzien s’est «structuré», c’est-à-dire qu’à peu près seul ce qui était économiquement rentable, et conçu comme tel, a survécu. Le reste: le local, l’éphémère et l’expérimental, a été balayé par le berlusconisme triomphant. Je ne vois pas exactement l’apport de Bides & Musiques à l’œuvre de Radio Nostalgie, mais j’aperçois bien la similitude de leurs stratégies à une génération de distance. Que l’efflorescence du Net gratuit soit pour sa part, là aussi, stérilisée, et pour ces motifs-là, est bien dans l’air du temps, et cet air n’est pas sain.

Recomposé

juin 10th, 2008




A1: Après, mais il y a longtemps, j’ai marché dans la grisaille vernale, parmi les ruines d’une vieille ville désanimée par l’urbanisme et l’indifférence des bureaucrates,…
A2: … pour le printemps et la gay pride de Bruxelles.
A3: «Non mais c’est n’importe quoi les looks là ou bien?»
B1: On s’est fâchés, parce que LzMry est excessive et que je suis irascible.
B2: Alors j’ai marché encore, mais tout seul, et même quand j’ai été rentré il n’y avait pas trop de mots.
B3: Lorsque je suis dans une ville étrangère, et même si j’y trouve des repères ou des affinités, toujours une distance me saisit, mon extranéité, mon extériorité complète et imperméable à sa vraie vie, à la substance de la vie sociale, des fêtes, des amitiés. Parfois, je sens le risque d’une xénélasie de la vie parisienne, si je reste trop longtemps au loin. Et la vieille angoisse du lycée, n’être plus nulle part chez moi, me reprend.
C1: A Paris pourtant, j’ai dignement fêté mon anniversaire. SophCo revivait dans son nouveau job, conseil en foies gras.
C2: Un soir ou deux, je me suis dit, je ne sais pas ce qui m’a manqué, de Paris, du printemps, ou d’être amoureux. Cela n’eut pas de surlendemain.
C3: A A-dam, Mamy et Thérèse ont voulu voir comment je vivais et ce qu’il y avait à faire; alors on a décollé des stickers de la façade de squats.
D1: A nouveau, le sentiment d’impasse professionnelle m’a assailli.
D2: Curieusement, c’est en correspondant, à répétition, avec des hommes-photos de très loin, des inconnus sémillants, que j’ai été amené à le formuler pour moi-même de façon toujours plus épurée: je ne pourrais pas faire ce travail toute ma vie, il m’intéresse mais pas son aboutissement logique, toute vraie progression est d’ailleurs hors d’atteinte si je n’interviens pas rapidement sur le cours des choses.
D3: Comme les brocantes surviennent, plus la longueur de temps s’étale, plus s’installe la déprime trentenaire, plus colle ce dialogue avec Crame. Lui: «c’était sympa mais tu n’a rien à regretter, vraiment. ça t’aurait fait une bonne légende sur Freedonia tout au plus.» Moi: – mmmm. C’est le cas de la plupart des choses. C’est terrifiant, quelque part: la vie est une poignée d’instants Freedonia, du sable qui glisse entre les doigts.

The Thermometer

mai 13th, 2008





A1: Après, je suis parti en vacances en Israël. Les villas Bauhaus de Tel Aviv, orthogonales et blanches, décaties au soleil et dans le sable, symbolisent bien le fracassement du rêve sioniste en Orient.
A2: La politique là-bas est le bazar (probablement vice-versa): le jour de mon arrivée, le Parti des retraités Gil hésitait à scissionner pour bisbilles personnelles et concurrence d’ambitions ; sur fond de pots-de-vin généralisés, le parti séfarade religieux Shas peinait à trouver un député de remplacement qui ne fût ni repris de justice, ni rabbin (donc fonctionnaire donc inéligible).
A3: Aux frontières, dans les commerces, dans les bus, partout, l’obsession sécuritaire butte sur l’approximation, l’informalité, la pagaille levantines.
B1: La French touch et une amie.
B2: Mon séjour a été borné par des moments symboliques dans le calendrier israélien, des fondamentaux dont on peine sûrement à s’abstraire le reste de l’année. Il a commencé à la veille des commémorations de la Shoah: tout ferme, les gens restent chez eux, regardent entre amis des films d’une tristesse insondable.
B3: Il a fini juste avant la célébration du soixantenaire de l’indépendance. La ville va à la plage voir les jets de Tsahal faire des ronds dans le ciel, dans une métaphore balnéaire de la militarisation totale de la société et de la politique israéliennes.
C1: Mon amie Nadia, pas échaudée par trois heures d’interrogatoire policier à son arrivée, a insisté pour visiter tout: décombres de Ramallah, ZUP d’Ashkélon, parc industriel de Dimona.
C2: Le plus surprenant, le plus instructif pour moi, a été de voir un peu de la situation des Arabes israéliens. A Tel Aviv, Jérusalem ou Haïfa, quartiers juifs et palestiniens s’imbriquent sans se mélanger, car dans leur impossible identité, les deux peuples vivent côte à côte, et séparément. Les locaux ont tous leur anecdote (elle vient vite dans la conversation) de discrimination: le service militaire inaccessible mais exigé pour obtenir un emploi, les stratégies immobilières poussant les Arabes hors de Jaffa, les contrôles aux checkpoints, la misère et la faim. On débat du mot lourd d’«apartheid»; Israël est en tout cas sans conteste, comme le Sud américain, le lieu de la Ségrégation.
C3: La société juive israélienne est elle-même aujourd’hui dure et éparse, atomisée, concaténée en autant de groupes sans affinités: «les Sabras», «les Russes», «les Marocains», «les Français»,… Le projet sioniste gît, désarticulé par le reniement du socialisme et le primat de la définition religieuse et ethnique de la judaïté. Tel Aviv, «la bulle» de jeunesse, de fête et de sexe après les trois ans sous les drapeaux, scintille parfois dans la même absurdité kitsch que Dubaï. La liberté n’y est pas moins précaire. La violence au loin, et l’iniquité y empoisonnent les actes et les esprits.
D1: A Jérusalem, je n’ai pas eu d’instant claudélien.
D2: Jérusalem, telle que dans ses murs.
D3: Jérusalem, la ville d’or, un jardin de deux mosquées, qui évoque irrésistiblement les beaux arbres du sérail de Stamboul.
E1: Toute émotion religieuse est vite dissipée par la rudesse des bedeaux syriaques, l’hystérie superstitieuse des catholiques, les bondieuseries abondantes du bazar. Dans la vieille ville, on touche moins aux songes de Châteaubriand qu’on ne l’avait pu à Saint-Jean d’Acre.
E2: A Yad Vashem, on retrouve le même dégoût de soi, comme culture, qu’au musée de Terezin à Prague. Subitement, la Gemütlichkeit d’Austrian Airlines et des paysages proprets survolés, et toute «douceur de vivre», et toute prétention de civilisation, deviennent suspectes et factices. Si Israël au quotidien est l’avortement du sionisme comme remède, ses postulats se sont avérés. La mémoire glaçante des fosses communes, des camps, des bourreaux et des collabos, sont notre scrupule pour toujours à parler, et à parler positivement, de l’Europe.
E3: L’horreur de la Shoah est d’ailleurs dans deux choses: l’échelle permise par la modernité technique et administrative (notre cilice jusqu’à aujourd’hui), l’ignominie et la médiocrité des criminels. Quelque part entre Heidegger et Modiano. On se sent vide face au rythme de la destruction. On est saisi d’effroi aussi par la familiarité des compromissions, des mensonges, des routines, des complicités, de la voyouterie qui l’ont alimentée.

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