Le i-forum participatif

 

Fin

mars 1st, 2004

18h03 – Client appelle pour hurler à propos de devis exorbitant. Lui conseille de se détendre : des événements autrement plus graves bouleversent le monde. Devant son silence interloqué, lui rappelle que Max Pecas est MORT.

18h49 – Réalise avec horreur que mes ongles sont trop longs. Décrète que ne peux plus travailler dans ces conditions. Envoie mail collectif pour signifier mon départ contraint à tout l’étage. Attends placidement une quelconque marque de compassion. Personne ne répond.

19h16 – Croise collègues inconnus dans l’ascenseur. Entreprends de leur raconter ma journée épuisante. Ne m’écoutent pas et continuent à tergiverser sur Steven du Bachelor. Quitte l’agence en parlant Gabonais à ma messagerie Orange. Standardistes gloussent toujours.

The Sound Of Silence

mars 1st, 2004

C’est curieux, le choc des mots et le poids des photos, parce que moi aussi je vais parler de musique. Encore que le fait qu’il y ait cette commune catégorie pour ranger Kyo et Juliette Gréco la rende suspecte.

Vendredi, avec ma famille in the V.I.P area de l’Olympia (you know l’Olympia? it’s dead, ahahah). La deuxième chose après «bonsoir» que me dit ma mère, d’une confidence audible dans un rayon de 10 mètres, c’est: «il y Sonia Rykiel juste devant.» Laquelle prend de son oeil de céphalopode, fort maquillé, motile mais indifférent, tout ce qu’on peut dire qui arrive à ses oreilles; elle est comme la baronne Casati, l’air folle et désuète, les cheveux feu, emmitoufflée et avachie sous une fausse fourrure que ma grand’mère trouve «vilaine». Mes parents se déchaînent à tour de rôle dans le people watching & name’s dropping. : juste derrière, «cette actrice, je sais plus son nom… — je ne sais pas, cite moi un de ses rôles? — euh… elle a fait une pub», Clémentine Célarié, papote avec Lambert Wilson. Au rang précédent, Armande Altaï ne suscite pas de comparaison avec Fanny Ardant; «il y a» Pierre Bergé et Jean-Claude Briali. En effet, Juliette Gréco a un vrai fan-club, stratégiquement divisé en quatre: pédés, filles à pédé, vieux pédés, vieux tout courts. Devant nous, à l’entr’acte, vient prendre place Delanoë. «Regarde Mamy, il y a le Maire là. — Le maire d’où? — De Paris, Mamy. — (après un temps de réflexion) Il est avec une femme, c’est rare hein?»

Juliette Gréco a le vrai don de pouvoir s’approprier et renouveler des tubes que d’autres ont immortalisés déjà, «Bruxelles», «le Temps des cerises» (à la joie de mon père). Elle a aussi quelques succès qu’on ne se lasse pas de la rentendre chanter. Elle est humble est engagée. Sa voix transite imprévisiblement du murmure séducteur à la force grave, au phrasé suave; elle est, immobile au centre de la scène, un papillon de velours noir. Elle surjoue, elle mime clownesquement comme Paul Simon. Elle est aimée et on la rappelle «Juliette» debout.

«C'est pas Mike Brant là derrière?»«c'est une chanson révolutionnaire, c'est donc une chanson d'amour. C'est une chanson d'amour, c'est donc... une chanson révolutionnaire.»

Samedi, à la manif pédée devant le ministère de la justice, je dis «bonjour Monsieur» à Didier Eribon. Tout le (petit) monde est là, même des vieux camarades de mousse (Armelle, Arnaud C.). L’interLGBT voulait une manif «digne, donc sans slogan», mais Xavier Prieur fait reprendre un chant militant (sur la musique de «Paroles, paroles»). La (petite) foule ne se lasse plus de reprendre en boucle un vieux tube LCR remixé: «y’en a assez – assez – assez d’cette société / qui n’respecte pas les trans les gouin’ et les pédés». AC&P ne se lasse pas que nous photographions ses émois éphémères et actupiens. Qui pourrait se lasser de la nouvelle coiffure de Matthieu, D.C.? De ce dont je ne me lasse pas, AC&P me dit: «Oh non!, tu peux pas dire ça!» dans notre bref moment Secret Girls.

Sa mère ne sait pas qu'il est inverti.«Ahhh, Manu...»«Il ne m'a pas rappelé, il est à Nantes...»
«Nous ouvrons une boutique rue du Bac, c'est un très bel endroit.»

Le concert des Têtes raides, avec Jérôme mon camarade d’H.E.C Paris et de Quai des Plumes. Avant le groupe lui-même, plusieurs numéros. Neutron (du duo comique aurillacois Mazout et Neutron) dit drôlement: «Ce soir, aux Victoires de la Musique, encore une année où Hervé Guichard n’est pas nominé. Ah, il est mort? Eh ben, pas d’hommage non plus!» Kent chante avec sa mèche bobo sa chanson gauchiste. Les dernières chansons des Têtes raides sont plus rock, leurs premières comme un a-capella du métro. Ils sont innombrables, bougent et changent d’instruments d’une chanson à l’autre; ces gens-là ont tous plusieurs talents. Sympa comme soirée et beaucoup d’ambiance.

«Du sel dans les pâtes à l'eau! / Du beurre dans les haricots!»

Et aujourd’hui, après un brunch écourté avec Gilles, un brunch des yeux avec Christophe, Leïla et Pierre-Yves. Beaucoup de nostalgie distante d’H.E.C Paris («Comment il s’appelait…?» et «99% de ces gens ne me manquent pas.»). Chez ComitéCentral, Anne-Lise rentre à Strasbourg. Liz va toujours sur Meetic et se demande toujours pourquoi Pitchou ne l’appelle pas. Benjamin LeQ essaye de faire hétéro. Comité n’a pas fait les sols, «ça se voit non?» Tous doivent aller à la B-B-B, dont il a été parlé en son temps.

«Si ça lui fait plaisir de me faire la cuisine?»«Merde, on était en train de faire un ptit bac!»
«Je suis vraiment pas photogénique...»«Bonjour. Commence par envoyer ta photo.»«Antikal!»

Roman photo

mars 1st, 2004


14h47, dès le matin, Léandro se presse 8 litres de jus d’orange (jusqu’à ce que ça déborde).


16h34, Léandro se jette sur le dernier e-male (qu’il croit avoir volé alors que c’est gratuit) et se penche sur l’agenda clubbing.


16h37, une fois le magazine épluché, il se résoud à appeler Dusty, un sacré noceur qui a toujours de bons plans. Ce soir, ils se rejoindront au New-Macumba.


« – Aaaah ! Léandroooo ! Tu as une note à la place du cœur ! J’adore ta chemise !
– C’est un t-shirt, Dusty. »


« – Tu ne m’avais pas prévenu qu’il n’y avait que des filles à pédé ce soir. Qui que je vais me faire ?
– Attends, on n’est plus en 2001 chéri. L’homosexualité, c’est fini. Tape toi Karen ! »


« – Hé Karen, on s’est pas déjà rencontré ? T’as pas un profil gayvox ?
– La vie est une tartine de merde. Je déguste ce soir, ou bien ? »

Suicide-en-Brie TV Blues

février 29th, 2004

You know Frank Sinatra ? He’s dead. Je passe une partie du week-end chez mes parents à Suicide-en-Brie et alors certaines choses se parent d’une étrange et profonde mélancolie malgré ma joie d’être auprès d’eux.

A Suicide-en-Brie, je regarde la télévision et samedi soir, la télévision était triste. Il y avait les Victoires de la Musique sur France 2. Mickey 3D chantait que nous étions nés dans une fausse à purin ; nous étions foutus. Cali chantait une parabole sur le suicide en dansant comme moi lorsque je fais peur à William dans notre salon. Diam’s, en recevant sa Victoire, nous tirait les larmes en expliquant de sa voix enrouée qu’elle n’allait pas bien mais que son public lui permettait d’être elle-même. Corneille nous conseillait en souriant de vivre chaque jour comme si c’était le dernier, après que Jean-Luc Delarue nous l’eut présenté comme rescapé à neuf ans du génocide ruandais (toute sa famille avait été massacrée). Syl chantait un tube à nappes en hommage au mari mort d’Alexia Laroche-Joubert, directrice d’Endemol France. Le visage de cette dernière apparaissait à l’écran à chaque moment poignant de la chanson, avec des effets d’image un peu mélos, mais elle ne pleurait pas au grand dam de la production. Alain Chamfort, maigre et pâle, s’asseyait après une péripétie du direct devant un vieux clavier pourri pour nous expliquer que nous pouvions tout lui prendre (comme à Florent Pagny), sauf Frank Sinatra. Yann Tiersen faisait la gueule comme toujours et, après avoir posé sa statuette, lisait sur un papier que nous n’aurions plus de liberté, plus d’égalité, pas davantage que de fraternité, DJ ! Kyo voulait juste une dernière danse avant l’ombre et l’indifférence.

Avant dîner, j’ai regardé Freedonia vite fait, j’ai pensé: «zut, pas de nouveau post des autres, pas de commentaire, rien.» Je me suis dit qu’il fallait du coup que je mette quelque chose, mais que j’avais rien à raconter, et pourquoi Arnaud-Camille raconte rien non plus en fait.

Après, heureusement, ça a sonné chez moi et un agent-recenseur à tresses et bonnet m’a dit que c’était le recensement. J’avais lu qu’on nous expliquait d’abord un coup, puis qu’on avait du temps pour remplir les cases difficiles. En fait, non, vu qu’il était à la bourre et qu’il recensait tout l’immeuble ce soir (à fleur de nuit). Dans la case «nom (ou raison sociale de l’établissement qui vous emploie ou que vous dirigez», j’ai mis «Etat, le Département». A «activité de cet établissement, soyez précis», j’ai hésité; j’ai finalement répondu «d… de la France».

«non non, vous le remplissez maintenant»

Après, je me suis dit (et je n’ai pas résisté au plaisir de dire à l’agent-recenseur) que c’était idiot d’avoir posé la question comme ça, que ça ne marchait pas pour les fonctionnaires, ce qui était étrange vu que c’est l’INSEE qui conçoit le questionnaire, et qu’en plus ils avaient eu 5 ans pour y réfléchir depuis la dernière fois.

Il faut dire que ça m’a un peu été une journée de mémère poujadiste. J’ai appelé le service de la voirie à la préfecture de police pour signaler qu’il n’y a pas de feux piétons au croisement du cour La-Reine et du pont Alexandre-Trois.

Hier, commentant mon racisme social à l’égard des chauffeurs routiers, ComitéCentral m’a dit: «mais tu es de droite!» (même avant que je ne parle de projets d’achat immobilier). Après, il a refusé d’être mon assistant parlementaire quand je serai député (CNIP, 2ème de Saône-et-Loire). Pourtant, il songeait à une carrière prolongée d’assistant, si d’un autre parlementaire. J’interrogeais: «pour le groupe?», il répliqua que pas du tout, «j’ai plus de mal encore à voter PS maintenant, même au second tour». Au resto «Le Bourbon», Il était jeune et beau dans ses nouveaux veuch.

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