Le i-forum participatif

 

Tudo Bem

La rumeur disait: Saõ Paulo est moche et dangereuse. Les conseils aux voyageurs du ministère classaient tout le centre-ville en zone à risque. Au téléphone, un ami de mes parents, bon connaisseur du Brésil, demandait: «tu vas à Rio pendant ton séjour?» Le Guide du routard, dans un grand mouvement d’euphémisme, affirmait: «on ne peut l’apprécier qu’au bout d’une semaine, et c’est un bon endroit pour découvrir le Brésil.» Seul, au téléphone, Comité se voulait positif: «il paraît que la prostitution est bon marché là-bas.»

La ville, enfin le centre-ville, rappelle pas mal les downtowns des États-Unis, surtout ceux des villes latinas, comme San Francisco ou San Antonio; avec, néanmoins, la végétation subtropicale en plus. Il y a plusieurs îlots immenses de gratte-ciel, certains effectivement assez laids (genre La Courneuve), d’autres très chouettes, années cinquante, dans le style paquebot ou international (sans néanmoins l’audace de Brasilia). Un building qui évoque la pyramide Transamerica à SFO. Dans l’intervalle, de grandes zones résidentielles verdoyantes. Le tout ne donne pas l’impression d’une ville ou d’un pays pauvre, type Viêtnam, du fait du traffic automobile, de l’approvisionnement des magasins et des vêtements occidentaux, ou de l’absence d’handicapés de guerre ou de détails sanitaires révélateurs (maladies de peaux, etc.). Il est vrai qu’on a consciencieusement évité les favellas et quartiers populaires. Plutôt, on a l’image d’une partie de SimCity par un joueur peu effrayé par les bretelles autoroutières en centre-ville et le zonage sans solution de continuité.

On mange bien, rumeur exacte celle-là. Visité le musée des arts, à l’architecture moderne réussie; les collections sont vraiment sublimes. A notre sortie, un petit morceau de lesbian pride s’était mis à l’abri de la pluie froide, sous le tablier de béton du musée. Internet m’apprend que la marche pauliste ne rassemble pas seulement 500 lesbiennes et leurs amis jongleurs (sic) pédés le samedi, mais 200 000 personnes aujourd’hui dimanche.

Voir tous ces gens sympas mais sans capacité de leur parler, et rester coincé avec des collègues de la délégation française, gentils mais un peu de droite (merci Barbour), a été un grand moment de solitude. Du coup j’ai assez envie mais un peu peur (toujours les rumeurs de violence, tout ça) d’aller à la marche tout à l’heure.

La fin de mon samedi, à larmoyer devant la chute *tellement émouvante* des Demoiselles de Rochefort (sous-titrées en portugais). Eclaté, dans la belle chambre du super-moche hôtel où logent tous les délégués de la CNUCED, choisi du fait de sa contiguité au centre de conférence. Le boulot commence demain (en vrai aujourd’hui mais ça a déjà l’air super-saoulant donc j’y vais doucement), là je glande dans le centre des Etats et des ONG (dans ONG ils mettent aussi les frites McCain curieusement).

Mes objectifs de cette semaine:
– me faire offrir un des pin’s hyper-beaux du Partido dos Trabalhadores par Lula;
– récupérer un des badges super chouettes, émaillés, de la CNUCED XI;
– voir José B., dont le rôdage in situ électrise toute la délégation française.

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