Stances galantes



Après, j’ai presque eu trente ans, un âge pour les regrets et les bilans. Qu’as-tu fait, ô toi que voilà / pleurant sans cesse?
Touriste rétrospectif de Paris, obsédé — comme mon père ai-je récemment réalisé — par la trace enfouie du passé compromettant, collabo et suavement interlope d’un Paris modianesque, spectateur et complice d’une vie d’héritier et de nostalgique écoeuré, où tout est saturé de leurs et de mes souvenirs qu’apportent: l’odeur de l’air frais dans la nuit, les contreforts de ziggurat du Rex, la lumière veule qui annonce le matin.
Car j’ai deux fois vainqueur traversé le Boulevard, à plus d’heure, pour aller faire, de toutes choses possibles, un plan. Paris ne s’éveille pas car Paris ne dort jamais, un New York sans vie donc sans poubelles fragantes; Paris somnole, Paris est insomniaque et sevré de bonheur.
Acte manqué, j’ai oublié mon téléphone. Tout de même, trouve, sonne, rentre. Je me dis: il a l’air spontanément à l’aise et bon chic, un appart improbablement hausmannien dans un immeuble douteux, à la Matthieu DC; un aristo breton («Gaël») peut-être. De l’autre, un blond doux et délibéré: mais, je n’ai pas déjà couché avec? Ils sont gentils et partageurs, mais le coeur (le coeur?) n’y est pas. «Tu veux qu’on le prenne à deux? — Pour ça il me faut la notice technique.» (la mienne ou la sienne?)
Alors je regarde et je m’en fous, il n’y a plus de désir ni de blessure d’ego. Comme si à la longue, ça marchait aussi de ne rien faire, de laisser les autres transpirer et achever de se fatiguer. Comme si la victoire donjuanesque, la mille et troisième croix mentale, s’acquérait déjà par la traversée d’arrondissement et le «bon à tirer» octroyé à l’arrivée («ça va?»).
Car c’est dormir que de ne point aimer, dit le métro; et inversement.
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A1: Le début de la fin: bientôt, la Tanzanie.
A2: Fabien Valléri@n vient fréquemment au Pulp: Il était temps que la Mort aux Jeunes s’arrête.
A3: Chaque weekend à Paris est comme un rembobinage accéléré de mon ancienne vie ici: avoir en deux jours la vie culturelle d’un mois, recroiser par hasard tant de gens et d’ex- futurs-, parler politique dans un bistrot (Bayrou 4, Voynet 1, Besancenot 1, hésitant 1), errer dans le Marais à la recherche de… à la recherche de quoi au juste?
