Dies Irae

«Le dingue qui parle fort» avait relevé les numéros de tout le monde et menacé d’appeler pendant le weekend. J’étais fatigué. Le weekend, le séjour Grouik étaient la seule bouffée d’oxygène qui s’annonçait. Le dimanche, j’ai paumé mon portable — un acte manqué sublime. Ou peut-être on me l’a volé. Dans le métro ou à la piscine.
L’objet était usé et assez moche, le voleur n’avait pas tellement de goût. Je n’ai plus le numéro ou le digicode de tas de gens fréquentés quotidiennement, comme ma soeur ou B2. Plus de réveil-matin. Ce qui est le plus étrange, déchirant, mais prétendûment positif, c’est de perdre l’espoir de recontacter 3 ans et plus d’ex- jamais revus, de plans, de prospects. Ce portable avait calcifié les dizaines (ou est-ce plus?) d’avortons de désir, d’amour que j’avais conçus pour tel et tel. Il les avait sédimentés dans leurs textos évasifs, leurs coordonnées interdites ou évitées, leur nom redevenu inconnu.


