Glouglou fait le dindon
Il y a des chances que mon boulot soit tatillon et sous-payé, mais il permet de voir des gens intéressants (et d’autres gens). Finalement, c’est ce que je préfère dans la vie, regarder les gens et essayer de capter comment ils pensent, qu’est-ce qu’ils font là, et pourquoi cette cravate-là. C’est pour ça que j’aime bien faire le jeu du métro: observer quelqu’un et être capable en deux minutes de découvrir par la seule investigation (mot fétiche de Crame en ce moment) s’ils sont touristes (de quel pays, et avant qu’ils ne parlent), quel est leur boulot, etc.
Aujourd’hui, il y avait d’abord le Grand Chef, le directeur de mon service. Grand gros type, issu de la Cour des comptes, plutôt marrant, réfléchi, très très curieux des choses, pas distant. Un mélange de Schroeder et de Robert Redford (dans la deuxième partie de sa carrière).
On a tous été (avec le Petit Chef et le Grand Chef) chez Clara G¤aymard. L’AFII loge dans un hôtel particulier somptueux / décadent à côté du parc Monceau. Sa présidente a un vocabulaire de manageuse (genre le Dico de la prépENA traduit en anglais: «on screene la presse la presse économique» + jargon du bizness : «on est des chasseurs, des commerciaux») ; mais son accent anglais est carrément pourri. Une sorte de démonstration qu’avec l’Opus Deï et la sanctification intégriste du travail de tous les jours (ministre, ambassadeur, cadre sup etc), les cathos peuvent tailler des croupières à l’arrivisme d’affaires des réformés (sic transit gloria Capitalisme et éthique du protestantisme).
Après, j’ai compris des trucs sur mon Petit Chef: il tutoie le Grand Chef et Clara G¤aymard parce qu’il a fait l’éna comme eux. Il est aigre parce qu’il est frustré parce qu’à 55 balais et 1m50, il est pas au même point qu’eux professionnellement et vertical-challenge-wise. Du coup, il est rabattu, malgré sa plausible capacité professionnelle (mais il rappelle un peu le quota de disgraciés-et-méchants recruté à l’éna chaque année), à un rôle d’observateur sardonique (qui arrache les ailes des mouches et des secrétaires en attendant).
Chez Clara G¤aymard, on parlait de la competitivité aux ambassadeurs des grands pays (à Paris ces jours-ci). Presque que des mecs (sauf G¤azeau-Secret, ancienne porte-parole du temps de V¤édrine, qui est à La Haye, et qui fait un peu vieille piplette gauche-caviar), vieux et bien habillés. S¤chrameck assez royal, assis en face de G¤aymard, et parlant avec finesse de trucs oiseux (faire investir l’Espagne en plein rattrapage en France?). L’ambassadeur à B¤erlin, arrivé après tout le monde, reparti avant tout le monde, et a qui G¤ymard a demandé d’ouvrir la porte comme à un laquais (alors qu’en fait il est assez fort). Tout ce monde assez distingué, compassé, pondéré, informé (on a bien lu ses fiches avant) — en même temps, pour ces gens, agir sur le monde réel est synonyme de faire passer un sujet en interministériel.
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