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«Ich hab noch einen Koffer in Berlin»

I'm A CDG Hall 2 SurvivorIl reste un bout à repeindre là.Gilles et un ami

Berlin est une ville où on marche beaucoup, avait prévenu ma mère. La ville n’a pas un mais plusieurs centres : géographiquement, la Pariser Platz avec la porte de Brandebourg, qui polarise les touristes et définit la répartition des grandes administrations, mais pas la vie citadine ; le Kurfürsterdamm, la vitrine commerciale de l’Ouest que la réunification a excentrée et architecturalement ringardisée ; la Postdamer Platz plus au sud, l’Alexander Platz plus à l’est, des centres historiques d’animation et de transit, qui redeviennent des nœuds urbains, mais de façon différente — avec la modernité vitrée et américaine du Sony Center pour l’une, pour l’autre telle qu’à l’époque de «Berlin Haupstadt der DDR» : tour de la télé, palais staliniens, barres du dernier chic 1970.

«Notre engagement: Des obligations quotidiennes plus élevées pour réaliser et dépasser de manière constatable le plan 1988»Ca a l'air gemütlich comme ça, mais il ne faut pas oublier que la spécialité de Berlin, c'est la currywurst: une saucisse grillée avec du curry en poudre dessus.Les Allemands sont un peuple d'ordre: les musées sont concentrés sur l'île des musées.

La ville est très peu dense : un peu plus de 5 fois la surface de Paris intra-muros, pour 3,4 millions d’habitants. Pas de ruelle (sauf peut-être à Oranjenburgstraße, le quartier juif en pleine résurrection), la plupart des rues même secondaires sont bordées d’arbres. Le centre est un double vide (le parc du zoo, l’ex-No Man’s Land) que la planification urbaine a parsemé de sièges administratifs monumentaux. Rarement foule. Dispersion de l’animation, des terrasses de bistrots. Pour des raisons qui me sont restées obscures, peu de trafic automobile, même sur les grands axes (la Entlastungstraße, la voie de déchargement à l’ouest de feu le mur).

Du fait des bombardements, du volontarisme socialiste, du jeu de destruction / reconstruction des années 1990, les styles architecturaux se juxtaposent, parfois se superposent : autour d’Unter der Linden, ce sont tour à tour les musées néoclassiques de Frédéric II, les ministères nazis rebétonnés par la RDA, qui a eu aussi des accès d’ambition urbaine et que la fraternité a rendue indulgente avec les architectes des pays du COMECON. Le balcon de l’ancien château (moche) des Hohenzollern s’est retrouvé sur la façade du siège du gouvernement est-allemand. Château dont la reconstruction doit entraîner la suppression du sublime Palast der Republik, armature d’acier et verre-miroir orange. Derrière, autour, les ambassades et les ministères de l’ère Schröder, béton brut et verre vert. Plus loin, moins de bombardements, on voit des habitations fin XIXe à Kreuzberg, et, à l’époque moins élégantes, à Prenzlauer Berg. Elles rappellent Paris — si ce n’est qu’elles sont alternativement en ruine ou rénovées, peintes en vif. L’ouest (Schöneberg, Charlottenburg) est depuis longtemps résidentiel, plus chic, moins vivant à mon sens.

Et pendant ce temps-là, il ne se passe toujours rien sur le site de Fabien Vallérian.J'ai pas visité ce musée mais la photo est bienIncendiée par les nazis, rasée par les bombes. Derrière la façade, il reste un immense vide.
Le pays du Bauhaus et de la bièreD'ailleurs Honecker est mort d'un cancer du foie.Ca a l'air beau comme ça, mais à la visite du 5e palais de verre, on a envie de tuer le guide.

Les Berlinois sont directs : c’est-à-dire, rudes et accessibles, pas tordus, pas sophistiqués. Comme ailleurs en Allemagne, les cyclistes ont droit de vie et mort sur les piétons. Les chauffeurs de bus sont arides comme les objectifs de production de lignite du 4e plan, et refusent parfois de stopper à l’arrêt demandé. Les serveurs des cafés, les femmes de ménage des hôtel ne sont ni hautains, ni respectueux. Les passants, contrairement à Londres, ne marquent pas d’indifférence.

Le problème de la bouffe berlinoise, ce n’est pas la répétition du trio porc / chou / patate, mais les complexes développés vis-à-vis des gastronomies d’autres pays. C’est la cuisine italo/allemande (berk, berk, berk).

Dimanche, Arlequin, Janaïna et moi avions pris la tangente d’un dîner plan-plan, mais d’une force (où l’expression «promotion canapé» était jugée «comme tu y vas»). On avait fini devant une soirée disco pédée dans un cruising bar. Comme disait Comité, «je peux pas aller à Berlin, j’ai pas de moustache».

Dans le métro, y'a une voix comme sur la ligne 14, mais en allemand. Ganz furchtbar.Dans le centre-ville y'a que des touristes.Le mec que Janaïna avait rencontré en boîte lui a posé un lapin à l'Alexanderplatz (ou alors elle s'est gourée de jour). Mais après on l'a vue marcher avec un *garçon* dans la *rue*.

Lundi, soirée avec les agents de la «promo», plutôt pour le meilleur. Christile buvait de la bière fluo avec un chic british. Sébastien était le fils spirituel de John Travolta, époque «La Fièvre du samedi soir». Sheraz dansait comme une petite folle avec Arlequin, qui draguait un hétéro prétendument beau et prétendument open. Najwa jouait les femmes fatales. Vision d’horreur, le chef de la formation (qui ressemble de l’avis général à Bruno Gollnisch) insistait pour se prendre un râteau de Diane, sa stagiaire qui le renia trois fois. Vers minuit trente, de sa voix de Stentor, Gabriel voulut aller voir les gens faire du sexe sur scène au Kitkat Club. Dans le tax, Aurélien L. était réfléchi et distant.
Das KitKat war Montaggeschlossen.

Tout le monde était content de nous recevoir à l'ambassade.Dans le «Canard» de la semaine dernière, on parlait du scandale du coûteux mobilier inutilisable, réalisé par la femme de PorzamparcEin Würtschen, Kind'l?

Le problème du franco-allemand, c’est qu’on en parle. Il y a bien sûr des nuances entre la perception qu’ont les jeunes allemands croisés cette semaine, et celle de ma «promo». (Étonnant d’ailleurs, combien l’entonnoir Sciences-po, ou peut-être le poids de la tradition, produit chez nous de la pensée unique sur la politique extérieure de la France.) Mais, dans l’ensemble, une vraie capacité et même envie de travailler en commun quand c’est possible — comme par exemple décider ensemble d’aller dans un café plutôt que de parler de la langue dans laquelle on doit bosser le jour 1, le jour 2 et le jour 3.

Il y a des routiers du franco-allemand qui hantent les administrations ; beaucoup d’universitaires péremptoires (une conf vieux-connisante de von Thadden comme échantillon mardi) dont le seul succès est d’avoir fait s’effondrer la pratique de la langue de l’autre en 50 ans. Mon camarade Augustin proposait de foutre le bordel dans le franco-allemand, ou alors, peut-être, de faire du franco-allemand pour les trucs débiles pour aller au bout de la logique.

Ce pays parle de trop de transparence démocratique pour être honnête.Le ministère est immense; on voit jamais personne dans les couloirs.Malgré le franco-allemand, on ne peut pas s'entendre sur tout avec eux.

Le Kino International, Karl-Marx-Allee, vendredi, soirée GayMe Boy. C’est plus jeune (réservé aux moins de 26 ans, j’ai fraudé…) que les autres lieux gay que j’ai pu voir, à Schöneberg, ou même Prenzlauer Berg. Le public est plus crevette aussi, mais toujours joli (crève-cœur de Christian B. et, le jour où il aura une moustache, Comité). Des cheveux genre Mathieu DC deuxième et troisième époques, c’est-à-dire comme Benoît Magimel les jours de Vivelle-Dop. Pas de drague, où alors à moi invisible. Une pupute spéciale dédicace Comité/Fawn se promène en béret de mohair blanc, marcel blanc et minijupe camouflage. Au Honecker-Lounge, on passe Kylie Minogue et les couples se pelotent dans des grands canapés de skaï. Au rez-de-chaussée, on sert du jus de cerise et le sol en lino indestructible, à motif floral kaki, produit par le Plaste-Kombinat de Iéna, commence à poisser vers 3 heures.

Plein de beaux mecs à Berlin.Facile de se faire des amis.Mais ils couchent pas.

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