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Mister Co to the Senate

Comité parle par substantifs dissociés métaphoriques et sans ponctuation, il est temps que je mette ce blog à jour…

Ce matin, je fus commissaire du gouvernement. L’huissier m’a piqué le décret sur lequel c’était écrit. Par Raffarin. Enfin, par le tampon de “Pour Jean-Pierre Raffarin et par délégation” qu’a Villepin dans son tiroir. Du coup, j’ai été au Sénat, juste un peu. Juste assez pour impressionner ex ante ma conscience républicaine.

On rentre par un haut couloir de pierre, en bas de bois sombre. Je songe Communes, Mister Speaker, buste de Pitt le jeune. Sans transition, l’escalier grimpe dans une autre réminiscence. La galerie du Luxembourg délimite l’espace, l’approportionne baroquement. Je me rappelle Pommersfelden, je me dis: «même un peu la galerie des glaces». Après, je regarde les tapisseries et les peintures zénithales: fin IIe République, début IInd Empire, tout kitsch, tout gold. So much for Westminster and barocco.

L’huissier indique une petite salle moche, moderne: «le cabinet des ministres». Tables en bois clair, fax, papier, néon. On attend beaucoup.

Giroud a parlé de comédie du pouvoir (je promets solennellement que c’est la dernière fois de ma vie que je cite Françoise Giroud approbativement). le Sénat ressemble à un théâtre, épaisse moquette ponceau, couloir arrondi et portes doubles, silencieuses et opaques. Dans un bruit de mise du couvert, les gardes républicains saluent sabre au clair le président. Enfin, le Vice-Président Gaudin. Ils se bidonnent un peu (avant qu’il n’arrive). Gaudin dit: «bonjour» en regardant dans ma direction.

Gaudin dit bonjour et fait un clin d’oeil à un rapporteur de commission. Il serre la main et échange des banalités drôles avec le Président Machin monté à la tribune. Noëlle L¤enoir est une vieille courtisane. Poudrée et moirée, hautaine et vilaine. Elle ânonne le discours que j’ai écrit. Elle aplatit mes saillies réthoriques. On l’applaudit, on n’oserait dire poliment.

Salle des séances, bas hémicycle, des bustes de militaires, des statues d’hommes d’Etat, pas un républicain: Charlemagne (impérialiste et génocidaire des Saxons), Saint-Louis (le W. Bush de son temps), Colbert (rédacteur du Code Nègre), Portalis (théoricien du machisme bourgeois), Turgot (apôtre du capitalisme), L’Hospital (qu’a-t-il fait au juste?), Richelieu (huguenotophobe et curé).

Michel Galabru demande s’il y a des interventions, et puis dit que non. Il met aux voix. Je m’aperçois que Pierre Mauroy siège, énorme et éteint. Assorti à la moquette, vitreux, perdu. Il hésite, et puis vote pour du bout du doigt. Dans le couloir, Gérard Longuet papote sur son portable. Il me regarde avec acidité. Je prend la tangente.

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