La perte d’équilibre
J’avais choisi ma cravate pour faire Diplomate Stable, Mature, et Engagé. Mais le Président avait persiflé de son ton de prof: «I’m afraid the group disagree with France, so we’ll have to stay a little more. But I’m sure you’ll understand as you speak perfect English». Ca avait traîné, quoi.
C’est pour ça que j’étais arrivé tard. Un beau fond de XVe, via le métro aérien, pas loin de chez Fawn. La clinique portait le nom d’un mulet de «Navarro», ou peut-être l’inverse. AC&P restait quiet. Herakles n’avait pas confirmé qu’il annulait pour la seconde fois, pourtant on en était bien là.
En lieu, et place Saint-Opportune, Ivan avait réussi à nous incruster dans la vie pailletée de François B2. Au restaurant, tandis que B2 faisait le coup de tu préfères les huîtres ou les escargots à Madame H, Ivan confiait: «j’ai vu Nippon» ou «l’ambiance de mon boulot est chiante». Et chez B2, se traveloter était la grande affaire; la manzana pétait, le poppers tournait, Madame H récriminait, ordonnait et implorait.
Je souriais: heureux et pétrifié.
Au Banana, c’était génial comme soirée! Depuis longtemps aucune bouteille ne portait plus le pseudo marxiste de SophCo, mais le pianobar continuait de piétiner le cadavre de Gainsbourg. Les Queer coudoyaient Michal, leur banquette glissant inexorablement vers l’obscurité et l’oblitération. Ivan était chaque minute plus femme et plus intégré grâce à Vincent McDoom. Aymeric P. de S. portait, par anticipation, le deuil du Roi, et les traits créoles, ronds et tropicaux d’Alex P. s’étaient accentués sous sa blondeur. Je devenais à chaque instant l’ami de nouvelles personnes incroyables, comme une cultureuse de l’U.M.P. ou des PR gay à pseudonymes. Michaël (de la StarAc paraît-il) m’embrassait sur chaque joue — ce qui, peut-être, faisait de moi un objet de culte sexuel pour ComitéCentral à mon insu. Un wannabe-certifié agenais m’embrassait sur chaque langue, et répétait: il était bi, passif, SM, et devait absolument faire de la pub pour sa prochaine partouze. Cela au moins, ma cravate me l’avait apporté.
