Le i-forum participatif

 

«Maurice»

septembre 23rd, 2008


A1: Après, je me suis engagé dans une ouverture, me disant: c’est la dernière fois que je franchis une frontière pour rencontrer un amoureux internet.
A2: Il s’appelait Moritz. Un étudiant. De Cologne.
A3: Parallèlement, AC&P trouvait le Dom moche, mais se trouvait très heureux de sa rencontre avec Roni. Un boulanger. De Cologne, lui aussi.
B1: Sur internet, notre échange avait étincelé; à Cologne, il ne fut pas le fruit défendu, car la Chute, elle, fut cueillie et consommée.
B2: Bien plutôt, il fut Canaan depuis le mont Nébo: toute une réserve de désir, d’élan interdits (comme on «reste interdit»); j’en fis à mon retour l’élégie comme de ce que la raison veut, mais que la chair ne peut, et qu’on nomme la paix.
B3: A Szohod, l’automne s’installait. Colomb avait croisé, le premier, la mer des Sargasses. Pour moi, je longeais – ou m’enlisais-je? dans la banquise molle des lentilles d’eau, sur les canaux.

Aoûtats

septembre 16th, 2008


A1: De retour à Paris, BoxingBoy remangeait de la vraie nourriture: de la viande chère achetée par Maaxxx, et apprêtée par Alex STAPS.
A2: Fin août, j’étais curieusement submergé par la libido. On pouvait accuser les yaoi ramenés de Shinjuku, ou peut-être le nouveau blondinet de la sécurité.
A3: Cela cessa bientôt. A La Hague, rien ne dure, ni la pluie, ni le soleil, ni le jour, ni le bonheur.
B1: A Bruxelles, LzMry visitait un appart, dans une scène locative interminable, droit sortie de «Strip Tease»: «Oui c’est un artiste qui habite ici, il a aménagé ça à sa façon, voyez-vous. Mais il ne faudra pas repeindre n’importe comment, mademoiselle, il y a bien marqué ‘dans les règles de l’art’ dans le bail. Alors qu’est-ce qu’on fait? On le loue à mademoiselle? – Ah je ne sais pas. Je ne sais pas. C’est toi qui décides. – Non, non, c’est toujours toi qui décides hein. C’est elle qui décide, voyez-vous mademoiselle. Mais on a cette autre offre maintenant, c’est embêtant… – Oh allez on le loue à mademoiselle, alors. – Ah je ne sais pas. Et alors vot’ papa va venir vous aider, pour les meubles. Ca est bien, ça…»
B2: Mon père disait de ma mère: «C’est une course-poursuite entre ses poumons et mon foie.»
B3: C’était l’été malgré tout, car on buvait des amers Picon.

«Visions of Tokyo»

septembre 8th, 2008





A1: Ensuite, et jadis, je partis pour Tokyo, la peur au ventre de m’égarer dans le déplacement et la traduction.
A2: Mais le seul choc de vraie confusion, de peur un peu, de bruit et de fureur, fut ce péan aux thonniers-senneurs: l’aube au marché de poissons deTsukiji.
A3: S.-A. D. dit «C’est une ville laide», car elle voit l’urbanisme déshumanisé, démesuré, dément, la cavalcade de passerelles et d’autoroutes surélevées, la métropole sans plan, sans unité et sans centre.
B1: Mais à l’infini aussi, sans réticence et sans passé, se dressent élégamment les gratte-ciel audacieux, les malls pharaoniques de downtowns futuristes.
B2: Et bloc à bloc, en contrebas, sans continuité d’échelle ou d’époque, sans cohérence entre étages, les villas des contre-allées sont des maisons, des boutiques, des restaurants. Parfois, les câbles électriques et la moiteur, et le luxe planté au milieu d’immensités urbaines, évoquent le Sud: Sao Paulo ou Istanbul.
B3: Souvent aussi, on se heurte aux formes et aux idées de la Chine, et au déni nationaliste: «nos palais sont vermillons, les leur sont rouges, OK?» (la guide parlait comme Mr. Mackey.)
C1: Le plus époustouflant, le plus mesuré, le plus pittoresque, le plus évident, ce fut la villa Katsura.
C2: C’est le palais simple, la sophistication de l’ascète, dans un pays des collectionneurs de mousses et de contemplateurs de cailloux.
C3: Exotique, et pourtant, dans l’exactitude métronomique de la société de cour, dans la brigue des princes rivaux et des héritiers pourvus d’abbayes, dans Kyoto enfin on reconnaît Versailles.
D1: Tout en feuilletant le trombi des geishas qui m’a été aimablement fourni, je découvre le sushi du Kansai: gros, rond, gainé, pressé, bizarre mais géométriquement incontestable. Avec un bout de congre.
D2: Parfois, on se reprend d’imaginer des slogans sur la tradition et la modernité, Hokusai et le Shinkansen.
D3: Tout est partout élégant et minutieux, parfois mignard, parfois parfait. Comme le note Lafcadio Hearn, la ruine guette dans la tentation de ces myriades de petites choses.
E1: Etonnante jusqu’à la bizarrerie, aussi, l’omniprésence du mignon, des petits personnages, du renard INFOX des terminaux bancaires au lion-Koizumi.
E2:Et dans ces mille détails, prostitués androgynes, plan coudé des temples, faune et flore antipodes, honte de l’imparfaite anglophonie, effroi de ne pouvoir répondre, bars pédés cachés à l’étage, esprit des lieux des murs couverts d’idéogrammes, affleure la fondamentale étrangeté du Japon.
E3: Le Baron (de Tokyo).

Fratricide

juillet 20th, 2008

En novembre à Reims, les socialistes vont faire ce que les socialistes font le mieux: compter (en commençant par l’opération de la division). Freedonia, le rassemblement de toute la gauche, démarre donc une belle série sur l’histoire de haines, de trahisons, de votes ceausesciens dans les sections, qui est celle des congrès du PS.

Cette fois-ci, un petit schéma d’ensemble pour s’y retrouver dans les tendances actuelles du Parti. Il est vaguement organisé de gauche à droite, même si les différences idéologiques sont assez limitées puisque tout ce petit monde a voté les crédits de guerre en 1914 (sauf Poperen qui était déjà mort et aurait déjà été contre). On y constate la dispersion de familles jadis importantes à la gauche du Parti, comme la GS (Dray est aujourd’hui chez Hollande) et le NPS (Peillon est chez Royal, Montebourg a son compte, Hamon en tandem avec Emmanuelli), et celle parallèle des nonistes. On aperçoit deux axes disparates :
– les reconstructeurs, assemblés par leur jugement (tactiquement) critique de la direction actuelle et leur hostilité (tactique et parfois idéologique) à Royal et Delanoë; hormi cette commauté de haines, le mouvement va de la carpe au lapin.
– Au centre droit du parti, les sociaux-libéraux, ségolénistes ou delanoïstes, qui maintiennent plus les ponts qu’ils ne veulent l’admettre, notamment avec le club Nouvelle Voix de Gorce (ex-mitterrandiste, ex-fabiusien).

Les plus grandes familles (strausskahniens, fabiusiens, ségolénistes, delanoïstes) ont par ailleurs toutes participé, stratégiquement, à la contribution écolo, la préemption des thèmes des Verts faisant consensus. Plus bizarre, entre implosion, jeu perso de Moscovici et coups à trois bandes de Cambadélis, l’essaimage des forces vives de DSK un peu partout. (Faute de place, de réel talent graphique et de saisie de leur visée, je n’ai pas fait figurer la contribution solo et étrange de Lebranchu ni la blague absurdiste de Jacques Fleury).

Côté logos, sans surprise, beaucoup de rose et de roses. Royal s’en tient aux linéales branchées; la contribution Hamon/Emmanuelli a un logo curieusement marketing.

Roses are red / Violets are blue / I don't like Ségolène / Do you? (cliquer ici)

Mille plateaux

juillet 6th, 2008

Bientôt, bientôt, se produit un de ces vaudevilles parisiens qui font la Tradition française, une intrigue de palais pour Cortegiani germanopratins, dans le genre campagne pour l’Institut et politique éditoriale de Grasset, un événement attendu des orphelins de la Quatrième, c’est-à-dire, le lectorat de Freedonia, le Rassemblement des gauches républicaines et de la gauche démocratique; à savoir, le renouvellement du Sénat et l’élection de son président.

Sur le premier, on ne peut que louer le conservatisme de ces vieux messieurs qui ont décidé de ne pas modifier leur mode de scrutin (majoritaire dans beaucoup des départements, et dans des collèges électoraux sur-représentant les petites communes), afin d’assurer que le Sénat continue de représenter autre chose que les gens : la patrie, le terroir, les valeurs, l’en-bas, on ne sait pas trop mais quelque chose qui n’alterne pas. Par un tour passe-passé inaperçu, ils ont également, en réduisant le mandat sénatorial à 6 ans (à partir de 2008), prorogé tout le monde d’un an, pour la route. Un an, quand on en a en moyenne 61 — contre 39 pour la nation — c’est le commencement de l’éternité et la garantie qu’on peut devenir encore plus sage.

La sagesse n’est d’ailleurs pas la qualité qui manque le plus au président Poncelet, en dépit de la fréquentation assidue, jadis, de sa secrétaire — à qui la mansuétude qui double sa sagesse avait fait trouver un job aux P&T — et, plus récemment, de Christophe Lambert et de mafiosi roumains. 80 ans au compteur, le sénateur des Vosges n’a pas l’intention de décrocher, en dépit de la rude concurrence qui pointe son nez: Jean-Pierre Raffarin, sur une ligne de synthèse entre l’humanisme luc-ferryien, l’almanach Vermot, et la critique bidon du pouvoir en place; l’ancien sous-ministre des jaunes, Gérard Larcher, candidat dudit pouvoir; et probablement un ou deux traîtres centristes (tautologie) en embuscade.

De fait, comme le montre le camembert, la majorité est déjà relative pour l’UMP. En dépit de la mitigation par le mode de scrutin des résultats «vague rose» des dernières municipales, cantonales et régionales, la gauche va progresser en septembre. Le centre pourrait alors vendre au prix le plus élevé son soutien.

Juste pour la route, je veux dire que je trouve très sénatorial le président du groupe radicalo-radical RDSE Pierre Laffitte. Quelque chose entre le vieux beau et le cabotin de théâtre sur le retour, sur le retour depuis assez longtemps. J’aime tout de lui : son sourire faux comme une photo Harcourt; sa cravate motif dégueulis offerte par Edgar Faure au banquet radical de 1978; la rosette obtenue à sa troisième réélection à la présidence de l’Association franco-allemande de la science et de la technologie ; les lèvres jouisseuses qui me font penser à la menace de la manif de prostituées de 2002, devant le palais du Luxembourg, de révéler la liste des clients. M. Laffitte est sénateur depuis 1985. Ne change pas, je t’aime comme tu es mon biquet.

Dans un fauteuil.

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