Le i-forum participatif

 

Tout à l’heure, j’étais à table avec mon ami/collègue Bertrand, et j’ai enfin réussi à définitivement mettre au point l’expression de ma bile politique. En gros c’est:

1/. le capitalisme est un système pourri résilient. Il y a des choses insupportables (25% d’Américains obèses vs. 800 millions d’affamés, quelques dizaines de millions de cons en S.U.V qui rendent improbables la survie de l’espèce à brève échéance et approprient toute l’énergie et les ressources vs. deux milliards de gens en-dessous de 2 $ / jour) ; et il y a quelques solutions plausibles, même de type social-démocratie (du genre: règles environnementale, taxe mondiale, redistribution, changer la législation sur le financement des partis aux Etats-Unis, etc.), mais le capitalisme a une infinie capacité à les absorber (donc les vider de leur sens: arrêter l’aporie écologique actuelle vs. le «développement durable») ou à les éliminer (cf. le sort que les grandes entreprises ont fait aux idées de John McCain en finançant Bush, et à celles de John Edwards en finançant Kerry). Bref, on a pris l’autoroute pour la «barbarie».
Le durcissement sécuritaire s’analyse (évidemment…) comme superstructure répressive du capitalisme; ce qui est nouveau c’est la stupéfiante assumation que le tout-sécuritaire a de lui-même (il suffit d’écouter le journal de 13 heures et/ou Perben, si l’on ose le pléonasme)

1bis/. Les partis politiques existants sont activement coupables, complices par omission ou existent pour qu’on puisse rire (sauf le PCF de Buffet qui est réellement triste, peut-être le rôle du clown blanc?) — propre au demeurant d’une société du spectacle — et, comme tels, ne justifient pas qu’on y milite.

2/ Il ne faut pas croire que «les gens» sont bêtes et ne s’en rendent pas compte. Même ceux qui regardent TF1 savent qu’ils sont les dindons de la farce historique (cf. Le 18 brumaire). Donc la révolution nous pend au nez, le jour où le prolétariat des call-centers de Bangalore et des usines de Chine et des cités de banlieue se réveillera et brisera ses chaînes (à tous les sens du mot).

3/ On est (en tout cas, certainement je suis, en tant que rouage de l’Etat bourgeois) du mauvais côté de l’histoire, en termes de classe, donc il y a des chances réelles qu’on mérite que notre tête finisse au bout d’une pique.

Sinon, et par ailleurs, conversation private hier soir avec ma soeur, dont il ressort quand même un point commun que je n’avais pas identifié: on préfère se rendre malheureux en amour (et/ou sexuellement), pour s’éviter à nous-même de penser à notre propre mort qui est une idée insupportable. Notre père a trouvé une solution alternative pertinente: l’accumulation de dizaines de milliers de disques.

(couple)

mars 18th, 2004

Par erreur, ce matin, j’ai mis «il est cinq heures, Paris s’éveille» sur mon baladeur; ça m’a donné une énorme pêche, comme le fait qu’il fît soleil alors que La Météo avait annoncé la fin du beau. Comme, aussi, que j’aimasse bien la manière dont j’avais relevé mes cheveux, que tout cela, mon air à moitié saoul, le chic de ma cravate, fût cohérent dans la décadence et le dandysme.

Dans le métro, à Châtelet, un garçon s’est assis à côté de moi en souriant. Il avait un sac de sport et un joli visage. Il était je crois brun, ma taille et mon âge. Je n’ai pas, sur le moment, saisi s’il avait souri parce que me voir chantonner de bon matin était un peu ridicule, ou que je lui plaisais. Dans les virages pris par la rame, mon genou droit et son genou gauche se frôlaient, je souriais à mon tour un peu.

Je descendais à Cité. Je me suis levé et excusé, suis passé face à lui en souriant, mais il m’a semblé assez indifférent, ou en tout cas pas absolument captivé par ma sortie. Je suis sorti du wagon, j’ai marché jusqu’à l’escalier (qui remonte en large courbe); retourné, j’ai souri à nouveau et il m’a souri en retour.

J’ai eu envie de passer un «Transport amoureux» dans Libération, mais je ne l’ai pas fait; c’était plus du désir que de la passion.

Hystérose

mars 16th, 2004

Aujourd’hui la vie est une tartine de gloss.

Ai réussi à faire croire à mon boss que je travaillerais en salle info à Sciences-Po. Mes shoes et mon débardeur sont étrangement roses. Les mecs sont un peu moins laids, même les blonds. J’ai appris que Mario et son mec avaient ramené et abusé de Florian (une blonde sans goût) après le LzMrython 2004. Les oiseaux chantent moins faux que d’habitude. Mes seins pèsent presque moins lourd. Ce soleil, mais laisse tomber ça m’fait kiffer la vibes.

Demain ce micro-soufflé (théorie déposée) explosera en vol.

Teasing

mars 15th, 2004

«on a dû te le dire déjà: y'en a marre des photos obscures!»

Je n’avais rien à dire aujourd’hui mais quelqu’un s’en est inquiété (je vais bien car jamais rien ne passe le week-end).

Quelqu’un s’est demandé si ‘nous’ étions des « dépressifs chics ». La question de notre dépressivité et de son utilisation taraude pas mal de personnes finalement et nous devrions peut-être apporter des éléments de réponse. Pour ma part, je n’ai jamais été déprimé de ma vie et je ne le serai probablement jamais. A ce jour, j’ai du cumuler au maximum trois des cinq symptômes conventionnels de la dépression. Ce qui me sauve, je pense, est la narration. Je ne peux pas être dégoûté de toute chose puisque toute chose est si joliment dite et a si joliment l’air de n’importe quoi. D’où les tartines sur la tartine de merde.

Parmi les gens proches de mon entourage, je pense que certainEs ont des facteurs concrets et crédibles de malheur (un problème familial, un handicap amoureux, etc.). Mais je crois que ce qui sous-tend par exemple le concept « Mort Aux Jeunes » et son attractivité est cette capacité, tout à la fois, à jouer de ça, rire de ça, souffrir de ça, s’en exaspérer, le surjouer, en faire des photographies, des attitudes dramatiques et insupportables, des dialogues flamboyants et opaques, des colocations aux deuxième étage et quatrième degré, des moues.

____[Et pour finir une phrase géniale lue aujourd’hui : « (…) mais j’espère que je ne vais pas passer pour la pute de service, ce qui serait putophobe. »]____

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