En Serbie, les très divers partis favorables à la «vocation européenne» du pays remportent une courte victoire sur les nationalistes de feu Milosevic (le parti socialiste, qui malgré son nom et en dépit à l’époque du soutien du PS français, n’est pas membre de l’IS) et des radicaux du criminel de guerre présumé et ascète des prisons hollandaises, Vojislav Chechelj. Ces derniers demeurent la première force du pays mais ne pourront constituer de gouvernement, tâche délicate qui revient aux démocrates du président Tadic, qui devront s’allier aux conservateurs louvoyants (DSS) du premier ministre sortant Kostunica, aux thatchériens G17+ du ministre des finances Dlinkic, à une coalition libérale/centriste (membre de l’ELDR, pro-UE, OTAN, TPIY, bref en pointe parmi les pro-occidentaux) ainsi qu’aux partis ethniques rom, du Sandjak (province frontalière du Montenegro, majoritairement musulmane) et hongrois de Voïvodine (LSV et VMSZ). En clair, ce n’est pas gagné mais si tout ce petit monde semble s’y résoudre pour l’instant.
«Après avoir été si grossièrement interrompue» (comme le dit le speaker de la BBC le 8 mai 1945), Freedonia, l’antenne exploratoire, reprend ses émissions. Malheureusement, le soutien technique (merci Patate, Maaxxx) n’a pas été capable de récupérer les commentaires, qui sont tous disparus dans les sables du web 2.0. C’est pour moi une perte douloureuse; je me rappelle le premier, d’Ivan, qui disait «mon Dieu, PatCo, tu as fait un travail de titan» et le second, de Comité, «Luis Rego en a rougi, lui qui n’a qu’un site tout pourri», je me rappelle la logomachie de Fillette seul contre mille défendant le miliTantisme dans une époque sans engagement, les passions télématiques illusoires, les retrouvailles, les fâcheries, les lueurs inouies d’Emmanuel de Ngroung, AC&P constatant en 2006 qu’«on avait de vraies discussions ici en 2004». Beaucoup s’est passé infrapaginalement ici.
Pour les quelques lecteurs assidus de la semaine politique de Freedonia, j’ai reconstitué les épisodes du mois de janvier.
Larme à l’oeil de Mme Ch¤ban, roucoulement de B¤lladur, présence de Douste-Bl¤zy sur les photos, discours supposément mitterrandien (comprendre: des sourires, pas de hurlement et plus de 100 mots de vocabulaire), couverture maximale et critique médiatique minimale mais ça comme d’habitude, chiffres castristes de présences et de soutiens, Sarkozy a bien géré son congrès porte de Versailles. Il y a quelque chose, du lyrisme?, quand il évoque le courrier de la fille de Mendel à Laval, car il est facile d’usurper les slogans, l’éloquence et le courage d’autres (Jaurès, Blum, Moquet, «tout est possible»). La réalité néo-fasciste de fond affleure toutefois, dans l’indifférence presque générale, quand Sarkozy parle deci du courage des «colons de l’Empire» et delà propose de ne pas faire accéder les étrangers en situation régulière au droit au logement opposable. (dire «préférence nationale»).
En face, concours général de gaffe de la semaine. Hollande propose d’augmenter l’imposition des revenus supérieurs à 4000€. Il est démenti par Royal, qui fait appel à DSK pour réfléchir, qui dit que c’est logique puisqu’elle ne l’a pas fait jusque -à. Dans une ambiance passablement pourrie entre Solférino et la bande à Royal boulevard Saint-Germain, et tandis que les fabiusiens rodent la rancoeur aux lèvres, Montebourg note que le principal défaut de Ségo, c’est François. N’est pas Catherine Lara qui veut.
Cette semaine-là, Freedonia, la boussole de la diversité, aurait pu aller dans l’océan Indien. Je ne suis pas sûr de comprendre tous les tenants et aboutissants de la politique à Mayotte, historiquement dominée par la droite modérée. Il me semble que, comme à la Réunion, elle est marquée par une grande stabilité des élites dirigeantes, l’atomisation partisane, le népotisme, l’errance idéologique, et les arrangements entre notables qu’ils permettent. A la Réunion, les Vergès père, fils et petit-fils (Raymond, Paul, Laurent, Pierre, et maître) dominent depuis 1945 le Parti communiste réunionnais, qui s’est plus qu’à l’occasion écarté des canons du marxisme-léninisme et de Fabien. Dernièrement le PCR s’est allié à plein de gens (dont l’UDSR, si si, ça existe encore là-bas), y compris les réformistes radio-télévisés de FreeDOM de Camille Sudre. Lui-même est l’ex- de Margie, ancienne sous-ministre des casques de traduction, et impavide égérie de la droite locale. A droite toujours, le jusque-là indéboulonnable député-maire du Tampon, André Thien Ah Koon, récent fondateur du Parti populaire, vient de perdre ses mandats après avoir été condamné en justice. Autres stars sous le piton, Raymond Barre, natif de l’île, et Entonnoir Debré qui y fut parachuté jadis.
Avant le congrès plébiscitaire, Sarkozy enregistre des «ralliements» de dernière minute : abandon d’Alliot-Marie, soutien déjà annoncé d’Alain Juppé (qui a lui aussi tué le père il y a quelque temps). Villepin fait profil bas mais continue d’attendre son heure, sait-on jamais. Parallèlement, Royal voyage en Chine pour asseoir sa «crédibilité internationale» mais confirme à son futur ex-électorat de profs qu’elle est semi-illettrée (heureusement, après la primaire socialiste):
Cette semaine, Freedonia, la corne de brume 2.0, se rendait en Bretagne, archétype de l’écologie politique hyperlocale. A la montagne rouge (la patrie de ComitéCentral), on bouffe du «corbeau de malheur» à soutane de temps immémorial et on vote souvent communiste, mais 20 kilomètres plus loin les curés font la loi. Les Côtes d’Armor et le Nord-Finistère furent en outre à partir des années 1970-80 une des terres de mission du mitterrandisme, tendance JAC. Les grands ports sont pour la plupart marqués à gauche, Vannes faisant exception dans un Morbihan solidement conservateur, comme plusieurs aires rurales de la Bretagne intérieure. Rennes, grande ville universitaire et administrative, est un autre point d’appui socialiste, mais l’Ille-et-Vilaine (avec l’aide encore une fois du découpage Pasqua) illustre bien le caractère fondamentalement modéré et cul-bénit de l’Ouest. L’incarnation de cette Bretagne extérieure, car on a que ce qu’on mérite, est Méhaignerie (Madelin, un banlieusard parachuté là de longue date et qui n’a de breton que le beurre salé, a annoncé son retrait de la vie politique).
Après une prestation radio-télé relookée sur la forme et pleine de promesses sur le fond — la promesse c’est un peu le versant idéologique du chiraquisme –, les voeux de Chirac aux corps constitués sont considérés comme pugnaces, même si la presse se complaît à parler des «derniers».
Parallèlement, et sous la plume de l’ancien ministre de la crise du logement Besson, le PS sort une analyse à charge du sarkozysme comme atlantisme et thatchérisme. Mini-flop, en tout cas pas énormes échos.
Surtout, ce qui ressort des vacances, c’est l’incroyable perméabilité entre la gauche et le vote «Bayrou». Des électeurs PS sensible au thème européen bien sûr, mais aussi de la LCR ou de Chevènement (?!). Ce qui peut expliquer la porosité est me semble-t-il double : que Ségolène soit blairiste fait sauter le tabou de voter utile et de droite dès le départ ; l’agrégé Bayrou fait vibrer la fibre des profs.
La région de la semaine, c’est Rhône-Alpes. La Blache a dit que Lyon fait sa région, économiquement. Lyon l’a, en parallèle, construite politiquement, même au-delà des frontières administratives (Perben, qui a des visées au confluent, se fait élire à Chalons qui est encore dans l’aire lyonnaise. Il tente actuellement un bonneteau complexe pour récupérer la circonscription centrale de Ch. Philip: nommer Boyon au CSA, ce qui libérerait la présidence de RFF pour Philip, qui refuse jusqu’à présent).
Lyon a dispersé dans la vallée rhodanienne les ouvriers de la soie; les industriels et négociants lyonnais ont structuré les réseaux de la petite bourgeoisie boutiquière et marchande rhônalpine qui trouva, mieux qu’en quiconque, à s’incarner dans le tanneur de Saint-Chamond, ancien pétainiste et endetteur public gagé sur l’or in aeternum, Antoine Pinay. Les ex-canuts fournirent, avec l’industrie et l’université grenobloise et les réformés de l’Ardèche, les gros bataillons d’une tradition de gauche, par endroits (banlieue de Lyon et Saint-Etienne) communiste, habilement masquée et charcutée par le découpage électoral Pasqua. Noter le look paléo-Gromyko de l’orthodoxe André Gérin.
Les soyeux et intermédiaires, héritiers d’un «apolitisme» copinier appelé pradélisme puis barrisme à Lyon, furent et restent l’armature de la droite, avec les ruraux réactionnaires et chrétiens de l’Ain (cf. Millon) et de Savoie, quelques gaullistes pur jus (Mazeaud), et un archétype du jeune loup 80’s, Alain Carignon (Michel Noir ayant trouvé à s’employer dans le spectacle après avoir tâté du haïku). Lequel revient après avoir payé sa dette à la société et grâce, notamment, à l’indéfectible amitié de Sarkozy. Modèle nineties, le gaulliste immobilier local s’appelle Gaymard.