Freedonia

Qui ne saute pas?

J’avais été un peu frappé par les grandes démonstrations chauvines de la rue et du métro au cours des qualifications à chaque étape de la Coupe du monde de foot. La foule, ses joies fabriquées et totalitaires, intrusives et brutales comme un bizutage à l’échelle de la ville entière, m’effrayait, me révoltait et me poursuivait. Comme ces gens qui, en boîte, se croient autorisés à se plaindre quand on ne sourit pas, la cohorte des joueurs de djembé, des fans de la treizième heure, des adolescents suicidaires et de leurs copines m’engueulait si je lisais plutôt que de beugler. Le foot était une formidable fête qui réunissait dans un même élan de beauferie mon boucher et les racailles du coin de ma rue. A la radio, quelqu’un disait: «On est ivres de bonheur», ce qui est deux fois excessif.

Après, Zidane a donné un coup de boule à un Italien. C’était une image étrange. Quelque part, cela montrait heureusement l’absurdité des stratégies (médiatiques, politiques, commerciales) construites autour du Grand Homme, le footballeur brillant, cool et qui réconcilie toutes les Frances. La fiche plastifiée de Chirac, l’éclairage de l’Arc de Triomphe, les chansons sénégalaises absurdes, les distinctions truquées de la FIFA, les espoirs des connards du métro tombaient à l’eau tous ensemble. Pourtant au fond, Zidane devenait aussi plus intéressant avec son geste de petit caïd, de gamin autiste, de fils d’immigré malheureux, que comme icône du sport, de la patrie et de la jeunesse.

Ma mère continuait de râler des trucs sur ces salauds de Ritals.
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I had been a bit struck by the massive jingoistic demonstrations of street and Tube along the qualifications at each step of the Football World Cup. The crowd, its made-up and totalitarian joys, intrusive and brutal like hazing at the scale of the city, scared me, revolted me and harassed me. Like these party people who feel allowed to complain if you don’t smile, the cohort of djembe players, late fans, suicidal teenagers and their girlfriends bawled me out if I read rather than shout. Football is a great party that unites in the same move of Joe-Sixpack-ness my butcher and the corner’s urchins. On the radio, someone said: “we’re drunk with happiness”, which is twice excessive.

Then, Zidane headblew an Italian. It was a strange picture. Somewhere, it happily demonstrated the absurdity of all tacks (media, politics, business) around the Great Man, the briliant, cool footballer, the one to reconcile all Frances. Chirac’s laminated cards, the Arc de Triomphe’s lighting, the absurd Senegalese songs, the trumped distinctions by FIFA, the hopes of the Tube’s assholes all slumped together. However, deep down, Zidane also became more interesting with his small wiz’s, autistic kid’s, unhappy migrants son’s gesture, than he was as an icon of sport, homeland and youth.

My mother still crabed things about the bloody wops.

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