La paille et le grain
En Irlande du Nord, les deux grands partis de chaque camp — Sinn Fein chez les catholiques / la gauche et Democratic Unionist Party chez les protestants / la droite — sortent renforcés de l’élection autonomique (comme on dit outre-Bidassoa). Leurs progrès (comme pour les élections à la Chambre des communes) se font aux dépends des partis modérés de chaque camp: le SDLP (républicains ne soutenant pas la lutte armée, allié s informels du Labour) et surtout l’UUP, traditionnel parti unioniste et «modéré». On note aussi l’installation d’Alliance, parti s’adressant aux deux communautés confessionnelles et à la bo-bourgeoisie. Au final, les deux partis engrangent leur compromis pour siéger ensemble à l’Exécutif de la province — avant la suspension de la dévolution, une «grande coalition» à quatre prévalait.
Côté logos, sans surprise, les unionistes (pour la plupart classables également à droite) mettent en avant les couleurs de l’Union Jack, le lion d’Angleterre et des linéales grasses, grasses comme l’autorité et le sang sur le pavé de Belfast. Les républicains misent, avec des fortunes graphiques diverses, sur les couleurs nationales de l’Eire. Alliance, comme son nom l’indique, s’est choisi un logo de société d’assurance.

En Estonie, c’est déjà nettement plus sioux à suivre. En 2003, une coalition de droite (réformateurs, républicains, agrariens de Rahvaliit, classés au centre-gauche mais qui siègent avec les villiéristes à Strasbourg) emmenée par Res Publica avait formé le gouvernement. Après 2005 et la défiance des républicains sur une affaire de corruption, les réformateurs de l’actuel premier ministre Ansip se sont alliés aux centristes et toujours aux agrariens, pour former la «coalition de l’ail», indigestement négociée dans l’arrière-salle d’un restaurant spécialisé dans la mauvaise haleine. Les élections voient la confirmation de cette alliance, mais aussi l’entrée à la Chambre des Verts.
Sur le front esthétique, si l’on excepte le Centre (Keskerakond) qui a fait sous-traiter son logo en Finlande dans les années 1970, tout est tout neuf à défaut d’être tout beau, et transparent dans les codes-couleurs et les symboliques végétales. A noter, l’écureuil («Quod non ascendat»?) de Reformierakond, pas très raccord avec la campagne total-lookée Tom of Finland d’Ansip.

