«J’irai revoir ma Normandie»

L’évènement de la semaine pré-présidentielle, c’est évidemment le décès du polygame radical-socialiste Robert Fabre. Charme de danseur de tango, entrain de commice agricole, madrerie aveyronnaise, gestion boutiquière de l’avenir du prolétariat, Robert Fabre, «le Rastignac de Villefranche», a su redonner le goût du cassoulet et ressusciter le notabilisme à accent dans une France alors éprouvée par Raymond Barre. Rejoignez le Comité national pour le transfert des cendres de Robert Fabre au Panthéon. (Egalement valable si ses restes sont confits dans la graisse d’oie comme Saint Thomas d’Aquin.)
A l’extrême-droite, «Brutus» Mégret rejoint l’attelage «monégasque» de la campagne de Jean-Marie Le Pen — contre, on ne sait, un viatique pour le paradis des nazis ou un effacement de l’ardoise du MNR. Le Canossa fasciste fournit un prétexte à Marie-George Buffet pour lancer pleinement sa campagne en solo (après un deuxième vote interne du Parti, d’ailleurs médiocre: 81% pour), fermant définitivement la perspective, sérieusement obstruée, d’une candidature commune à gauche de Ségolène Royal. Reste à voir si Besancenot et Laguiller auront leurs signatures.
Parallèlement, Sarkozy enregistre les ralliements de fayots de la onzième heure, Douste-Blazy et Copé. Discours intègre ou coeur froid, Royal refuse de s’engager sur la réduction du nombre de SDF.
L’épisode de la semaine va en Haute-Normandie, le pays des bourgeois étriqués de Flaubert — dont l’incarnation idoine fut le «Kennedy français», a.k.a «Dents blanches», Jean Lecanuet, indéboulonnable maire de Rouen — mais aussi un estuaire qui fut longtemps le coeur palpitant de l’industrie française (cf. Nantes, cf. l’épisode à venir sur Marseille): fileuses, dockers, ouvriers du pétrole et des chantiers y furent les bataillons d’électeurs du Parti communiste dans sa place-forte du Havre (dont il a été délogé par le chiraquien bon teint Rufenacht en 1995) mais aussi d’une foule de mitterrandistes en mission: feu Bérégovoy à Rouen, jadis Bredin à Dieppe, et toujours Fabius au Grand-Quevilly… L’Eure, quant à elle, tient plus dans son comportement électoral, de contrées voisines, Orne, Eure-et-Loir, voire Sarthe; aires de transition entre l’Ouest catholique, conservateur, et les confins du bassin parisien, volontiers gaullistes (Debré fils) après avoir été radicaux — en l’espèce, Louviers fut la première terre d’élection de Mendès France (sous la IIIe et la IVe, avant Grenoble en 1967).

