Freedonia

Un post d’Arnaud-Camille & Partners

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Assis à mes côtés sur la banquette d’une cabine du lieu de baise, Maximiliano (car rappelez-vous : tous mes amants finissent en ‘-o’) se propose de me parler de Nietzsche. “Nietzsche dit qu’il faut tout enflammer en chemin, m’explique-t-il, et ne laisser derrière soi que des charbons.”

Quelques instants plus tôt, j’ai remarqué puis accepté le fait que son intense beauté, la finesse de ses traits, la tendresse d’un sourire qu’un bouc discret, loin de ternir, rend plus lumineux encore, la vigueur de sa langue, des cheveux involontairement impeccables et brillants comme le quartz, la souplesse des lignes d’un corps presque enfantin, la blancheur de son teint, un pubis flottant sur cet étang de lait tel un lotus, la consistance épaisse et appétissante de sa fleur, les milles vols d’étourneaux qui tournoient autour de ses pupilles ne m’excitaient pas le moins du monde.

Alors je suggère d’un murmure : “des cendres”. Il sourit – je crois (mes yeux sont fixés sur le distributeur de tissus hygiéniques) – puis reprend : “des cendres”. Ses doigts se glissent entre les miens. Mon regard balaye, une centième fois, la pièce. Il faut que j’ose. Il a déjà découvert que j’étais “sensible” et “mélancolique” ; je dois approfondir. Je viens chercher la confiance qui me fait défaut dans ses yeux, dans les vols d’étourneaux, à moins que ce ne soit des corneilles, ou des immenses chutes de velours, ou des nuits d’orage, quand la lune semble vouloir chasser les épais nuages qui la dissimulent en lançant des éclairs d’argent, ou bien des charbons, puis me lance : “Tu connais Virginia Woolf ?”

Se croyant habilitée à me parler de ma vie sans la connaître, une personne m’expliquait un jour que les gens qui, comme moi, “en viennent à trouver des endroits comme [ce lieu de baise] ’sympas’ ont vraiment touché le fond de la fange”. Après quelques mois de fréquentation de cet établissement, je puis maintenir et compléter : probablement comme dans la plupart des lieux où il y a des gens, on peut y vivre, pour peu que l’on soit disposé à les percevoir, les saisir et les identifier comme tels, des moments ’sympas’, doux, sensuels, intelligents, grotesques, mélancoliques, étranges, fragiles et je les apprécie.

Arnaud Camille & Partners – (rappel : glauque = d’un bleu tirant sur le vert)

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