Le i-forum participatif

 

Orgulho

juin 13th, 2004

Une grande marche sympa, par un froid d’automne. Aucune violence, j’en finis par me demander si les autorités n’ont pas «nettoyé» la ville avant l’arrivée de Kofi A. Le PCdoB, le PSOL et le PSTU («diga não à homofobia et às reformas de Lula e do FMI») se battent pour l’électorat LGBT local. Des gens m’ont abordé (grâce à mon total look casual-CNUCED), moins jolis d’ailleurs que leur non-interprête: les Brésiliens n’apprennent semble-t-il ni l’anglais, ni le français à l’école. Des travelos super chouettes (pas la patrie du trangénérisme pour rien), de l’alcool et du churrasco en vente libre sur la chaussée, un peu de solitude aussi; c´était un moment si digne d’être partagé avec les folles latinophiles, genre Gilles et Crame.

Tudo Bem

juin 13th, 2004

La rumeur disait: Saõ Paulo est moche et dangereuse. Les conseils aux voyageurs du ministère classaient tout le centre-ville en zone à risque. Au téléphone, un ami de mes parents, bon connaisseur du Brésil, demandait: «tu vas à Rio pendant ton séjour?» Le Guide du routard, dans un grand mouvement d’euphémisme, affirmait: «on ne peut l’apprécier qu’au bout d’une semaine, et c’est un bon endroit pour découvrir le Brésil.» Seul, au téléphone, Comité se voulait positif: «il paraît que la prostitution est bon marché là-bas.»

La ville, enfin le centre-ville, rappelle pas mal les downtowns des États-Unis, surtout ceux des villes latinas, comme San Francisco ou San Antonio; avec, néanmoins, la végétation subtropicale en plus. Il y a plusieurs îlots immenses de gratte-ciel, certains effectivement assez laids (genre La Courneuve), d’autres très chouettes, années cinquante, dans le style paquebot ou international (sans néanmoins l’audace de Brasilia). Un building qui évoque la pyramide Transamerica à SFO. Dans l’intervalle, de grandes zones résidentielles verdoyantes. Le tout ne donne pas l’impression d’une ville ou d’un pays pauvre, type Viêtnam, du fait du traffic automobile, de l’approvisionnement des magasins et des vêtements occidentaux, ou de l’absence d’handicapés de guerre ou de détails sanitaires révélateurs (maladies de peaux, etc.). Il est vrai qu’on a consciencieusement évité les favellas et quartiers populaires. Plutôt, on a l’image d’une partie de SimCity par un joueur peu effrayé par les bretelles autoroutières en centre-ville et le zonage sans solution de continuité.

On mange bien, rumeur exacte celle-là. Visité le musée des arts, à l’architecture moderne réussie; les collections sont vraiment sublimes. A notre sortie, un petit morceau de lesbian pride s’était mis à l’abri de la pluie froide, sous le tablier de béton du musée. Internet m’apprend que la marche pauliste ne rassemble pas seulement 500 lesbiennes et leurs amis jongleurs (sic) pédés le samedi, mais 200 000 personnes aujourd’hui dimanche.

Voir tous ces gens sympas mais sans capacité de leur parler, et rester coincé avec des collègues de la délégation française, gentils mais un peu de droite (merci Barbour), a été un grand moment de solitude. Du coup j’ai assez envie mais un peu peur (toujours les rumeurs de violence, tout ça) d’aller à la marche tout à l’heure.

La fin de mon samedi, à larmoyer devant la chute *tellement émouvante* des Demoiselles de Rochefort (sous-titrées en portugais). Eclaté, dans la belle chambre du super-moche hôtel où logent tous les délégués de la CNUCED, choisi du fait de sa contiguité au centre de conférence. Le boulot commence demain (en vrai aujourd’hui mais ça a déjà l’air super-saoulant donc j’y vais doucement), là je glande dans le centre des Etats et des ONG (dans ONG ils mettent aussi les frites McCain curieusement).

Mes objectifs de cette semaine:
– me faire offrir un des pin’s hyper-beaux du Partido dos Trabalhadores par Lula;
– récupérer un des badges super chouettes, émaillés, de la CNUCED XI;
– voir José B., dont le rôdage in situ électrise toute la délégation française.

argent et bonheur.

juin 11th, 2004

Je suis retourné voir Jacky et Jef à la Paierie générale. «Vous n’êtes jamais venu ici?» (si.) «Alors vous devriez savoir qu’il faut avoir ce formulaire en trois exemplaires.» (ben, non).

Après, j’avais rendez-vous avec Monsieur B., de la Banque transatlantique. Nommer un usurier comme un paquebot de ligne ou une chaise de plage, c’est du génie marketing, mais d’une force. Locaux art-déco, fauteuils club crème, réceptionniste onctueuse; et Monsieur B: Plus grand que moi, blond, chic (d’où vient l’argent?… question idiote), la trentaine, souriant, une alliance au doigt et vraisemblablement de droite. Il me propose un garot modulable et adapté aux besoins des agents du Département. Il me parle des affectations étrangères bien payées, où je ne veux pas aller, je mélange deux superstitions: «croisons les bois» (beau lapsus).

Pour briser le charme, j’ai mangé dans un fastfood.

Aujourd’hui, j’ai assisté à une réunion sur du néant, avec le Medef et un directeur d’administration centrale qui se déstressait avec un komboloi, l’arme du glandu grec. Il a été trois ans en poste à Athènes, m’apprend sa fiche de l’Annuaire; mais ça n’excuse pas tout.

Deux des sept agents de ma sous-direction jonglent — ce qui en passant me rappelle que j’ai envie, dans les manifs, de taper les jongleurs faux-cool alter-.

Un courrier interne peut mettre 13 jours à parvenir, soit 10 jours pour se perdre et 3 jours pour que le second envoi descende deux étages.

Ca fait une semaine que je suis dans l’état d’esprit de répondre aux petites apories des procédures administratives, du genre: «pour obtenir des lettres signés du ministre, il faut écrire à la sous-direction des ***, qui transmet au protocole, qui transmet au cabinet, puis retour» (mais c’était urgent?!), ou «nous n’acceptons plus les badges de fonctionnaire pour donner un badge de visiteur au ministère des finances», ou «pour les procurations il faut telles et telles pièces justificatives et leurs photocopies» (mais votre site dit autre chose, et une photocopie c’est payant donc ce serait payer pour voter?!). La réponse est comme chacun sait: «parlez-en à» (mon chef, le webmestre, mon cul)

Et, bien sûr, nous sommes en train dans ma sous-direction d’écrire un plan d’action avec des *objectifs*. Heureusement qu’il est structurellement impossible de nous assigner des indicateurs de performance.

J’ai peur de dire des trucs de droite horrible, de donner l’impression que je penserais que l’entreprise est un lieu de rationalité et d’efficience. En fait, je crois sincèrement que l’Etat est utile, que son périmètre actuel est légitime; mais il se pourrit des maladies des grandes organisations (publiques et privées): usure individuelle des agents, dépossession des échelons d’exécution de toute autonomie et donc irresponsabilité généralisée (puisque le vrai responsable est introuvable), routines, jonglage au bureau.

TEG

juin 9th, 2004

Pendant 27 ans, on a réussi avec mes parents à éviter tout sujet de conversation réel, c’est-à-dire balzacien. Rien sur le cul, les sentiments, l’argent, leur passé. Des échanges denses comme celles de feue la Reine mère, les corgies en moins, la politique en plus.

Et là, rapport à l’immobilier, on discute donations, partage, et à demi-voix héritage. Je ne suis vraiment pas sur mon terrain, les jésuites ont au moins réussi à m’inculquer la peur de l’argent (ou des conversations sur). Vivement qu’on parle des résultats d’Europe Espéranto, et de pourquoi Firmine Richard est sur la liste PRG de Taubira («pour ne pas vivre seule».)

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