«Here’s looking at you, kid.»













A1: Il y a trois semaines, à Fanklub: seul, dans la joie terne des jeunes blasés, je me sens décallé, vieux. Trentenaire.
A2: Lohengrin à Paris, donc avec champagne mais sans Rotte Grütze. Dans un étrange décor d’émigration flamande, l’amoureux qui n’a pas de nom.
A3: Vers la 4ème heure, les Allemands décident d’envahir la Hongrie.
B1: Seul. Heureusement que j’ai ma soeur.
B2: Le dimanche, on ressuscite un monde étrange de paquebots, de conseils d’administration, de costumes à grands revers. D’affaires entre camarades d’école, de sempiternels banquets aux truffes, d’étés à la Baule, d’hivers à Tignes, d’inaugurations et de communions solennelles. La bourgeoisie en noir et blanc des photos de famille.
B3: Mamy: «Oui, Monsieur ***. Il était très gentil. Son fils a viré alcoolique.» Mon père: «Comme souvent les fils.»
C1: Claire: «ohhhh, tu me rassures, moins non plus je crois que je suis plus très fan.» Et la foule ressemble à l’électorat Bayrou, gnangnante et figée dans une décontraction vestimentaire obsolète, pleine de bons sentiments et d’inertie. Pas avec ça qu’on fera la révolution. Pourtant, sur scène, on retrouve les orchestrations efficaces et la bonhomie des blagues Carambar; surtout: Jean Rochefort dans une interprétation surchantée, mythique de «Félicie».
C2: Il y a une semaine: traîner dans les rues de Meudon, devant les demeures aux dignes, aux indiscutables proportions de didones. Elles abritent des enfants propres comme des mormons, des âmes charitables, la confiance dans l’ordre des choses.
C3: Les noms, les choses, les liens anciens et chers: j’oublie et perds tout dans la vie, ce qui est le début d’une métonymie.
D1: Claire: «Le problème avec les Allemands, c’est qu’ils sont envahissants.»
D2: Ici, se rappeler d’une des vacheries drôles de François B2.
D3: Je me sens seul et pas très utile. «Si je n’avais pas mes amis, je crois que me suiciderais.»
E1: Après, à Amsterdam, il y a eu Stéven. Un marin permissionnaire. De Saint-Brieuc. Peut-être ne suis-je ému à la passion que quand c’est éphémère, alors que le matériellement possible m’effraie, ou me glace (cas Hendrik). Le chef de quart aux yeux d’or au moins était doux, drôle, beau. Romantiquement beau. Je n’ai pas osé le photographier, le figer (à quoi bon?) comme au tableau de chasse. Ca a valu tellement mieux que ça, même s’il est ridicule que je me sente comme la Piaf du «Légionnaire». «On ne vit que pour un instant et le reste du temps, on attend.» (Edgar Faure)
