Une averse de Manuels Valls gros comme des oeufs de pigeon.
Les faits divers m’ont toujours barbé et paru vaguement suspects; la disparition du petit Truc, le viol de la jeune Machine, le drame du vieux brutalisé, le terrible carambolage sur la A-quelque chose, le hold-up suivi d’une fusillade, l’incroyable accident de montagne, la coulée de boue jusqu’à la taille, le scandale du curé qui fait-ci, du prof qui fait ça, de l’étudiante qui porte un voile, du TER de l’enfer — tout cela me semble vil, et avilir qui s’en empare, mettre le journalisme au niveau de Hurst, ramener le débat politique à la compétence pénale respective des Dati, crypter l’enjeu écologique en bulletin météo.
Mieux: avec la pipolisation, tout est ravalé au niveau (événementiel, analytique, stylistique) du fait divers. Comme une gigantesque couche de merde dans les yeux du public, histoire qu’il ne regarde pas de trop près le pouvoir et les puissants. Castration pour les délinquants sexuels? Hop, petit Enis. Une vie qui vous laisse le choix entre la lobotomie et l’incarcération? Hop, Paris Hilton qui, elle, ne choisit pas. Gauche ou droite? Couleur du maillot ou de la veste de «Ségo» (selon la saison). Atlantisme? Angine blanche. Les hommes font l’histoire; grâce aux faits divers, ils ne savent pas de quelle histoire ils sont les cocus.
Sarkozy, dans ses propos, dans sa pratique du pouvoir, érige le fait divers en méthode, en étalon; le bouquin Témoignage avait pour principe narratif inductif (donc, syllogique) de partir d’un «événement» (un fait divers, si possible sale) pour aboutir à une conclusion politique. Un autre bon exemple était l’exhibition obscène des «blessés de la vie» le 14 juillet dernier, mais chaque jour surpasse le précédent en la matière.
Au passage, l’ubiquité du fait divers permet de saturer le propos de lieux verbaux communs, comme des courts-circuits langagiers à la Jourde & Naulleau. Le phénomène est loin d’être neutre, qui masque la spoliation et la réaction sous le néant à la Voici, puis habille l’ineptie aux couleurs exotiques du sensationnalisme, rassurantes du bon sens. On n’est pas très, très loin de la novlangue (Leurs Dix Trucs Pour Maigrir? Le Secret Des Politiques!).
Pourtant, j’aime bien la littérature que les faits divers occasionnent, parfois. Ou jadis. «Bal tragique à Colombey. Un mort» (Charlie) «Accident de la circulation dans une principauté d’opérette.» (approximativement, Bernard Langlois en 1982) «Le Dunkerquois Scheid a tiré trois fois sur sa femme. Comme il la manquait toujours, il visa sa belle-mère : le coup porta.» «Elle tomba. Il plongea. Disparus.» (Félix Fénéon)
