Le monopole du coeur
Devant le «Grand Débat» («Voilà, c’est la fin de cette heure de Grand Débat, mais il y aura d’autres événements sur TF1 d’ici les élections régionales. Tout de suite, Julie Lescaut…») et du chablis, François-Fillette et moi nous demandions pourquoi tant de connivence entre Dominique Voynet et Bayrou. Après, ivre et porteur de la grippe de la dinde de B2, bref malade, j’essayais de suivre: ACT-UP va-t-il mourrir? Doit-il mourir? Est-on condamné à tromper son mec? Si oui, faut-il coucher avec la Gerboise? Si oui, doit-on avoir l’exhibitionnisme de le révéler dans les jeux potache de Matthieu de C*** de Ffff’? Pourquoi les assos pédées, c’était mieux de notre temps? le queer est-il fernandézien quand on a 2 grammes d’alcool dans le sang?
Un jeudi, aussi, plutôt à marquer d’une pierre blanche: conférence géniale et oraculaire de Michel Aglietta (dont les «dix ans d’ici à ce que les masses paysannes chinoises aient été intégrées dans l’économie urbaine» rappellent tant «l’armée salariale de réserve»), échanges rigolos et pythiques avec mon Directeur («tiens, si je vous montrais le bar du Raphael?»), tout ça. Et Dominique Voynet de nouveau vrais-gens et sympa à la télé.
Vendredi, gastro mais échange instructif et soirée belle avec Gilles. Dont il ressort qu’il ne faut pas tromper son mec (et que ça se sache). Comme la phrase précédente est syntaxiquement douteuse mais fidèle à ce qui s’est dit, on en reste là dans la clarification.


Samedi, saturation du planning: commander la bouffe de l’anniversaire de SophCo + acheter des dés pour mon jeu de société + piscine + rendez-vous prévu de longue date avec mon amie Morgane + «allo c’est Arnaud ça te dit qu’on se voie» + un dîner sous prétexte de sauternes avec Alex J. et SpankingBoy + «une soirée chez un ami américain, si ça vous dit de venir…».
Morgane, comme à Londres il y a deux ans, bout de projets, de jeunesse, de ragots frais sur nos anciens collègues (à Cannes; à Marrakech; à Valence puis sans doute à Bruxelles; Alençon c’est en Normandie?; à Beyrouth mais il rentre plus tôt que prévu; à Londres, ou à Paris je sais pas?). Mais Arnaud dit: «Ah non, j’ai des choses à te dire, je veux pas que ta copine soit là!» Chez moi, c’est aussi un peu Beyrouth mais c’est pas grave. Arnaud dit qu’il est inexpérimenté face aux relations ou il y a un jeu de séduction et de l’épaisseur de caractère d’abord («même avec Marc c’était différent, ça s’était fait par annonce tu vois»). Au bout du téléphone, il y a la voix de Comité et tous les mots que le cliquetis de LizMary tchattant ne dira pas.
Chez SkankingSpadon, le foie gras n’est pas bon de l’avis d’Alex J. («je ne gagne plus que 880€ par mois, par l’assurance-chômage des profs»). Mais le sauternes et le meursault déchirent. Frédéric est susceptible sur l’alsaçophobie et les ex- de BoxingJockstrap, et hypocondriaque («mes parents sont pharmaciens»). Caroline (soeur de BoxingToune et mère des enfants d’Alex J.) «veut du sexe» et nous racontent que les djeun’s du 7ème s’insultent. Il y a du jazz et de la tranquillité, mais le 15e c’est loin et perdeux.





RP, mon ex-prof des prépE.N.A, m’avait dit: «dînons chez Bofinger» puis «… une soirée. Ca commence à 10 heures mais j’y serai vers 11 heures.» Fête chez la grande histoire d’amour de sa vie, et dans laquelle j’apprends qu’il a «été hétéro avant» et qu’«il y a trop d’hétéros ce soir, je suis déçu». Au deuxième gobelet de whisky, ses assauts contre ma «correction-politique» donnent à peu près: «Je suis d’extrème-droite: sur l’immigration, je pense qu’on aurait dû encore plus tout fermer depuis Giscard… je suis d’extrème-gauche sur les questions sociales». Et autres horreurs nondescript, notamment sur Gilles (remarques en-dessous de la correction tout court, et que je mets sur le compte de l’hébriété). Apologie de Renaud Camus et Jean-Paul Marcheschi (peintre inconnu de moi), ses amis. RP est un peu (légitimement à mon sens, pour le coup), fâché/aigri contre la position sociale des conseillers d’Etat, dont peu trouvent grâce à ses yeux («Qu’est-ce qu’il a de plus que moi Bernard Stirn? Il est con, gros et moche!»). Autour, frénétique agitation de dizaines de trenta/quadra bobo, dans un 200 m² haussmannien (d’où vient l’argent?), sur Britney Spears ; dont il ressort que les hétéros gras/musclés, avec un style snob branchouillado, restent mon genre. Je prends la Noctammarche jusque chez moi.









