” Superman, tu sais quoi ? “
Hier, de part et d’autre de ma journée de salarié occidental ultra privilégié et protégé de tout même de la dépression (passant sa journée à rédiger un compte-rendu de conseil d’administration, réfléchir à un prochain post sur un blog mélangeant des paroles de Comité central et de Diam’s, recevoir les tickets restaurant du mois dans une enveloppe et baiser avec un couple), des réalités de terrainauté à la figure comme du gaz lacrymogène.
Dans le métro, une publicité dans Vingt Minutes (cf post « vingt minutes par minute ») m’annonçait, ainsi qu’à mes 60 millions de compatriotes, que 60 millions d’Africains allaient mourir du sida. Ce parallèle numéraire plus une lettre fictive d’un orphelin à Superman m’ont fait bêtement chialer. Je suis vulnérable le matin, putain.
Le soir, je suis fragile aussi. Il y avait un documentaire à la télévision sur Metaleurop.
Sur le reclassement (« L’ANPE ne peut pas traiter ces demandes. Elle va être débordée. Vous devez rediriger ces personnes vers la cellule. ») ,
sur le déclassement,
d’individus (« Oui, on m’a proposé quelque chose. Un contrat de mécanicien auto, je ne sais plus où, mais assez loin. C’était payé 4000 F par mois. Vous comprenez, j’ai une petite fille. »)
comme de régions entières (le maire de Courcelles-lès-Lens : « Non non, le département et la région ne peuvent rien faire pour nous. Quand d’autres industries ont fermé dans le VNE, le Versant Nord Est, on n’a rien pu faire non plus. Encore, maintenant, on a la communauté d’agglo. Pour ça, c’est mieux qu’il y a trente ans. »).
Sur l’impuissance de l’Etat.
Des explications administratives de la Direction départementale du Travail du Pas-de-Calais succédaient aux revendications d’un consultant en organisation ; des témoignages de chômeurs succédaient à ceux d’autres chômeurs ; des images de friches, de terrils, d’ateliers textiles vidés succédaient à celles d’une audience de tribunal dépitée et d’une Assemblée nationale reine du drama. Le tout sur fond de bossa nova sociale.
« Superman, tu sais quoi ? Mon père était bien plus super que toi ! »
