Freedonia

Rivoli

A la piscine des Halles j’ai croisé Speedo. Ou peut-être était-ce une ombre ressemblante et, logiquement, avec un maillot de bain rouge. D’ailleurs, pour des raisons obscures mais sans conteste décodables par la psychanalyse (le propre de la charlatanerie est de tout pouvoir expliquer), je suis repassé plein de fois, récemment, près de la rue Jean-Jacques Rousseau. En allant de jour lire jardin du Caroussel. En retournant nuitamment y draguer, dans les giboulées et le glauque.

C’est difficile de parler du voyage avec David. Là-bas, et à l’époque, le temps était plombé, lourd, bas, hostile, comme dans un tableau de Ruysdael — et aujourd’hui le ciel est vide, clair, diffus, translucide, incontestable et printanier comme chez Turner. Je ne peux plus savoir ce que ressentais, je me souviens de ce qui s’est dit.
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In les Halles’ pool, I bumped into Speedo. Or it was a look-alike shadow who, quite logically, was wearing red swimming trunks. Otherwise, and for obscure reasons, easily decypherable to psycho-analysis (the peculiarity of charlatanry is, it can explain anything), I’ve walked by rue Jean-Jacques Rousseau quite a many times recently. Going by day to read in the Carroussel’s gardens. Coming back by night to cruise, through showers and dreariness.

It’s hard to talk about the trip with David. There, and then, the weather was leaden, heavy, low, hostile, just like a Ruysdael painting — and today the sky is empty, clear, defuse, translucent, indisputable and spring-like, as in Turner. I can’t know what I felt, I remember what was said.

«L'un d'eux m'a dit: Mon prof de ruritanien a quelques anecdotes et il y tient beaucoup. / My Ruritanian teacher has a few anecdotes and he's keen on them.

Comme je n’ai plus d’ordi chez moi pour le moment, je dors, je lis, je range. C’est très chic et un peu almodovarien: allongé sur le canapé noir, avec seulement la lampe super-DDR noire pour m’éclairer, à feuilleter le «New Yorker». Enfin, mamy almodovarienne genre Marisa Paredes, vu qu’à 11 heures je suis au lit.

Des fois, SophCo me fait le reproche de me sentir supérieur (à elle, aux autres) parce que je ne fume pas, ne prends pas de drogues, et que je ne suis jamais ivre mort. Je ne peux pas nier. Peut-être que l’histoire familiale chargée (de l’entrepreneur en faux-champagne mort en buvant son fond de commerce au typographe alcoolique), et mon effroi pour (mais ma croyance dans) les atavismes zoliens, m’ont fait prendre mes distances. Certainement je perçois l’alcool comme un biais efficace, mais une fragilité et une facilité, pour faire face à la mort, à l’échec, à la solitude. La contrepartie pour moi se paye dans la semi-addiction à une sexualité consommatoire qui ne masque qu’avec difficulté la perception de mes neuf années de pédéitude affichée comme un raté sur le terrain sentimental.
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As I don’t have a computer at home for now, I sleep, I read, I tidy up. It’s mighty chic and somewhat Almodovarian: lying on the black sofa, with just the super-GDR black lamp to be lit, flicking through the “New Yorker”. Well, Almodovarian grandma à la Marisa Paredes, since I’m in bed at 11pm.

Sometimes, SophCo reproaches me to feel superior (to her, to others) because I don’t smoke nor take drugs nor get blind drunk. I can’t deny. Maybe the burden of familial history (the mock-champagne entrepreneur who died drinking his business, the alcoholic typographer) and my fright of (but belief in) Zola-esque atavisms, have made me distance myself. Certainly do I perceive alcohol as an efficient expedient, as well as a fragility and a choice for the easy way, to face death, failure, and loneliness. The counterpart for me is to be paid into semi-addiction to consumption-sex, that conceals but with difficulty the perception of my nine years into open fagness as a sentimental misfire.

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A1: «L’un d’eux m’a dit: “nous n’avons pas une langue mais une maladie de gorge”.» (mon futur chef) / “One of them said to me: ‘We don’t have a tongue, we have a throat disease.’” (my future boss)
A2: Mon prof de ruritanien a quelques anecdotes et il y tient beaucoup. / My Ruritanian teacher has a few anecdotes and he’s keen on them.
A3: “And what do we do next?”

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