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Gros rouge

Cette semaine a d’abord vu Chirac confirmer, juste après un comice agricole et avant l’inauguration de la salle des fêtes, qu’il ne se représentait pas aux prochaines cantonales. Larme à l’oeil et banalité à portée de verbe, il a célébré la France qu’il a dans les tripes, bon sang, et qu’il a si bien su gérer comme une sous-préfecture: copinage — les derniers chiraquiens prennent ces jours-ci le chemin de ce qu’il reste d’ascenseurs à renvoyer –, approximation souriante, inaction méandreuse, centralisée, poltronne et emphatique. Chirac restera comme le roi des surfers.

Sur le front des affaires sérieuses, les («petits») candidats étaient dans la dernière ligne droite pour rassembler leurs parrainages avant vendredi. Apparemment, ont les leurs, outre les quatre candidats des grandes forces parlementaires: Le Pen, Laguiller, Voynet, Villiers, Schivardi le candidat lambertiste et «des maires». Sont rique-raque: Besancenot et Bové. Sont out, Nicolas Miguet (pénalement retenu), Rachid Nekkaz (a vainement fait sa pub en achetant/déchirant le parrainage «à vendre»), Waechter (qui était candidat), surtout le candidat chasseur-pêcheur-naturel-mais-traditionnel Nihous, ainsi que l’éphèbe gaulliste Nicolas Dupont-Aignan.

Plus maligne, Corinne Lepage a quitté son propre navire avant naufrage, en rejoignant la bande à Bayrou. Elle ne doit pas être au courant que Nicolas Hulot est *déjà* le prochain ministre de l’environnement (de n’importe qui).

Comme le roi des Bédouins continue de présenter tous les signes de la fortune sondagière, Royal a battu le rappel des éléphants. Au demeurant, la gaffe de la semaine était sa phrase sur le soutien insuffisant d’iceux. Du coup, Jospin fait service minimum à Lens en continuant de tirer la gueule — ça fait presque cinq ans maintenant, il doit avoir une crampe; DSK attaque Bayrou en lui renouvelant toute son estime dans «Le Monde» puis à Charleville («à Lens» et «à Charleville» sont des lieux communs pour «devant un auditoire ouvrier»).

Et toujours pas trace d'une intention de vote pour Schivardi...

Le vase de Jean-Pierre Soisson, comme disait Karl Zéro, est un talisman qui prédit avec exactitude les résultats des présidentielles. Toujours est-il que l’ex-giscardien, ex-ministre d’ouverture, allié de toujours d’un FN implanté de longue date et qui marche notamment du tonnerre dans le vignoble avec son leader local Jaboulet-Verchayre — le FN oui, mais le FN bourguignon monsieur — ne préside plus aujourd’hui la région. Soisson dégouline un peu la réaction, les blagues d’après-boire et le banquet républicain (de nom), comme son voisin méridional Perben, et fait souvent penser à cette menace des putes lors des manifs anti-Sarko de 2002-2003: si vous nous interdisez, on balance les noms de nos clients.

Soisson a perdu la Bourgogne; «quand on l’a, on la garde» disait pourtant un célèbre Morvandiaud d’adoption, qui n’hésita pas lui non plus, successivement, à dégainer un patenôtre devant l’évêque en 1947 et à faire alors barrage de son corps au bolchevisme, puis à proclamer vers 1971 que «celui qui ne rompt pas avec le capitalisme, celui-là n’a pas sa place au PS» avant de retrouver sa voie, c’est-à-dire la troisième. 1947, 1971, 1981, C’était une belle époque, où l’on pouvait conquérir un conseil général ou la présidence depuis sa chambre d’hôtel et à coups de rythmes ternaires.

Bref. Le Morvan est typiquement bourguignon, donc centriste, modéré, fluctuant mais peu idéologique — à l’inverse de la Nièvre proprement dite, que son vote toujours à gauche rattache à cette grande aire déjà évoquée, qui va de la Vienne au Cher, à l’Allier, et se prolonge, avec le canal du Centre, jusqu’aux anciens sites industriels de Montceaux et du Creusot. La Nièvre que Mitterrand a faite à sa main, avant de l’étriller de faveurs (Magny-Cours) et de parachutages (Bérégovoy, Gorce).

A l’est, le fief bressan de Montebourg fut aussi celui de Joxe et, jadis, de Waldeck-Rochet. Il est historiquement, semble-t-il, une des circonscriptions les plus absentionnistes de France. Au nord en revanche, petits pays viticoles (où le vote de droite fut jadis proportionnel, vignoble par vignoble, au prix de vente de chaque cru) et confins ycaunais de la Beauce sont nettement plus conservateurs.

Comme Bérégovoy aussi vite que Senna / je veux atteindre le Nirvana.

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