In pectore
Je savais déjà que j’ai un travers mental particulier, qui fait qu’à certains moments j’ai un mot, ou une expression (du genre expression toute faite débile, comme «c’est l’hôpital qui se moque de la charité») en tête, et qu’il restera obsédant jusqu’à ce que je le case dans la conversation. Or ce soir j’ai croisé sur le tchatte un vague ex,
Hugo (qui, soit dit en passant, continue de rentrer dans le Top5 de mes ex- psychos), et j’ai réalisé dans ma conversation qu’en fait il est possible que tout mon savoir s’organise comme ça. J’accumule des connaissances inutiles (ex.: rang protocolaire du maire de Paris à Paris) pour les recaser à une occasion de mon existence. En l’espèce: il me dit: «j’ai été aux Cyclades», ma réponse: «tiens, le même lieu de destination que Le Pen».
C’est pire que de la pédanterie, c’est une perversion de l’acquisition et de l’exploitation des savoirs. Le côté borgésien de tout ça est vraiment effarant, et effrayant. Je me dis que quand j’aurai recasé tout ce qu’on appelle improprement ma culture, je mourrai, et absolument vide de tout ce que j’ai su un jour, frappé de la même dégénérescence que mon grand’père.