Freedonia

18-Brumaire

Quand j’avais 8 ou 10 ans, j’avais un ami qui s’appelait Xavier. Le fils du vétérinaire. Il était le gardien de l’équipe de foot dans la cour, et moi le défenseur: autant dire qu’on était proches lui et moi. Je supportais le TéFéCé (européen) et lui le Real de Madrid.

J’avais un autre ami qui s’appelait Benjamin et qui était corse, et chiraquien — pourtant on est par la suite — en CM1 — également devenus proches lui et moi (on parlait de la situation en Nouvelle-Calédonie). A un moment, pour des raisons obscures, Xavier s’est fait mettre au ban par tout le monde, et en particulier Benjamin qui avait dû être un meilleur ami à lui ou quelque chose comme ça. Un ostracisme enfantin d’une violence totale. Ou alors c’est lui qui les a envoyés chier, je sais plus pourquoi, peut-être une sombre histoire d’opprobre sur les enfants dont les parents divorcent.

En tout cas, cet exil sous le préau a joué comme un incroyable ferment d’amitié, un catalyseur de mon désir que Xavier continue de me fréquenter. Il détestait tout le monde, il souhaitait la solitude et je crois qu’il l’a obtenu, il a toujours été à l’écart par la suite et d’ailleurs pas dans le même collège. Mais moi je continuais d’aller lui parler à la récré de 10h du matin.

Je ne l’ai revu que très longtemps après, peut-être dix ans, dans un anniversaire un peu revival. J’ai eu l’impression qu’il avait une amitié incroyable pour moi, qu’il se rappelait comme de la veille la précédente fois où on avait été au même anniversaire, et où j’avais drôlement saboté le jeu du chef d’orchestre avec des vannes nulles. Quelque part, j’ai effectivement réussi à sauver cette amitié-là, puisqu’elle n’a pas entièrement disparu, qu’elle conserve la force d’un souvenir immarcescible. Mais qu’est-ce qu’une amitié qu’on est susceptible de convoquer tous les dix ans dans les réunions d’anciens?

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