Freedonia

«Tu me demandes si je suis heureuse»





A1: Fort jadis, et avant que mon ordi ne demandât un triple pontage, on avait dîné à A-dam. Le souvenir en est flou déjà. Sébastien Prof était sorti de son ensevelissement enseignant, angoissé de ne pas en faire assez à son nouvel poste.
A2: François B2 racontait des bêtises sur ses origines modestes, «commerçants; tout petits commerçants; rémouleurs!» Comme «l’esprit Mortemart», la drôlerie de B2 semblait destiner à demeurer pour toujours un séduisant rébus, souvent évoqué, jamais élucidé par le mémorialiste.
A3: Et Nicolas B2 parlait je crois de la tranquillité de son chômage, des dessous incroyables de la comm’, et puis relançait François dans ses vannes.
B1: A Groningue, pour un déplacement professionnel. Je ne savais pas encore que mon cœur flancherait en boîte pour Tony, un Irlandais exilé là-haut.
B2: Le mois de novembre fut comme un tunnel post-Moritz, fait de travail et de froid.
B3: Nous avions fait le voyage de Londres, convoqués par les amours et la solitude étranges de Francis Bacon et de BoxingBoy.
C1: Mon père avait évoqué le temps de sa splendeur, in the eighties, the nineties, quand il descendait de ses bureaux de Londres près Burlington Arcade, pour acheter des catalogues d’art introuvables.
C2: Ma mère restait anxieuse, généreuse, fumeuse — inquiète de la situation à Toulouse, émue par les petites peintures préparatoires de Rothko, curieuse du boulot de BoxingBoy.
C3: Quant à SophCo, je ne sais plus. Elle était en forme, Pau l’avait changée pour le mieux.
D1: Un peu plus tard, Alex et Idan STAPS vinrent à leur tour, accueillis avec moi dans le loft palatial de BoxingGirl et BoxingPhotographe. Ce fut un bon week-end, car on cuisina gras, et mata des clips d’Alice Sapritch.
D2: Avec le temps, les désillusions amoureuses d’automne m’avaient allumé le contre-feu d’une libido galopante. Il y eut, ce weekend là, Jip, un acteur juvénile, et Stratos, un Grec peu révolté. Ce faisant, je collais mieux, aux yeux d’Alex et des autres, à mon image de plus gros baiseur de la bande.
D3: La conclusion, pourtant, était de dégoût et de lassitude, l’envie de débrancher tous les abonnements, presque de devenir born-again virgin.
E1: Les blagues d’Alex se composaient de trois catégories, des trucs douteux sur sa judaïté (?), répondre «dans ton cul» aux questions en «où..?», et des variantes de qualification d’Idan comme «petite belette de l’amour toute». Seulement quand il parlait affaires, c’est-à-dire savoir, avec Sébastien Prof, reprenait-il son sérieux.
E2: Comme BoxingBoy exilé à Cambridge, la solitude et l’isolement me rendaient bizarre sorti de ma réclusion, et toujours moins tolérant aux travers des autres, ou à ce que je considérais tels. Sûrement la blague d’imiter son futur mari beauf et résigné en criant «Mais ta gueul-euh» à BoxingGirl, était-elle moins drôle qu’il n’avait semblé dans l’instant et plus blessante, car elle venait de là.
E3: Comme Idan aussi, je souffrais doucement à la longue d’être loin de mes bases.

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