Spleen idéal
La passion subjugue parce qu’elle éblouit. J’en suis à être indifférent, ou même un peu dégoûté, d’«ouvertures», notamment néo-manéniennes (du style prof musclé-gras-poilu rencontré à la piscine) qui avant le garçon auraient fait l’objet de beaucoup d’attention (et de commentaires ici).
Je ne suis pas en revanche aveugle au coût moral d’essayer de faire en sorte que je sois avec, que je sorte avec le garçon — sans parler de l’improbabilité de ça –. C’est sans doute une différence avec le mec pour qui Pierre m’a plaqué, et qui n’en avait sans doute pas grand’chose à foutre de me rendre, moi, malheureux (encore qu’il soit presque certain que je n’ai jamais l’occasion de discuter avec lui de sa perception de ses actes de l’été 2000). Pour le moment, je vois très bien, et je n’ai pas du tout envie d’être auteur de, ce qu’aurait comme conséquences une tentative auprès du garçon: s’efforcer de briser un bonheur plausible (de deux personnes) pour mon bonheur potentiel.
C’est dans l’écart entre cette exclusivité de désir et mes gros doutes éthiques que sourd mon malaise actuel. J’ai en tête une chanson de Barbara (symptôme infaillible de déprime amoureuse) : Dis, quand reviendras-tu? / Dis, au moins le sais-tu / Que tout le temps perdu / Ne se rattrape guère, / Que tout le temps perdu / Ne se rattrape plus ? Comme quoi, on est capable de se rendre malheureux sur la base de presque rien, qui a laissé le goût de presque tout.