«Fumar es un placer genial, sensual»
Sur le papier, c’était une excellente soirée (comme murmure Vincent Delerm). Peut-être même dans 20 ans en aura-t-on de bons souvenirs. Il y avait de l’ambiance et de la densité. La plupart de mes amis sont venus. Etrangement, beaucoup d’entre eux, et pas moi seulement, étaient tristes, et plus encore hors de leur assiette, inhabituellement calmes ou fatigués ou affairés à une passion impossible. Je ne suis pas le seul à avoir guetté mon portable en vain.
Maintenant, une fois tout le monde parti et le vomi dans ma salle de bain ramené dans des quantités supportables, j’efface les spams qui saturent et mon blog, et mon e-mail. C’est une belle métaphore de ma vie, cette lutte quichottesque contre des sites de cul déclinés à l’infini. C’est aussi un prétexte excellent à l’absence d’e-mail d’excuse et d’explication dans mon inbox, un peu comme la théorie de l’accident de voiture qui l’a empêché de venir, mais je vais avoir de ses nouvelles. Mais comme l’apprend chaque jour à ses dépens Fabien V., n’est pas Cary Grant qui veut.
Toute passion est absurde, mensongère à qui la conçoit, sans mesure. Je crois bien que je serais prêt à abdiquer celle-là, même si je pense peu me tromper (par rapport à quelques vastes erreurs passées) sur la justesse, la légitimité, la fécondité de ce sentiment contrairement à la mise en garde de François B2. Mais pour cela il faudrait un fair deal, comme la conclusion d’une amitié, une sorte de fraternité bienveillante qui permettrait à ce garçon insaisissable, ce Speedo dont même le prénom demeure incertain, d’avoir moins peur de lui-même et des cadavres dans son placard. Même cela m’est refusé.
Il y a des gens qui restent leur vie entière à ne pas franchir l’obstacle à une vie sinon heureuse, en tout cas pas sinistrée. Je fais partie de la seconde catégorie de gens, qui poireautent en vain toute leur vie de l’autre côté. «Le mélancolique est malade de la vérité et l’hystérique est prisonnier du mensonge».
