Le i-forum participatif

 

In cauda venenum

mars 30th, 2007

Barbouzerie majuscule cette semaine, avec «l’affaire» de la gare du Nord. Interpellation musclée (lire: tabassage) d’un fraudeur du métro — là je me suis dit: le compte de l’Etat-Sarkozy est bon. Coup de fil de Sébastien H., qui m’apprends par ailleurs d’autres piêtres nouvelles: non non non, c’est un très bon coup de la droite, monté même peut-être; le type est sans papiers et repris de justice. Suivent des heurts (lire: bataille de rue) télégéniques à mort. Vu de Ruritanie, avec à ma disposition seulement les sondages (lire: cartomancie) et «la Pravda» pour me faire une idée des effets sur l’âme du pays, l’impact en reste pour moi mystère et boule de gomme.

Tout cela efface le non-évènement du ralliement de Borloo à Sarkozy. Un souper fin et prolongé pour parler de la France monsieur, non pas de mesquins intérêts maroquiniers. Bayrou affiche les soutiens qu’il peut: Azoug Begag, sous-ministre à la panne de l’ascenseur républicain, et François Goulard, sous-ministre de la privatisation universitaire (qui connaît monsieur Goulard?). A propos, gaffe de la semaine, le bouquin de Besson, qui a de grands bleus à l’âme et ne pense que du bien de Sarkozy — mais que faisait-il au PS? — est en tête des ventes.

Le même Sarkozy quitte le ministère de l’Etat policier au bénéfice du gendre Drucker. Dans ce (peut-être?) dernier jeu de bonneteau chiraquien dans le septième arrondissement, il est remplacé par un des deux seuls futurs ex-villepinistes de la Chambre, Mariton (sauras-tu nommer l’autre?). La voix de son maître, Xavier Bertrand, cède le ministère de la charité et du patriarcat à Philippe Bas, comme son nom l’indique (36-15 Lacan) servile créature du Château.

Et si on lisait plutôt l'avenir dans des boyaux de poulet?

Voilà qui nous amène (ou pas) à la toute dernière région de la série pré-électorale, la Lorraine. Comme dans le Nord – Pas-de-Calais, l’implantation de la gauche recoupe de façon étroite l’ex-bassin sidérurgique et minier. Depuis lurette le PCF n’a plus de député dans la région, mais il reste fortement implanté dans le Pays Haut (le saillant de Briey, ainsi que les aires mosellanes voisines). Comme on l’a évoqué plusieurs fois, son érosion accélérée se fait au profit du PS qui récupère la représentation institutionnelle, et du FN dans les urnes: à Sarrebourg ou en Moselle, un quart des suffrages en 2002 — vote d’ex-bassins ouvriers en déserrance mais aussi de campagnes conservatrices et pieuses, comme dans l’Alsace et la Champagne voisines. A droite, la région est historiquement plus gaulliste qu’UDF, avec la haine titanesque Poncelet / Seguin dans les Vosges. La Lorraine a néanmoins donné à la confédération centriste de jadis une palette de leaders insubmersibles et inoubliables: radicalisme à l’ancienne de Rossinot (qui devrait céder la place à un Valoisien frais émoulu, Hénart), centre-gauche/centre-droite mais surtout centre-mirabelle de Jean-Marie Rausch à Nancy (noter la pompadour très PCUS), fascisme giscardisé de Gérard Longuet dans la Meuse.

Encore un ptit pour la route?

Quinzomadaire

mars 26th, 2007

Samedi, dans un bistrot-guinguette des Puces: «Gégé, tu peux envoyer la tête aussi?»
Dimanche: Un expo et un déj du côté de chez Ségolène avec Papa, une promenade d’été avec Pif, une Suze-cassis quand même avec Mamy et Thérèse.
Lundi: En compagnie d’Idan et Alex, manger du tarama nonpareil et l’apfelstrudel confectionné par des rescapées des camps inindemnisées.
Mardi-Jeudi: «Monde épais, lourd, sans idéal.» (Spillaert)
Vendredi: A Anvers, noie l’ennui dans la shopping-thérapie et les soirées à mèches, pois et jeans étriqués.
Samedi, dimanche: A Anvers, après 7 mois de Benelux, enfin trouver a homey place.
Lundi-jeudi: après 7 mois d’hiver polaire, aurore boréale sur la Ruritanie.
Vendredi, c’est tzatziki.
Samedi, au Cockring (comme son nom l’indique): croise le regard et la nuit d’un camarade de promotion de Ian et Japhet à la All-American Boyfriends University.
Dimanche: changement d’heure et pot-au-feu. Changement d’heure, donc guingois moral, d’où pot-au-feu de rassérénement.

Faconde

mars 23rd, 2007

La première nouvelle de la semaine est l’annonce par Entonnoir Fils, frais émoulu président de la justice constitutionnelle aux ordres, de la liste officielle des candidats. Bové et Besancenot ont réunis leurs 500 signatures, comme bien sûr le Pen malgré son martyrologue quinquennal, ainsi que Nihous, contrairement à ce qu’annonçait Freedonia, ma fourche a langué. Cadeau de la semaine, la radio électorale exclusive de Freedonia, il est temps de faire confiance à la France, qui respecte l’ordre officiel des candidatures mais pas l’égalité du temps de parole (pogne la fleur):

Prologue
«La Victoire en chantant»
Renaud – «Hexagone»

La Caravane du Tour
Olivier Besancenot / The Carpenters – «Please Mr. Postman»
Marie-Georges Buffet / Neutral Milk Hotel – «Communist Daughter»
Gérard Schivardi / Gazebo – «Trotsky Burger»
François Bayrou / Petula Clark – «I Don’t Know How To Love Him (Jesus-Christ Superstar)»
José Bové / Maquis Star – «Roquefort Society»
Dominique Voynet / Al Hirt – «Green Hornet»
Philippe de Villiers / Led Zeppelin – «Royal Orleans»
Ségolène Royal / Diam’s – «La Boulette»
Frédéric Nihous / Les Fatals Picards – «Chasse, Pêche et Biture»
Jean-Marie Le Pen / Philippe Katerine – «Marine Le Pen»
Arlette Laguiller / Trotsky Vengaran – «Justicia Infinita»
Nicolas Sarkozy / Amy Winehouse – «You Know I’m No Good»

Bonus partialité
Soeur Sourire – «Dominique»

Epilogue
The Knife – «Marble House»

Le gagnant emporte le droit à cinq ans de complaisance de Patrick Poivre d’Arvor et l’incorporation de sa chanson à Radio Freedonia, toujours du côté du manche.

Autre nouvelle de la semaine, le soutien de la corde au pendu, en l’occurrence le murmure d’endossement de Sarkozy par Chirac. Sarkozy quitte le gouvernement lundi prochain, ce qui ne laisse qu’un petit mois aux cabinets noirs du chiraquisme pour parachever le travail de sape déjà largement entamé avec l’histoire de l’appart de Neuilly.

Bayrou retombe apparemment un peu dans les sondages, qui doivent faire leurs enquêtes les uns chez les autres («Allooo, oui, c’est Jérôme Jaffré… J’aimerais savoir quel pourcentage de Roland Cayrol vote Bayrou?»). Comme le pointe un rappel à l’ordre de la commission des sondages, les méthodes des sondologues tiennent à la science autant que la phrénologie de Gall ou la théorie reproductive de Gallien.

Au demeurant, le camembert plat (brie?) ci-dessous montre le caractère atypique de la coalition de votes que Bayrou réunit continue de peser sur les intentions de vote à gauche, historiquement basses.

Sinon, j’ai dû laisser passer il y a une ou deux semaines ce qui me semble la Boulette d’or de la campagne so far, du genre de celle emportée en 2002 par le conseiller qui avait refusé le «off» pour l’«usé, vieilli, fatigué» de Jospin: Sarkozy confirme ne pas boire de pinard. N’est-ce pas se préparer, contre lui-même, l’union sacrée des fumeurs de beuh et des piliers de zinc, la sainte alliance pour la seule France, la vraie France, la ouais grosse France, la France psychotrope? L’idéal serait que Sarkozy aille au bout de l’idée en traitant les gobeurs d’anxiolytiques de feignasses assistées.

«Le centre n'existe pas, et s'il existe il est à droite» (Laurent Fabius)

Provence-Alpes-Côte d’Azur est la région de la semaine. Plusieurs régions en une comme son nom l’indique, et plusieurs traditions politiques:
– quartiers ouvriers, historiquement rouges, des chantiers navals et des banlieues pétrochimiques – en déserrance – de Marseille, qui expliquent que le PCF garde encore ici quelques points d’appui,
– un fond contre-révolutionnaire, monarchiste et bourgeois, du côté de l’ordre royal ou napoléonien, bien illustré en Provence par la ville d’Aix (cf. La Fortune des Rougon),
– une tradition concurrente de la gauche, en zone rurale pauvre et républicaine, d’Arles à l’arrière-pays varois aux contreforts des Alpes, mais aussi avec une tonalité radicale à Marseille ou longtemps à Toulon,
– un fonds ancien de racisme (des pogroms anti-italiens du XIXe siècle au Comorien poignardé par des colleurs d’affiches du FN), renforcé notamment par l’afflux des rapatriés dans la région, cultivé par plusieurs ténors locaux de la xénophobie, et entretenu par la porosité idéologique et humaine (Yann Piat, Peyrat, etc.) entre droites parlementaire et extrème.
– une foultitude, en effet, de caudillos municipaux indéboulonnables: les Médecin à Nice, Defferre à Marseille, Arreckx à Toulon, et jusqu’aux tentatives récentes de démagogues comme Tapie ou Le Pen,
– l’afflux de vieux sur la Côte d’Azur, qui, on le sait, disent merci aux escrocs de droite qui leur piquent leur portefeuille (les exemples ne manquent pas).

«Ca dépend de la grosseur des tiers.»

Gros rouge

mars 19th, 2007

Cette semaine a d’abord vu Chirac confirmer, juste après un comice agricole et avant l’inauguration de la salle des fêtes, qu’il ne se représentait pas aux prochaines cantonales. Larme à l’oeil et banalité à portée de verbe, il a célébré la France qu’il a dans les tripes, bon sang, et qu’il a si bien su gérer comme une sous-préfecture: copinage — les derniers chiraquiens prennent ces jours-ci le chemin de ce qu’il reste d’ascenseurs à renvoyer –, approximation souriante, inaction méandreuse, centralisée, poltronne et emphatique. Chirac restera comme le roi des surfers.

Sur le front des affaires sérieuses, les («petits») candidats étaient dans la dernière ligne droite pour rassembler leurs parrainages avant vendredi. Apparemment, ont les leurs, outre les quatre candidats des grandes forces parlementaires: Le Pen, Laguiller, Voynet, Villiers, Schivardi le candidat lambertiste et «des maires». Sont rique-raque: Besancenot et Bové. Sont out, Nicolas Miguet (pénalement retenu), Rachid Nekkaz (a vainement fait sa pub en achetant/déchirant le parrainage «à vendre»), Waechter (qui était candidat), surtout le candidat chasseur-pêcheur-naturel-mais-traditionnel Nihous, ainsi que l’éphèbe gaulliste Nicolas Dupont-Aignan.

Plus maligne, Corinne Lepage a quitté son propre navire avant naufrage, en rejoignant la bande à Bayrou. Elle ne doit pas être au courant que Nicolas Hulot est *déjà* le prochain ministre de l’environnement (de n’importe qui).

Comme le roi des Bédouins continue de présenter tous les signes de la fortune sondagière, Royal a battu le rappel des éléphants. Au demeurant, la gaffe de la semaine était sa phrase sur le soutien insuffisant d’iceux. Du coup, Jospin fait service minimum à Lens en continuant de tirer la gueule — ça fait presque cinq ans maintenant, il doit avoir une crampe; DSK attaque Bayrou en lui renouvelant toute son estime dans «Le Monde» puis à Charleville («à Lens» et «à Charleville» sont des lieux communs pour «devant un auditoire ouvrier»).

Et toujours pas trace d'une intention de vote pour Schivardi...

Le vase de Jean-Pierre Soisson, comme disait Karl Zéro, est un talisman qui prédit avec exactitude les résultats des présidentielles. Toujours est-il que l’ex-giscardien, ex-ministre d’ouverture, allié de toujours d’un FN implanté de longue date et qui marche notamment du tonnerre dans le vignoble avec son leader local Jaboulet-Verchayre — le FN oui, mais le FN bourguignon monsieur — ne préside plus aujourd’hui la région. Soisson dégouline un peu la réaction, les blagues d’après-boire et le banquet républicain (de nom), comme son voisin méridional Perben, et fait souvent penser à cette menace des putes lors des manifs anti-Sarko de 2002-2003: si vous nous interdisez, on balance les noms de nos clients.

Soisson a perdu la Bourgogne; «quand on l’a, on la garde» disait pourtant un célèbre Morvandiaud d’adoption, qui n’hésita pas lui non plus, successivement, à dégainer un patenôtre devant l’évêque en 1947 et à faire alors barrage de son corps au bolchevisme, puis à proclamer vers 1971 que «celui qui ne rompt pas avec le capitalisme, celui-là n’a pas sa place au PS» avant de retrouver sa voie, c’est-à-dire la troisième. 1947, 1971, 1981, C’était une belle époque, où l’on pouvait conquérir un conseil général ou la présidence depuis sa chambre d’hôtel et à coups de rythmes ternaires.

Bref. Le Morvan est typiquement bourguignon, donc centriste, modéré, fluctuant mais peu idéologique — à l’inverse de la Nièvre proprement dite, que son vote toujours à gauche rattache à cette grande aire déjà évoquée, qui va de la Vienne au Cher, à l’Allier, et se prolonge, avec le canal du Centre, jusqu’aux anciens sites industriels de Montceaux et du Creusot. La Nièvre que Mitterrand a faite à sa main, avant de l’étriller de faveurs (Magny-Cours) et de parachutages (Bérégovoy, Gorce).

A l’est, le fief bressan de Montebourg fut aussi celui de Joxe et, jadis, de Waldeck-Rochet. Il est historiquement, semble-t-il, une des circonscriptions les plus absentionnistes de France. Au nord en revanche, petits pays viticoles (où le vote de droite fut jadis proportionnel, vignoble par vignoble, au prix de vente de chaque cru) et confins ycaunais de la Beauce sont nettement plus conservateurs.

Comme Bérégovoy aussi vite que Senna / je veux atteindre le Nirvana.

La paille et le grain

mars 16th, 2007

En Irlande du Nord, les deux grands partis de chaque camp — Sinn Fein chez les catholiques / la gauche et Democratic Unionist Party chez les protestants / la droite — sortent renforcés de l’élection autonomique (comme on dit outre-Bidassoa). Leurs progrès (comme pour les élections à la Chambre des communes) se font aux dépends des partis modérés de chaque camp: le SDLP (républicains ne soutenant pas la lutte armée, allié s informels du Labour) et surtout l’UUP, traditionnel parti unioniste et «modéré». On note aussi l’installation d’Alliance, parti s’adressant aux deux communautés confessionnelles et à la bo-bourgeoisie. Au final, les deux partis engrangent leur compromis pour siéger ensemble à l’Exécutif de la province — avant la suspension de la dévolution, une «grande coalition» à quatre prévalait.

Côté logos, sans surprise, les unionistes (pour la plupart classables également à droite) mettent en avant les couleurs de l’Union Jack, le lion d’Angleterre et des linéales grasses, grasses comme l’autorité et le sang sur le pavé de Belfast. Les républicains misent, avec des fortunes graphiques diverses, sur les couleurs nationales de l’Eire. Alliance, comme son nom l’indique, s’est choisi un logo de société d’assurance.

«It was... just my imagination... just my imaginaaaiition»

En Estonie, c’est déjà nettement plus sioux à suivre. En 2003, une coalition de droite (réformateurs, républicains, agrariens de Rahvaliit, classés au centre-gauche mais qui siègent avec les villiéristes à Strasbourg) emmenée par Res Publica avait formé le gouvernement. Après 2005 et la défiance des républicains sur une affaire de corruption, les réformateurs de l’actuel premier ministre Ansip se sont alliés aux centristes et toujours aux agrariens, pour former la «coalition de l’ail», indigestement négociée dans l’arrière-salle d’un restaurant spécialisé dans la mauvaise haleine. Les élections voient la confirmation de cette alliance, mais aussi l’entrée à la Chambre des Verts.

Sur le front esthétique, si l’on excepte le Centre (Keskerakond) qui a fait sous-traiter son logo en Finlande dans les années 1970, tout est tout neuf à défaut d’être tout beau, et transparent dans les codes-couleurs et les symboliques végétales. A noter, l’écureuil («Quod non ascendat»?) de Reformierakond, pas très raccord avec la campagne total-lookée Tom of Finland d’Ansip.

Täname Sind!

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