Freedonia

(couple)

Il y a, à Taormine, un jardin bref, triangulaire, à niveaux, adossé à une place passante et élégante et à un bel hôtel, un jardin qui fait face à la mer et à la nuit. Il surplombe un vilain parking. Les palmiers de l’étage inférieur étendent leurs branches et leurs chapelets de graines jusqu’à la rembarde du haut; il y a des allées tout le tour, et une allée centrale qui vient de la piazza. Parfois, des couples et des marchands de rue s’arrêtent là pour causer. Les arbres et la chaleur distordent le bruit et l’animation touristiques de la ville et du parking, si bien qu’on s’y sent bien et seul.

Les invertis sont peut-être proscrits de la Sicile, mais ils ont une cache belle et calme, discrète et manifeste. Nous nous sommes promenés, éparpillés dans cet espace étroit et panoptique. Des duos, pas des couples, de folles taorminaises pas jeunes ni belles passaient, partaient, revenaient. Un groupe s’est assis sur un banc qui fait angle mort tout à gauche, en haut; deux sont partis ensuite, et deux restés. J’en observais beaucoup un, brun, bien fait, trentenaire, le visage aigu. J’ai profité que les places se libéraient pour m’asseoir très prêt. Il m’a beaucoup regardé et s’est prestement assis à ma gauche, tout à fait au bout du jardin. Son compagnon s’est appuyé, debout, à la rembarde. Le premier type et moi nous sommes caressés la cuisse, le ventre, il a été rapidement à mon sexe. Quelques baisers, puis il a parlé, en anglais, à son camarade qui s’était assis à ma droite et se laissait mollement faire par mes mouvements mous.

Je lui ai demandé d’où il était: d’Australie. J’ai confessé: «oh no, you looked like the perfect Sicilian souvenir». Il avait été effrayé que les gens nous voient depuis la place ou le parking; je crois qu’ils nous voyaient sans beaucoup attarder leur intérêt sur nous. Nous nous sommes dressés tout à fait dans le coin, qui ne donne que sur le parking et le large, avons encore un peu agi. Puis nous avons parlé des bar et plage gay de la ville; il a dit qu’il devait rejoindre son camarade qui était en négociation avec un local. Ils ont disparu un moment en descendant devant l’Excelsior. J’ai cru qu’ils allaient au Ziggi’s Bar, mais il s’agit en fait d’un recoin plus discret, dans une tour qui m’a ensuite semblée faussement médiévale. Il est revenu, plus très intéressé par moi, est reparti avec les deux autres. Il s’appelle «Tony: Antonio».

Mon regret de ces vacances, c’est David, qui m’a abordé dans le sas d’entrée de l’Exit à Palerme, et avec qui nous ne nous sommes rien dit que nos noms et nos patries. Je ne sais si la situation l’a géné ou frustré, moi l’un et l’autre. Je partais le lendemain, il semblait doux et sévère.

Comments are closed.

Proudly powered by WordPress. Theme developed with WordPress Theme Generator.
Copyright © Freedonia. All rights reserved.