Sinistrisme
Depuis que Xavier Hystérose n’est plus à Paris, il crie moins et parle plus (via MSN). Ou peut-être crie-t-il toujours mais on ne s’en rend plus compte parce qu’on règle le son des enceintes.
On discutait de l’avenir de la gauche (et des tchattes et des moeurs de BoxingBoy aussi, mais Freedonia en garde pour la prochaine fois). On a des positions divergentes, encore qu’audibles l’une par l’autre. Xavier pense que la gauche de la gauche doit se ressourcer, exister sur ses propres valeurs, rechercher des points de convergence entre partis à la gauche du PS — avec l’argument fort (et que je partage) que la gauche ne l’a emporté que quand elle s’assumait de gauche dans son discours électoral. Il considère aussi que le PS ne mérite pas d’être soutenu (dans une optique de second tour), s’il s’en tient à sa posture idéologique molle actuelle. Qu’il faudrait fonder un grand parti très à gauche sous la houlette démagogique de François B2.
En fait, et si je comprends bien la position de Xavier, ça vaudrait mieux que la gauche attende d’avoir retrouvé une densité idéologique de gauche, quitte à ne pas retrouver le pouvoir en 2007. Là je diverge — ç’ont été d’ailleurs les deux leçons de 2002 pour moi (mais toute leçon de l’Histoire peut — ou doit?– être révoquée): d’une part qu’il n’y a pas d’équivalence fonctionnelle entre une gauche molle et la droite, qu’elles ne mènent pas à 100% les mêmes politiques, et que ce brin de différence importe (*) ; de l’autre, qu’aucune génération ou législature ne mérite d’être sacrifiée pour rendre la suivante ou une lointaine suivante «encore meilleure».
On pourrait d’ailleurs se demander si la conduite de politiques réactionnaires sur une trop longue durée de temps ne préempte pas l’avenir (ne serait-ce qu’écologiquement?), mais cet argument est évidemment retournable (une politique centre-droit du PS pourrait avoir les mêmes effets irréversibles).
Il me semble, indépendamment de la visée révolutionnaire dont je sais que Xavier n’est pas ou plus tenant, que derrière son catharisme gauchiste rôde, tout de même, le rêve d’un genre de «grand soir réformiste». La question mérite en tout cas d’être posée: est-ce que le retour de n’importe quelle gauche est toujours bon à prendre, ou est-ce que porter une gauche molle au pouvoir entrave l’émergence d’un mouvement, et d’une politique, plus radicaux dans leur progressisme?
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* L’exemple que je prends toujours, et qui m’avait beaucoup frappé, concerne le sort réservé aux «repentis» des Brigades rouges réfugiés en France, dont l’extradition en Italie, en dépit de tout nouveau procès et des assurances décennales contraires de la France, a été un des tous premiers actes du gouvernement Raffarin.
