Le i-forum participatif

 

professions rêvées

janvier 22nd, 2005

== ratées ==
* Le type qui invente des acronymes pour l’administration européenne (LEONARDO, FEDER, etc.)
* biochimiste (parce que j’aime les modèles moléculaires en plastique.)
* ecclésiatique (parce qu’ils paraît que ça couche et que j’adore les chaussettes cardinalices.)
* Léon Zitrone (pour l’amour obséquieux des familles princières. Je peux me rattraper en faisant chef du Protocole.)
* photographe alimentaire (le Nan Goldin d’Elle à table).

== prospectives ==
* parlementaire ou ministre (pour pouvoir casser quelqu’un tous les mercredis et tordre sans réplique le cou d’un micro.)
* dirigeant des Verts (pour tramer des manoeuvres d’appareil.)
* vieux con littéraire (pour enfin publier le Surlendemain, sous forme de fragments inachevés.)

La perte d’équilibre

janvier 21st, 2005

J’avais choisi ma cravate pour faire Diplomate Stable, Mature, et Engagé. Mais le Président avait persiflé de son ton de prof: «I’m afraid the group disagree with France, so we’ll have to stay a little more. But I’m sure you’ll understand as you speak perfect English». Ca avait traîné, quoi.

C’est pour ça que j’étais arrivé tard. Un beau fond de XVe, via le métro aérien, pas loin de chez Fawn. La clinique portait le nom d’un mulet de «Navarro», ou peut-être l’inverse. AC&P restait quiet. Herakles n’avait pas confirmé qu’il annulait pour la seconde fois, pourtant on en était bien là.

En lieu, et place Saint-Opportune, Ivan avait réussi à nous incruster dans la vie pailletée de François B2. Au restaurant, tandis que B2 faisait le coup de tu préfères les huîtres ou les escargots à Madame H, Ivan confiait: «j’ai vu Nippon» ou «l’ambiance de mon boulot est chiante». Et chez B2, se traveloter était la grande affaire; la manzana pétait, le poppers tournait, Madame H récriminait, ordonnait et implorait.

Je souriais: heureux et pétrifié.

Au Banana, c’était génial comme soirée! Depuis longtemps aucune bouteille ne portait plus le pseudo marxiste de SophCo, mais le pianobar continuait de piétiner le cadavre de Gainsbourg. Les Queer coudoyaient Michal, leur banquette glissant inexorablement vers l’obscurité et l’oblitération. Ivan était chaque minute plus femme et plus intégré grâce à Vincent McDoom. Aymeric P. de S. portait, par anticipation, le deuil du Roi, et les traits créoles, ronds et tropicaux d’Alex P. s’étaient accentués sous sa blondeur. Je devenais à chaque instant l’ami de nouvelles personnes incroyables, comme une cultureuse de l’U.M.P. ou des PR gay à pseudonymes. Michaël (de la StarAc paraît-il) m’embrassait sur chaque joue — ce qui, peut-être, faisait de moi un objet de culte sexuel pour ComitéCentral à mon insu. Un wannabe-certifié agenais m’embrassait sur chaque langue, et répétait: il était bi, passif, SM, et devait absolument faire de la pub pour sa prochaine partouze. Cela au moins, ma cravate me l’avait apporté.

Ohlala, j’ai réussi à contourner le problème technique qui empêchait le lectorat de Freedonia, la vigilance post-tsunami, de satisfaire son narcissisme et son goût de la vulgarité et . Et la Keufna m’annonce que mon appareil photo est re-réparé, peut-être pour de vrai cette fois-ci. Elle est pas belle la vie? Comment je vais étaler ma vie de star émiratie en pleine e-page dans 15 jours, laisse tomber mais d’une force!

Par ailleurs, je rappelle qu’un choix crucial attend les Françaises et les Français en 2004: le vote de l’homme idéal de l’année. Le referendum est toujours en cours.

Siempre la morbidezza

janvier 19th, 2005

Fini Venises de Morand, styliste réactionnaire mort. Ca réveille cette envie de Venise, moins un lieu commun d’une vie amoureuse fantasmée, qu’un penchant esthétique (Proust / Whistler / Diamonds are forever), une vocation de dandy, une volonté d’éprouver la fin de siècle, la putréfaction, l’égarement, et de rêver aux intrigues et aux orgies. Je ferais presque bien un tour jusqu’à Trieste, ou même Fiume, ou même la Dalmatie. Le truc c’est que je n’ai pas de petit copain qui soit à la fois l’alibi et le compagnon de voyage, et que les groupes amicaux touristiques ne sont pas faits pour moi.

Sinon, j’ai croisé rue de la Verrerie le caissier blondinet de mon ex-Monoprix. Dire qu’AC&P avait prononcé la sentence: «il est hétéro et moche», alors que non.

Samedi soir, Salvador Allende au Latina, en présence du réalisateur Patricio Guzman. Comité m’avait dit tout le bien qu’il avait pensé du film quand il l’avait vu, mais j’avais craint d’avoir la même mélancolie, ce désespoir, cette aboulie militants qui m’avaient saisi à la sortie de Goodbye Lenin. Que non.

Appris pas mal de trucs, par exemple sur le passé politique d’Allende, son grand âge à son arrivée au pouvoir, son humour, son travail de labourage politique du pays, l’enthousiasme de ces années et à cet endroit, les réseaux qu’il fallait alors mobiliser, qu’il faut sûrement toujours mettre à contribution quand on est de droite (le Vatican, les familles royales du Benelux, les grandes multinationales, etc.). Le film a effacé mon a priori d’un politicien mou et terne (lié à ses lunettes de Mr. Phelps). Sur la révolution et cette tentative démocratique et pacifique, on pense aussi à l’échec de Dubcek, à 1981-83. On reprend le fil de la réflexion sur cette aporie de la politique, que la réforme est forcément un renoncement, et que la révolution échoue: grimpe aux extrêmes ou se thermidorise.

En tout cas le film permet de comprendre un peu pourquoi:
– très instructives réflexions du cinéaste sur le lien qu’Allende a cherché à entretenir avec l’armée, sur cette pénurie de militaires de gauche ou simplement démocrates d’une certaine façon. On ne peut pas faire la révolution avec l’armée, mais comment la faire contre quand on est un authentique pacifiste?
– la révolution, c’est fatiguant. Dès la fin de mes années 70 le rigorisme moral, gauchiste de Quilapayun croisés dans une soirée par hasard avait semblé super-casse-couilles à mes parents. Cet engagement collectif du peuple chilien sort d’un autre temps. Une mobilisation populaire presque sacrificielle semble inatteignable, où alors au prix du bourrage de crânes.

Samedi soir, j'étais euphorique, je plaisantais avec brio sur les sosies de Wharol et Hillary Rodham Clinton qui hantent le sous-sol de l'Amnesia.Ce n'était pas ça. Restent les démangeaisons. Peut-être est-ce psychosomatique, mais de quoi?Je me demande si j'ai pu chopper la gale de Miss Chococat rien qu'en lisant «le Fiel de la Nation».

Dimanche, les gens sont venu jouer au Jeu Politique chez moi et on a ri. Comité a brillé de tous les feux d’Innoxa et a prétendu ne rien comprendre aux règles. Il s’est, comme Arlequin, abrité derrière le paravent de la dyschromatopsie. François B2 faisait les rois en incarnant l’UDF. Et Sébastien H. a une fois de plus fait triompher le cynisme. Tout le monde s’est bien fait chier because le jeu est lent, les gains durs à comptabiliser et les objectifs flous.

Sinon, je me demande si ma mère sait que le juron «j’en ai rien à secouer» parle de masturbation.

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