«… t’as voulu voir Vesoul et on a vu Vesoul»
C’est jeudi, c’est élections. Comme suite à un nombreux courrier, l’épisode d’aujourd’hui est consacré à la Franche-Comté. Région ouvrière, avec à la fois une forte tradition chrétienne et une histoire radicale-socialiste, elle a longtemps fait figure de bastion de la modération. Elle est pourtant aujourd’hui, ici ou là (y compris sur la terre de mes ancêtres, la famille Co), notamment dans les aires industrielles en reconversion comme on dit, un point d’ancrage du Front national.
La géopolitique régionale est, en apparence, assez facile à lire:
- sur les versants des Vosges (comme dans ce département d’ailleurs) et du massif du Jura, la force traditionnelle des partis gaullistes depuis 1958.
- une implantation puissante du PS à Sochaux / Montbéliard, avec deux grands anciens (députés depuis 1973 mais fraticidement battus en 2002), les Laurel et Hardy de Belfort, Raymond Forni et Jean-Pierre Chevènement. Le premier fut tourneur chez Peugeot et président de l’Assemblée nationale. Du second, qui ne se présente plus, un des deux uniques bonnes blagues dans la vie de Jacques Faizant disait: «’Chevenne, n.f.: grosse tête’. Je le savais! Chevènement, ce n’est pas un nom, c’est un adverbe.» Le chevènementisme bat ici comme ailleurs de l’aile, avec les échecs des élections de 2002 et 2004 (l’alliance PCF/MRC n’a pas atteint le seuil nécessaire pour fusionner aux régionales) et le départ d’historiques comme Jean-Pierre Michel (un des pères du pacs), qui ont fini par retourner au PS après une scission sous le nom d’Association pour la gauche républicaine (AGR).
Ce vote ouvrier court la vallée du Doubs jusqu’à Besançon où se fait élire l’ancienne sous-ministres des vieux, Paulette Guinchard-Kunstler, une ancienne militante du syndicalisme chrétien, et où on avait parachuté la ministre PSU Huguette Bouchardeau. La gauche était jadis forte, aussi, dans certains des pays du Jura, qui fut un temps la terre d’élection de Voynet et, surtout, mais on ne sait le classer, de l’inoxydable Edgar Faure («ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent qui change»), l’inventeur des «majorités d’idées» (également appelées IVe République).
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It’s Thursday, it’s election-day. As a follow-up to plentiful mail, today’s episode is about Franche-Comté. A workers region, having both a strong Christian tradition and a Radical-Socialist history, it has long been a stronghold for moderates. However, there is today, here and there (including in my ancestors’ hometown of the Co Family), most notably in ‘reconversion’ industrial areas, a strong show of Front national.
Regional geopolitics seems easy to read:
- on the sides of the Vosges (also in the namesake département) and of the Jura mountain, the traditional strength of Gaullist parties since 1958;
- a powerful entrenchment of the Socialist Party in Sochaux / Montbéliard, with two big old men (MPs since 1973 but fraticidally beaten in 2002), the Laurel & Hardy of Belfort, Raymond Forni and Jean-Pierre Chevènement. The first was a lineworker at Peugeot and speaker of the House. Of the second, not to be introduced, one of only two funny jokes of the late Jacques Faizant said: “‘Chevenne, noun: a big head.’I *knew* it wasn’t a surname but an adverb!”. Chevènementism has been weakening here as elsewhere, with the failures in the votes of ‘02 and ‘04 (the alliance of Communists and Chevènement’s party was below merging threshold in the regional election) and the departures of historical followers like Jean-Pierre Michel (one of the civil unions’ “fathers”). These went finally back to the Socialist Party, via a scission under the Association pour une Gauche Républicaine (AGR) label.
This workmen’s vote goes along the Doubs valley to Besançon, where the former Oldguys undersecretary Paulette Guinchard-Kunstler, also a former Christian unions militant, is elected. This was also the “parachuting” spot for the PSU minister Huguette Bouchardeau. The left used also to be strong in certain parts of the Jura, once the electoral fiefdom of Voynet and, what is more (though you couldn’t say him right or left), of rustproof Edgar Faure ( “it’s not the weathercock swirling, it’s the wind changing” ), creator of “idea majorities” (a.k.a. IVth Republic).

