Le i-forum participatif

 

Dramas

février 10th, 2004

«Leave me, loathsome light / Receive me, silent night»«Y'a Gérard Carreyrou!»«That will be all Joseph»

Sémélé, le bel et dernier opéra de Haendel, donné au Théâtre des Champs-Elysées, a d’abord été un oratorio. Costumes de plus en plus éclatants (et kitsch), acteurs commediante et mise en scène somptueuse. Dans la salle, 50% folles lyriques (en pantalon de cuir?!), 35% saint-cyriens, 15% people: Fanny Ardant me regarde de sa figure de masque poudré de riz, de son rictus carnassier. Ma mère: «Elle a beaucoup vécu…» Mon père: «On dirait Armande Altaï.»

Aurélie n°37 habite au bout du bout d’un quartier perdeux, mais pas le même que BoxingBoy. LeFaune, n°37 et Comité sont en train de regarder des vieux French&Saunders: faux clip dépressif d’Abba, fausse série d’époque répétitivissime, divas d’opéra interprêtant «I Should Be So Lucky».

«c'est tout cousu main?»«j'aime bien comme tu racontes les blagues»«je sais que ça va passer...»

Genesse

février 9th, 2004

Au début, il y avait un vague et vide tohu-bohu. Trivial, flagrant, panvagant. Puis Dieu créa la merde de chat. Puis il y eut Rick. Un Américain. De West Hollywood. Alors Dieu lui dit : « Les Afghans aussi ont droit à la magie. La caque sent toujours le hareng. »

Puis il y eut Fabien. Un Bordiguiste. D’Ozoir-la-Ferrière. Et Alicia, de l’Oise, Alicia-Fabien, d’un pays qui ne délivre aucune carte de séjour, William, des Ulis, Lise-Marie, des Abîmes, Patrick, de prep’ENA, M., de C., Boy, de Chelsea, François, d’Act-Up, et bien d’autres. Dieu vit que cela était bien alors il dit : « Yes ! So crazy right now ! ».

Puis il créa les putes à frange, la campagne pour les élections régionales de Jean-Paul Huchon et toutes ces sortes de choses. Alors il dit : « La dernière chose dont j’ai besoin, c’est vraiment qu’on me prenne pour une conne ! D’où vient l’argent ? ».

Il y eut aussi Freedonia, San Angelo, Belfast at Berlin, le Pulp, le baccalauréat, le graphisme putassier et fashion, la cravache, la gerboise, l’abîme corporate. Alors il vit ce petit monde prendre forme et dit : « C’est de la charlatanerie, ou bien ? »

Il vit que ces gens simples étaient tristes, heureux, ridicules et magnifiques comme des Deschiens. Il se sentit tout en un coup isolé et débordant d’amour. Il eut chaud extrême en endurant froidure. Il acheta deux parts de moelleux au chocolat à la Croissanterie, alla en face de l’UGC-Ciné-Cité-Les-Halles pour les manger l’une après l’autre. Il eut envie de vomir mais toussa et s’écria : « Mort aux jeunes ! ».

Le monopole du coeur

février 8th, 2004

Devant le «Grand Débat» («Voilà, c’est la fin de cette heure de Grand Débat, mais il y aura d’autres événements sur TF1 d’ici les élections régionales. Tout de suite, Julie Lescaut…») et du chablis, François-Fillette et moi nous demandions pourquoi tant de connivence entre Dominique Voynet et Bayrou. Après, ivre et porteur de la grippe de la dinde de B2, bref malade, j’essayais de suivre: ACT-UP va-t-il mourrir? Doit-il mourir? Est-on condamné à tromper son mec? Si oui, faut-il coucher avec la Gerboise? Si oui, doit-on avoir l’exhibitionnisme de le révéler dans les jeux potache de Matthieu de C*** de Ffff’? Pourquoi les assos pédées, c’était mieux de notre temps? le queer est-il fernandézien quand on a 2 grammes d’alcool dans le sang?

Un jeudi, aussi, plutôt à marquer d’une pierre blanche: conférence géniale et oraculaire de Michel Aglietta (dont les «dix ans d’ici à ce que les masses paysannes chinoises aient été intégrées dans l’économie urbaine» rappellent tant «l’armée salariale de réserve»), échanges rigolos et pythiques avec mon Directeur («tiens, si je vous montrais le bar du Raphael?»), tout ça. Et Dominique Voynet de nouveau vrais-gens et sympa à la télé.

Vendredi, gastro mais échange instructif et soirée belle avec Gilles. Dont il ressort qu’il ne faut pas tromper son mec (et que ça se sache). Comme la phrase précédente est syntaxiquement douteuse mais fidèle à ce qui s’est dit, on en reste là dans la clarification.

«Quelle toune!»«Naples ce serait bien.»«Je ne suis pas possessif, mais je ne veux pas apprendre ça»

Samedi, saturation du planning: commander la bouffe de l’anniversaire de SophCo + acheter des dés pour mon jeu de société + piscine + rendez-vous prévu de longue date avec mon amie Morgane + «allo c’est Arnaud ça te dit qu’on se voie» + un dîner sous prétexte de sauternes avec Alex J. et SpankingBoy + «une soirée chez un ami américain, si ça vous dit de venir…».

Morgane, comme à Londres il y a deux ans, bout de projets, de jeunesse, de ragots frais sur nos anciens collègues (à Cannes; à Marrakech; à Valence puis sans doute à Bruxelles; Alençon c’est en Normandie?; à Beyrouth mais il rentre plus tôt que prévu; à Londres, ou à Paris je sais pas?). Mais Arnaud dit: «Ah non, j’ai des choses à te dire, je veux pas que ta copine soit là!» Chez moi, c’est aussi un peu Beyrouth mais c’est pas grave. Arnaud dit qu’il est inexpérimenté face aux relations ou il y a un jeu de séduction et de l’épaisseur de caractère d’abord («même avec Marc c’était différent, ça s’était fait par annonce tu vois»). Au bout du téléphone, il y a la voix de Comité et tous les mots que le cliquetis de LizMary tchattant ne dira pas.

«Pour 10 smørebrøds achetés, un offert»«3 heures c'est trop tôt pour commander un martini non?»«Il paraît que Bruxelles ça bouge pour la danse contemporaine.»
«Au Maroc, les mecs passent devant les femmes dans les files d'attente.»«Oh non, tu vas pas passer l'aspirateur!»
«Ils se sont parlés 45 minutes au téléphone aujourd'hui...»

Chez SkankingSpadon, le foie gras n’est pas bon de l’avis d’Alex J. («je ne gagne plus que 880€ par mois, par l’assurance-chômage des profs»). Mais le sauternes et le meursault déchirent. Frédéric est susceptible sur l’alsaçophobie et les ex- de BoxingJockstrap, et hypocondriaque («mes parents sont pharmaciens»). Caroline (soeur de BoxingToune et mère des enfants d’Alex J.) «veut du sexe» et nous racontent que les djeun’s du 7ème s’insultent. Il y a du jazz et de la tranquillité, mais le 15e c’est loin et perdeux.

«Ca fait quand même 6 ans de thèse?»«Tu peux mettre '500$' sur mon ventre.»«Normalement il faut du parmesan mais il a acheté du gruyère...!»
«Une 'teuillepu' ? Ou alors, c'est en en fauconnerie: 't'oeil-pû'?»«Mes amis à l'époque je pouvais pas les voir, j'étais violent...»

RP, mon ex-prof des prépE.N.A, m’avait dit: «dînons chez Bofinger» puis «… une soirée. Ca commence à 10 heures mais j’y serai vers 11 heures.» Fête chez la grande histoire d’amour de sa vie, et dans laquelle j’apprends qu’il a «été hétéro avant» et qu’«il y a trop d’hétéros ce soir, je suis déçu». Au deuxième gobelet de whisky, ses assauts contre ma «correction-politique» donnent à peu près: «Je suis d’extrème-droite: sur l’immigration, je pense qu’on aurait dû encore plus tout fermer depuis Giscard… je suis d’extrème-gauche sur les questions sociales». Et autres horreurs nondescript, notamment sur Gilles (remarques en-dessous de la correction tout court, et que je mets sur le compte de l’hébriété). Apologie de Renaud Camus et Jean-Paul Marcheschi (peintre inconnu de moi), ses amis. RP est un peu (légitimement à mon sens, pour le coup), fâché/aigri contre la position sociale des conseillers d’Etat, dont peu trouvent grâce à ses yeux («Qu’est-ce qu’il a de plus que moi Bernard Stirn? Il est con, gros et moche!»). Autour, frénétique agitation de dizaines de trenta/quadra bobo, dans un 200 m² haussmannien (d’où vient l’argent?), sur Britney Spears ; dont il ressort que les hétéros gras/musclés, avec un style snob branchouillado, restent mon genre. Je prends la Noctammarche jusque chez moi.

«Il faudrait monter un cabinet d'avocats avec tous les bras cassés...»«sans forfanterie, je peux me la faire la grosse Libanaise, juste pour vous montrer...»«Il y a des lesbiennes iraniennes qui sniffent de la coke dans la salle de bain!»

Je suis sur la liste naïve madameJe me suis acheté un string à 30 euros, mes parents sont d'accord
Daisy qui joue au golf, c'est queer ou bien ?
Ça manquait de putes à franges ce soir
Because we are your friends, you'll never be alone again, so come on

J’ai essayé des robes William Geandarme. Mon colocataire a pris des photos de moi avec un appareil radio-cassettes, un casque et une machine à coudre. Ils ont changé le disque dur de mon ordinateur. Fabien et moi avons acheté le même disque compact au même moment, dans deux magasins FNAC de banlieue parisienne (à Noisy-le-Grand et au Forum des Halles). Louise n’a pas voulu passer me voir et je lui ai raccroché au nez. Ma mère m’a raconté comment elle s’était invitée chez sa sœur et sa nièce. Quelqu’un a appris quelque chose sur quelqu’un d’autre et n’a pu prononcer que le mot « qui ». Comment c’est dingue, ce qui se passe, tu as vu. Pourtant, jamais_rien_ne_change, oh non non. Comme je l’aime.

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