Cahier de tendance
Ca n’intéresse personne mais c’est je crois grave et pernicieux. Lambert a présenté la “nouvelle architecture du budget de l’Etat” (so «Dico de la PrépE.N.A»), qui décompose en missions le budget de l’Etat. C’est assez bien que les gens y voient plus clair, qu’on sache que X milliards d’euros vont à la sécurité sanitaire plutot qu’aux chapitres machin et bidule actuels du budget du ministère de la santé.
Mais il y a deux aspects potentiellement dangereux.
1- à ces missions et programmes de l’Etat, on associera des indicateurs de performance. Déjà, je réfléchis à *mon* indicateur de performance, et à celui de la politique étrangère de la France (nombre de pays en guerre au 1er janvier de chaque année? nombre de citations hostiles aux Etats-Unis dans la presse non française?). Surtout, derrière l’objectivité prétendue d’une «mesure» de la performance de l’Etat, il y a des choix politiques non-dits. Les indicateurs évoqués dans Libé donnent à réfléchir: est-ce que la politique du sport est élitiste (nombre de médailles aux J.O. comme propose Lamour) ou sociale (taux d’adhésion aux fédérations, diversité sociale du recrutement de chaque sport, etc.)? Est-ce que la réussite des programmes immobiliers de la justice (j’adore ce nom, c’est mon CRAMIF à moi), c’est, comme proposé par Bédier (!), un taux d’évasion bas, ou la mesure de la réinsertion des anciens détenus?
2- ça ne sert à rien d’avoir des indicateurs si on ne compare pas. On va comparer d’une année sur l’autre, c’est logique. On va aussi, inéluctablement, comparer à d’autres administrations (impôts / URSSAF par exemple), et puis à des activités privées. Et tout peut l’être: comparer l’éducation nationale et les écoles privées, les hôpitaux et les cliniques, la distribution du livret A avec celle de n’importe quel service bancaire, l’armée avec les mercenaires pourquoi pas. Et puis une fois établi que ça fonctionne ou devrait fonctionner comme une boîte, la privatisation viendra d’elle-même.
